Lea D. Nguyen

Quel avenir pour les milieux de travail après la COVID ?

par Lea D. Nguyen, le 1 décembre 2020


Outre les nombreux aspects négatifs en lien avec la pandémie de la COVID-19 qui nous joue de mauvais tours, quels seraient les aspects positifs ?
Car même en « période sans précédent » comme nous martèlent les écrits qui pullulent partout depuis mars, on peut espérer qu’il y ait un silver lining. Cette foutue pandémie aurait-elle entraîné du bon dans nos espaces de travail ?

Vie de bureau bouleversée

Après le décloisonnement des bureaux et la venue de grands espaces de coworking, on ne retrouve désormais que des bureaux vacants et des écrans éteints… Confinement oblige, plusieurs organisations se sont tournées vers le télétravail. Un sondage de Statistiques Canada révèle que près d’un tiers des entreprises rapportent que leur personnel a travaillé à distance durant le lockdown. Par ailleurs, une poignée d’agences montréalaises avaient soutenu vouloir maintenir (ou du moins adopter) quelques jours de travail à distance une fois la pandémie révolue lors de notre série « Comment ça va » entre avril et juin dernier. Ce que vient confirmer ce même sondage dévoilant que près d’un quart des employeurs se disaient enclins à permettre à leur effectif de poursuivre le travail à distance une fois la pandémie achevée et près de 15 % affirment qu’ils prévoyaient rendre le télétravail obligatoire.

« Je pense qu’une génération très résistante au changement a été confrontée à une obligation de faire les choses autrement, ne serait-ce que pour adopter la technologie qu’ils refusaient d’utiliser à bon escient », soulève Émilie Desgagné, directrice de contenu chez Les Alouettes.

Dans une autre vie, Gabrielle Rousseau était une digital nomad. Convaincue d’être blindée grâce à son expérience antérieure, la réalité était tout autre. « J’ai réalisé que lorsque je travaillais à distance, j’étais très rarement chez moi, mais plutôt dans les cafés et les espaces de coworking. Même à distance, je n’étais jamais seule », nous dit-elle. 

Charles Gélineau, directeur, marketing et développement des affaires chez Touché !, divulgue que son organisation avait déjà un projet en place afin d’offrir du télétravail sur une base régulière et formelle. « La pandémie est venue accélérer le processus. Comme toutes les entreprises de service, on roule pratiquement à 100 % en télétravail et ça a permis de faire des preuves comme quoi le modèle peut fonctionner. » 

Frontière entre vie personnelle et professionnelle brouillée ?

Alors que les visioconférences Zoom se multiplient, il n’est pas insolite d’entrevoir à l’écran des animaux de compagnie ou des enfants venant ponctuer le small talk et autres conversations plus essentielles. Le milieu de travail virtuel se veut plus souple. Qui n’a pas été conciliant envers ses collègues en pyjama avec enfant de bas âge qui chigne dans les bras ? Image caricaturale, certes, mais évoquant la réalité de bien des travailleurs au plan mondial dans les derniers mois.  

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Charles avoue que son rapport entre la vie personnelle et le travail a été ardu, du moins au tout début. On se souviendra du premier confinement au printemps, où seuls les services essentiels étaient exemptés de fermeture. Depuis, celui-ci s’est trouvé des astuces pour l’aider à s’adapter. Cela pouvait être aussi simple que de ranger son matériel informatique dans une armoire le week-end arrivé. « Je ne le voyais pas, alors je n’étais pas tenté de travailler sur mon temps personnel. »   

Un des points positifs que Gabrielle relève du travail à distance est le maintien de l’équilibre en dehors du boulot. « Sur l’heure du dîner, je vais souvent marcher, faire un cours de yoga, aller à l’épicerie ou faire une brassée de lavage (RIRES). De petits trucs pour que la vie à la maison soit plus facile », remarque-t-elle.

Tout comme Charles, Lucie Nguyen, stratège web chez Urbania, a dû prendre un moment pour s’y habituer. Accoutumée à un horaire fixe, elle ne savait plus où se trouvait la limite entre vie perso et vie de bureau aux premiers balbutiements de la crise sanitaire. Malgré tout, la stratège estime en être ressortie mûrie. « J’ai appris à bien travailler, à être efficace et réussir à performer et à m’améliorer. Maintenir le rythme malgré le fait que je sois chez moi avec l’ordinateur à côté de mon lit », révèle-t-elle.

L’habit ne fait pas le moine

Choisir sa tenue du télétravail : un casse-tête ? « On n’a pas tant besoin de vêtements que ça finalement, lance à la blague Émilie. Le confort aide à la productivité je trouve. » Les tenues de travail plus décontractées semblent avoir la cote, comme l’illustre notre sondage maison pas scientifique du tout sur la plateforme Instagram. 84 % des 200 répondants étaient « team habillée en mou » contre 16 % « team tirée à 4 épingles » lorsqu’ils faisaient du télétravail.

