L’écriture inclusive a fait couler beaucoup d’encre dans les dernières années. Certain·es débattent de son utilité et de sa place dans la langue française, alors que d’autres la trouvent simplement trop difficile à utiliser ou à lire. Certain·es ont déjà commencé à s’approprier l’écriture inclusive, et ça attire l’attention. Anik Pelletier, vice-présidente du Langage de marque chez Bleublancrouge, mentionne la campagne de la BDC de l’automne dernier comme étant un excellent exemple d’une marque qui ose se lancer dans l’écriture inclusive, au bénéfice de tou·tes. Du côté des médias, le journal Métro se trempe également et établit l’écriture inclusive dans deux de ses sections pour un projet pilote.

Pour en savoir plus sur le pourquoi du comment de l’écriture inclusive, jetez un œil à cet article qui décrit le tout en détail. Par contre, au-delà des opinions sur le sujet, quels sont les impacts de l’écriture inclusive sur l’industrie des communications en général?

Un frein à la créativité?
En cherchant à changer les normes, l’écriture inclusive apporte son lot de contraintes. En rédaction et création, est-ce que cela pourrait se révéler être un obstacle à la créativité? Anik pense, au contraire, que les impératifs de l’écriture inclusive peuvent stimuler la créativité plutôt que la limiter, puisque les équipes sont alors forcées à penser hors de la boîte. «Pour les marques, c’est une façon d’élargir leur public cible. Le masculin générique, ça ne fonctionne plus en 2022. Les marques investissent énormément dans l’image, choisissent des modèles qui illustrent la diversité pour véhiculer leur message, mais elles oublient d’adapter le texte. Une formulation non inclusive vient malheureusement annuler tout le reste. C’est parfois même carrément dénué de sens. Pour les gens qui évoluent dans les communications orientées vers la clientèle, ça incite à ouvrir ses horizons, à prendre véritablement en considération le public auquel on s’adresse.»

L’impact sur le SEO
Lorsqu’on s’adresse directement à des êtres humains, c’est une chose, mais qu’en est-il du SEO et des moteurs de recherche? Étant donné que l’écriture genrée est privilégiée depuis si longtemps, il est normal que les moteurs de recherche et les algorithmes s’y soient moulés. Jade Pelletier, chef d’équipe en stratégie numérique chez Ursa Marketing, pense que l’écriture inclusive est de mise en matière d’expérience utilisateur, mais réserve bien des défis au niveau du SEO: «Les gens qui cherchent, la majorité du temps, vont utiliser une écriture genrée. Donc, qu’est-ce que ça va donner comme impact sur l’indexation? C’est ça, en ce moment, qu’on se demande. En attendant que les gens commencent à faire des recherches comme ça, on risque de perdre un peu d’indexation, ce qui affecte le trafic organique. Et si on perd du trafic organique, on perd des vues sur le site, de l’achalandage, ce qui pourrait entraîner une perte de revenu.»

C’est donc en étant utilisée que l’écriture inclusive sera en mesure de surmonter ces obstacles. Comme Anik le précise: «Rappelons que derrière les algorithmes, il y a des humains. Les algorithmes suivent l’usage et apprennent à composer avec l’utilisation que les gens font de la langue. On peut donc supposer que les logiques de référencement emboîteront le pas.»

Jade mentionne un autre enjeu de taille: le manque d’uniformité dans l’utilisation de l’écriture inclusive. «Si on n’utilise pas la même méthode que l’internaute, on va aussi subir une perte d’engagement et d’indexation. Il va sûrement y avoir une méthode plus universelle éventuellement, mais pour l’instant, il y a plusieurs manières de l’écrire. Donc, comment est-ce qu’on l’écrit pour conserver notre indexation? Plus ce sera enseigné comme étant la norme, plus de volume de recherches il y aura, et on pourra se baser là-dessus pour essayer de définir les meilleures pratiques.»

Mais est-ce vraiment inclusif?
Une autre lacune de l’écriture inclusive serait qu’elle pourrait avoir des répercussions sur d’autres populations, comme les personnes avec des troubles comme la dyslexie, ou les personnes non voyantes qui utilisent des lecteurs d’écran. Encore une fois, Anik commente que l’usage est la meilleure façon de régler ces problèmes: «Si pour certaines personnes, les doublets abrégés peuvent effectivement nuire à la lecture, pour d’autres, au contraire, ils leur facilitent l’expérience. N’oublions pas que ce n’est pas l’écriture inclusive qui est discriminatoire, mais bien la langue française. Pour ce qui est des lecteurs d’écran et de l’accessibilité numérique en général, les doublets abrégés (avec point médian, parenthèses ou autres) peuvent, là encore, poser problème. Toutefois, de plus en plus de lecteurs d’écran proposent des possibilités de configuration qui permettent d’éviter le risque de lecture hachée, par exemple. Rappelons aussi que ces doublets ne sont qu’un des nombreux procédés dont on dispose pour assurer l’inclusivité des communications. Dans mon équipe, on les utilise avec beaucoup de parcimonie, et c’est — je pense — le mot clé ici.»

Bien que l’industrie ait encore beaucoup à apprendre sur les meilleures pratiques en termes d’écriture inclusive, une chose est certaine: c’est en se lançant et en normalisant son utilisation que celle-ci deviendra réellement plus accessible.

bdc