La chasse aux anglicismes

par Gabriel Allaire, concepteur-rédacteur (TP1), le 10 mars 2016


Dans le cadre du Mois de la francophonie, TP1 présentera une série de quatre textes sur le français. Le thème de cette semaine : les anglicismes au travail.

Ils sont partout. Faut être vigilant. T’écris un ou deux paragraphes, puis ils envahissent déjà ton papier. Tu te relis, tu tombes nez à nez devant une bonne douzaine d’anglicismes. Ils ont l’habitude; ils savent comment s’infiltrer.

Toi, t’accueilles les mots avec toute ton hospitalité. Mais eux en profitent pour se faire rois de ton courriel, ils mettent leurs pieds sur la table et saccagent tout le mobilier de ton texte. Je te montrerai donc ici mes meilleures prises de chasseur d’anglicismes. Ensemble, traquons trois spécimens parmi les plus répandus.

Mettre l’emphase

Lui, c’est un dur à cuire. Le problème, c’est qu’il se dit tellement bien. On le croit bon, mais non! On pense que de l’utiliser sert le sujet sur lequel on doit « mettre l’emphase », mais ce n’est pas le cas. Une emphase est une manière exagérée de parler ou d’écrire. Synonyme de discours pompeux et d’écrit lourd. Pas trop ce qu’on veut dire. Mettre l’accent, souligner ou mettre en évidence, voilà les remèdes. Boom! Un de neutralisé.

Laisser savoir

Celui-là est probablement le plus ninja de toute sa gang. Il attaque souvent à la fin du courriel. Il attend qu’on épuise tout notre jus de cerveau à sculpter notre éloquent message. Et puis, « wooyah », il nous passe une savate linguistique et l’on signe de ce calque de l’anglais : « S’il y a quoi que ce soit, laissez-moi savoir. »

Pour l’esquiver, rien de plus simple. Tu n’as qu’à terminer ton message par « S’il y a quoi que ce soit, faites-le-moi savoir ». Et un autre. Say hello to my little friend, anglicisme.

Faire du sens

Le plus contagieux. Comme le rhume : on a beau prendre échinacée et vitamine C, on continue de l’éternuer dans presque toutes nos phrases. On peut faire des délicieuses crêpes, mais on ne peut pas faire du sens. Par contre, on peut avoir du sens, tomber sous le sens, être sensé et, même, si l’on devient philosophe ou littéraire après un café au brandy, on peut faire sens. Mais pas du sens. Et voilà, bien joué.

Ne devenons pas fous avec les anglicismes

Ils ne sont pas que mauvais. Ils démontrent que la langue évolue, qu’elle est vivante. Et que ses utilisateurs, désirant se l’approprier, l’aiment assez pour lui insuffler de la créativité. Les emprunts à l’anglais peuvent aider au style, rapprochant la langue écrite et celle parlée. Comme dans ce texte, où je les ai volontairement saupoudrés. All right, see you next week.

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Gabriel Allaire, concepteur-rédacteur chez TP1


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