Gabrielle avoue que sa garde-robe « corpo » n’a pas été touchée depuis le mois de mars. Comme elle pratique le yoga, elle reste en tenue de yoga, quoique tous ses milieux de travail prépandémie ont toujours eu un certain laxisme sur le code vestimentaire. Même chose pour Lucie, qui préfère opter pour le legging de yoga puisqu’elle s’exerce soit le matin pour bien entamer sa journée de travail ou en fin de journée. Quant à Charles, il a troqué sa chemise pour un t-shirt, sauf les jours de réunions sur Zoom.

La décision du relâchement du code vestimentaire vient d’un confort convoité, mais désigne également comment on se sent et comment on veut que les autres nous perçoivent. La psychologue et clinicienne Jennifer Baumgartner expliquait dans son ouvrage You Are What You Wear : What Your Clothes Reveal About You que les vêtements reflètent comment on se sent par rapport à soi-même. Ainsi, pour les salariés qui jonglent entre les engagements personnels et professionnels, le fait d’être vus en « mou » pourrait montrer les défis auxquels ils font front durant la pandémie !  

Productivité augmentée

Toujours selon notre sondage maison sur Instagram, 61 % des répondants affirment être davantage productifs en télétravail versus 39 %. « On est pris dans de vieilles règles et façons de penser. J’espère que les réfractaires au changement vont se rendre compte que leurs employés peuvent être tout aussi efficaces, voire même plus, avec davantage de liberté », souligne Émilie. En effet, une revue de la littérature scientifique publiée en 2019 montre une augmentation de la productivité en télétravail. Parmi les facteurs qui expliquent l’augmentation de la productivité, on révèle que les gens travaillent plus grâce au temps économisé sur le transport.

Selon Charles, certaines facettes de la productivité sont mieux depuis qu’il travaille de la maison, et d’autres non. Avant que la crise soit au plus fort, il faisait déjà un peu de télétravail lorsqu’il prévoyait se concentrer sur des tâches ne requérant pas d’interactions. « Dans l’optique où j’avais besoin d’être plus productif, je préférais être chez moi. Ça diminuait beaucoup les interactions spontanées que l’on peut avoir au bureau. À l’inverse, être 100 % en télétravail peut apporter son lot de downside dans le cadre de mes fonctions ». Puisque qu’une grande partie de son travail demande un travail d’équipe et des rencontres, le fait de les remplacer par des meetings Zoom n’équivaut pas « à de bons vieux meetings en personne ».

Gabrielle, qui vient de débuter un nouvel emploi chez Poches & fils comme stratège, croit qu’il est difficile de s’imprégner de la dynamique d’équipe à distance. Bien que le fit soit naturel, il est plus dur d’aller chercher les gens. « Tu as beau avoir des réunions sur Zoom, tu n’as pas la même ambiance qu’en vrai — ça peut donner des silences awkwards entre autres. » 

« Tout prend forcément plus de temps », mentionne Lucie. Même son de cloche chez Charles. « L’autre facette que j’ai perdue avec les rencontres informelles, poursuit Charles, est de ne pas pouvoir avancer une multitude de dossiers. Ces discussions de corridor et de machine à café pouvaient régler bien des choses en 2 minutes. Maintenant, il faut tout booker à l’avance et ça prend plus de temps. »  

Un entre-deux plus que bienvenue

Fait important à souligner : le télétravail dans le contexte actuel n’est pas représentatif d’une situation « normale ». Les joies du télétravail se feront davantage sentir en dehors d’une pandémie sévissant aux quatre coins du globe. Il y a une nuance entre travailler à distance avec la liberté de pouvoir travailler depuis n’importe où versus travailler de la maison en confinement ! Lorsque le confinement prendra fin une bonne fois pour toutes, est-ce que les salariés voudront reprendre le chemin du bureau ou l’appel du confort de son chez-soi sera plus fort ?   

Sans vouloir trop en dévoiler, Charles a mentionné qu’un modèle hybride sera applicable pour 100 % des employés de son organisation. « Les 5 jours de semaine au bureau pour tout le monde vont disparaître », confie-t-il.

« J’aimerais un mélange des deux, car j’aime quand même interagir en vrai avec mes collègues, énonce Gabrielle. J’aimerais un hybride : que ce soit pour travailler une semaine complète au bureau et la suivante à la maison, ou encore quelques jours par semaine au bureau. »

Notre sondage sur Instagram dénote que 67 % des participants aiment le travail à distance contre 33 %. Et vous, quel est votre rapport au télétravail ? Seriez-vous enclins à poursuivre le travail à distance une fois que les mesures sanitaires se seront assouplies ?

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Et si on récapitulait 2020? 

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