Lea D. Nguyen

L’art de mieux s’exprimer en public

par Lea D. Nguyen, le 5 juillet 2022


Si certaines personnes ont l’air naturellement à l’aise devant la caméra (bonjour TikTok) ou derrière le micro (bonjour tous les podcasts existants), d’autres le sont moins. Nous prenons la parole au quotidien — policitien·nes, entrepreneur·es, enseignant·es, vous, moi. Comment bien communiquer un message? Histoire de connaître les secrets afin de mieux performer, car il s’agit d’une performance, on s’entretient avec Guylaine Beaudoin, spécialiste des relations publiques et formatrice en communication de paroles.

Rendre un message
La partie du message que l’on retient est minime par rapport à ce que l’on retiendra de l’ensemble de la communication — par la gestuelle, la posture, la voix, l’écoute, les pauses savamment insérées au bon moment.

Les pauses donnent l’occasion à l’audience d’absorber l’information que l’on vient de lui exposer. «En faisant une pause, je dis, inconsciemment à ton cerveau, que ce dont je viens de dire est important et je te laisse le temps d’y réfléchir», partage Guylaine, fondatrice de Beaudoin RP, après sa légère pause. Cette astuce fait en sorte qu’on ait l’air bien préparé·e et en maîtrise de notre sujet. C’est l’un des trucs qu’on peut apprendre aux formations de l’aguerrie des RP. Qu’on s’exprime devant 2 personnes ou 300 personnes, on parle devant un public, estime la spécialiste. Et, pour parvenir à bien rendre un message, il faut savoir s’outiller.

Guylaine Beaudoin

Astuces pour avoir l’air pro
Si la prise de parole avec une aisance déconcertante semble être innée chez les grand·es orateur·trices de ce monde, c’est parce qu’il·elles se pratiquent. LE truc infaillible qui s’apprête à toutes les situations lors de la prise de parole en public? Se préparer.

Mais attention, pas la surpréparation, met en garde Guylaine. En apprenant un texte par cœur, on risque de se laisser moins de marge de manœuvre. Certes, il faut connaître son sujet, mais il faut également anticiper les questions — lors d’une conférence de presse ou d’une entrevue avec un·e journaliste par exemple.

Vous vous disiez que le ministre Legault et son équipe semblaient avoir réponse à tout lors des conférences de presse quotidiennes au peak de la pandémie? C’est le cas, explique la professionnelle. D’un point de vue communicationnel, et ce, peu importe nos allégeances politiques, son équipe a bien performé puisqu’elle était appuyée des professionnel·les de la communication qui l’assistent à prévoir les questions des journalistes. Enjeu environnemental, check. Enjeu économique, check. Tout le monde connaît l’actualité, il suffit de préparer des questions/réponses pour être fin prêt·e. Pas de question qui risque de surprendre, donc. Advenant qu’une question nous prenne au dépourvu, que faut-il faire? À cela, Guylaine répondrait: « “C’est une très bonne question, je pense que ça vaudrait la peine qu’on la creuse plus, je regarde avec mon équipe et vous reviens.” Je ne t’ai absolument rien dit, sauf que j’ai répondu, et tu t’es sentie considérée. Je t’ai dit que tu avais une bonne question, que c’est important, et qu’on te reviendrait.» Autrement dit, dodge the bullet d’une manière classy. La spécialiste des communications dépeint qu’il est tout à fait normal de ne pas avoir réponse à tout en temps réel — nous sommes des humain·es et non des robots!

La pire des choses qui puissent arriver? Improviser. On peut se mettre un pied dans la bouche ou donner de l’information sensible qui ne devait pas sortir. Pour prévenir ce risque, on évite de partir sans filet, conseille l’entrepreneure. Non seulement on doit se préparer, mais on doit aussi savoir s’orienter. L’essentiel est de se demander quel est son objectif initial: veut-on convaincre, veut-on distraire, ou veut-on informer? Quel est le message clé? «Il faut que j’y réfléchisse à l’avance pour pouvoir utiliser les bons termes, les bonnes expressions, les bons concepts pour faire comprendre aux gens ce que je veux», explique-t-elle. Ce n’est pas tout l’auditoire à la maison qui peut comprendre les acronymes ou les termes très niches. Cela arrive souvent dans le domaine de la science ou de l’éducation, qui seront portés à employer un jargon qui leur est propre. Il faut donc apprendre à vulgariser. Guylaine indique qu’il y a un grand effort de pédagogie à faire auprès des gens qui prennent la parole — ceux·celles-ci croient à tort que les journalistes sont spécialistes dans leur domaine, alors, que pour la plupart, il·elles sont généralistes!

Apprendre à parler
Vous souvenez-vous de votre premier exposé oral, à l’école primaire? Peut-être deviez-vous réciter une fable de La Fontaine devant 30 paires d’yeux, ou encore présenter votre arbre généalogique. Aïe, le stress! Pour Guylaine, l’enjeu n’est pas la prise de parole, mais plutôt le fait que nous n’ayons jamais appris à parler. Comment évaluer une compétence si on n’a jamais eu les outils pour ce faire? «Si demain matin, tu m’évalues sur ma performance en mécanique automobile, il se peut que je sois stressée, car je ne m’y connais pas. Ici, on dit à nos enfants, “parle-moi d’un sujet, je vais t’évaluer après”. L’enjeu est là!», mentionne-t-elle. Que ce soit par sa formation de prise de parole en public ou médiatique, elles sont toutes orientées vers la gestion du stress. «Les gens s’expriment au quotidien, mais dès qu’on arrive dans un cadre plus formel, comme une conférence ou devant les médias, ce ne sont pas les mêmes enjeux. Ça peut devenir très intimidant», dit-elle. Pour la fervente passionnée de la communication, sa mission est simple. Aider les gens à mieux communiquer, à être plus à l’aise, et à bien s’exprimer.

Parmi la clientèle de Beaudoin RP, on retrouve des gens de tous azimuts: en politique, des OBNL qui doivent demander des subventions, entre autres. Est-ce que des journalistes ont déjà pris part à ses formations? «Ce n’est jamais arrivé encore, mais les journalistes viennent m’interviewer sur mes formations. Donc peut-être qu’il·elles viennent chercher cette formation comme ça. (RIRES)» Busted!

Pour en connaître davantage sur le sujet, écoutez l’excellent épisode du balado Mélanie consulte, où l’humoriste Mélanie Ghanimé discute avec Guylaine sur l’art de dédramatiser cette peur universelle qui est la prise de parole en public.

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