Émilie Desgagné

L’ascension de la réalité augmentée

par Émilie Desgagné, le 28 octobre 2022


Au cas où vous ne le saviez pas, Apple devrait lancer un ou deux casques de réalité mixte en janvier 2023 — une sortie qui s’annonce particulièrement transformatrice. Yanick Bédard, directeur général de la pratique numérique et Jean-François Lavigne, directeur de groupe stratégie CX/UX, tous deux spécialistes de la RA chez Sid Lee, nous expliquent pourquoi on devrait tous et toutes avoir à l’œil ce grand dévoilement.

Un changement de paradigme
Oui, les casques de réalité augmentée existent déjà — on connaît l’Oculus Quest de Meta ou encore le HoloLens de Microsoft —, mais on sait que lorsqu’Apple se lance dans la course à l’innovation, c’est tout le peloton qui accélère. En effet, Yanick Bédard compare la sortie du casque de RA d’Apple au lancement de l’iPhone. Rien de moins.

«Tout le monde se souvient de la révolution qu’a déclenchée l’iPhone. On passait du BlackBerry, un téléphone cellulaire avec clavier physique sur lequel on lisait nos courriels professionnels, à un véritable outil plein écran avec un accès direct à Internet qui est devenu le centre de nos vies.»

Selon Jean-François Lavigne, comme l’iPhone a provoqué la disparition du clavier, l’arrivée du casque annonce en quelque sorte le début de la fin des écrans. «En 2007, l’écran de l’iPhone est devenu un tout nouveau canevas. Maintenant, c’est tout ce que tu vois qui peut être un canevas. C’est-à-dire qu’au lieu d’être prise dans un rectangle, explique-t-il, l’information sera projetée directement dans nos yeux.» Et c’est là qu’est le changement de paradigme. Plutôt que de reposer uniquement sur l’immersion de l’humain dans le monde virtuel, la nouvelle technologie d’Apple favorisera également l’intégration du virtuel dans le monde réel.

De réalité virtuelle à réalité mixte
Tandis que les casques actuels sont axés sur une réalité entièrement virtuelle, celui d’Apple permettra aussi la réalité mixte — c’est-à-dire qu’il sera possible d’osciller entre un univers 100% virtuel et un monde où le physique et le numérique s’entremêlent.

«En ce moment, quand tu portes un casque de RA, tu fonces dans tes meubles ou tu te cognes au casque de ta blonde. Avec la technologie d’Apple, tu vas continuer de percevoir l’environnement autour», explique Jean-François.

Grâce à cette avancée, l’immersion individuelle que l’on connaît aujourd’hui pourra donc enfin muer en une expérience collective en haute résolution.

Une progression rapide au service de l’accessibilité
Selon les analystes technos comme Ming-Chi Kuo, le nouveau casque d’Apple devrait être vendu à un prix tournant autour de 3 000$. On ne parle pas tout à fait d’un gadget que monsieur et madame tout le monde pourront s’offrir. Pour Jean-François Lavigne, l’entrée en marché d’un casque aussi poussé attirera principalement les marques, surtout du domaine du divertissement, du jeu vidéo et du sport. Imaginez assister au spectacle de votre artiste préféré depuis la première rangée, danser si près de la scène que vous avez l’impression de pouvoir y toucher, tout en étant dans le confort de votre salon!

«Plusieurs marques vont vouloir créer cette expérience de siège VIP. Si tu peux vendre ton meilleur siège 1 000 fois, pourquoi pas?»

L’adoption du nouvel appareil par les entreprises permettra ainsi de tirer des leçons des cas d’utilisation et de faire progresser le marché à un rythme accru.

«Oculus, ça n’a jamais vraiment levé. Là, on s’attend à une première génération assez dispendieuse, mais qui va forcer tout le monde à courir et à rendre la technologie accessible pour les consommateur·trices dans les deux ou trois prochaines années. Encore là, comme quand l’iPhone est sorti», explique Yanick.

Plus de portabilité et de confidentialité
L’un des plus gros problèmes des casques que l’on connaît aujourd’hui, c’est qu’ils sont tous plutôt lourds et massifs. Pas le genre d’accessoire qu’on a envie de trimballer, disons! Maintenant qu’Apple s’en mêle, on peut cependant s’attendre à un modèle plus épuré, léger et agréable à porter.

«On s’en va vers plus de wearability pour que les accessoires de RA s’intègrent mieux à notre quotidien. D’ailleurs, les spécialistes prévoient une évolution du casque en trois temps: le casque, les lunettes, puis les verres de contact», affirme Yanick.

Éventuellement, ces appareils qui se portent — écouteurs, montre, casque, lunettes, etc. — deviendront nos ordinateurs. Discrets et connectés en tout temps, ils pourraient même en venir à éliminer complètement le téléphone et la télévision. Avant cela, il faudra toutefois franchir le stade de l’acceptation sociale — un niveau qui n’a pas été atteint par la concurrence jusqu’à présent.

«J’ai déjà porté les Google Glass dans le métro, confie Jean-François. Je peux vous dire que les gens me regardaient drôlement en se demandant si je les espionnais.»

Or, selon Yanick, là aussi, Apple a une longueur d’avance. Contrairement à ses compétiteurs Google et Meta, le géant dirigé par Tim Cook mise énormément sur la confidentialité.

L’univers publicitaire transformé
Les deux spécialistes de Sid Lee estiment que, dans les prochaines années, l’ascension de la RA pourrait avoir un impact considérable sur le travail des publicitaires — principalement parce qu’elle forcera un passage des médiums d’interruption au storytelling. La création d’expérience deviendra la norme au point de nous pousser à modifier nos façons de créer et de produire.

«En ce moment, on pense tout en 2D, mais quand ton interface devient carrément ton champ de vision, tout change, remarque Jean-François. Il ne sera plus nécessaire de se déplacer pour des tournages, par exemple. On pourra rester en studio puis créer des environnements en 3D. Évidemment, cela veut dire que le type d’artisan·es recherché·es ne sera plus le même.»

Évidemment, comme toute nouvelle technologie, la réalité augmentée comprend des risques: la pollution publicitaire, la désinformation ou encore le clivage des générations. Or, les possibilités éducatives et divertissantes qu’elle offre sont si nombreuses qu’elle

finira tôt ou tard par transformer nos comportements humains.

À suivre…

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