Geneviève Morin

Cœur à cœur avec Rachelle Houde-Simard, récipiendaire du Prix Bienveillance du bec

par Geneviève Morin, le 10 juin 2022


C’est officiel, le jury du Prix Bienveillance du bec a annoncé sa grande gagnante jeudi soir, lors du gala Idéa, et a honoré le cœur de Rachelle Houde-Simard.

Si la dernière année a été difficile pour plusieurs raisons (ne nommons que la pandémie, l’isolement et l’éloignement), le jury du Prix s’est pour sa part intéressé à deux points récurrents dans le dépôt des candidatures du Prix Bienveillance du bec. D’abord, le temps. Ensuite, la prise de risque. Qu’est-ce que ça signifie aux yeux de Rachelle Houde-Simard ? Et surtout, comment on incarne et intègre ces deux concepts dans son travail et dans la vie de tous les jours ? Le Grenier en a discuté avec la lauréate. 

Comment on se sent, au lendemain de la réception d’un prix comme celui-là ?

Rachelle Houde-Simard : Reconnaissante, très reconnaissante. Déjà, à la base, quand le bec a annoncé la création de ce prix, j’ai été vraiment enthousiasmée par cette initiative. Je trouvais aussi que ce mot avait besoin d’exister et d’être bien utilisé. On a parfois tendance à le galvauder et à le surutiliser, et ça tombait à point, je trouve, de créer ce prix-là, alors que notre milieu (et le monde entier aussi) avait besoin de bienveillance. Et bon, je suis vraiment émue par cette reconnaissance, je reçois ce prix en me disant que pour mon milieu je suis vue et entendue. C’est comme un booster cable à ma batterie !

Comment ça s’imbrique dans votre quotidien, la bienveillance ?

Rachelle Houde-Simard : D’abord, je dois dire que la conversation autour de la santé mentale — qui prend de plus en plus de place dans l’espace public — a complètement changé mon rapport avec mon travail depuis les deux dernières années. Mes réflexions sur la souffrance m’ont ouvert à des réflexions sur moi-même ; et j’ai compris que pour guérir et avancer, il faut avoir de la compassion envers soi-même et envers les autres. La compassion, au fond, ça veut dire souffrir ensemble. Et la bienveillance, pour moi, c’est le fait de veiller ensemble à la compassion.

Et comment, justement, dans une industrie créative, la bienveillance et la compassion deviennent des moteurs puissants qui profitent à toutes et tous ?

Rachelle Houde-Simard : Parler de santé mentale dans une industrie qui travaille essentiellement avec des cerveaux… Des gens qui jouent avec le design, les couleurs, les mots et qui développent des stratégies… Ça me semble assez évident que la créativité est intimement liée à la compassion. Et à la souffrance ! Les personnes créatives sont souvent très connectées avec leurs souffrances, et j’ai la conviction profonde que le processus créatif, c’est comme le tube qui transforme nos faiblesses en force. La création, c’est non seulement l’acte de transformer des idées, mais aussi d’interpréter des ressentis, des émotions et des non-dits. C’est aussi de le faire en racontant des histoires. Pour faire tout ça, on a besoin de nos cerveaux. C’est l’organe essentiel de notre industrie.

À vous entendre, on pourrait presque parler de santé créative ?

Rachelle Houde-Simard : Absolument. Et ça me ramène un peu aux deux points importants qui revenaient dans les candidatures : le temps et la prise de risque. Le temps : pour moi, c’est la chose qui a le plus de valeur, parce que c’est une chose qu’on a tous et toutes de manière égale dans la vie. Ce qu’on décide de faire avec ce temps-là va définir le succès de notre vie, à notre manière, bien entendu. Pour moi, le temps a pris une forme différente pendant ma quête de guérison. J’ai réalisé que je pouvais prendre du temps pour moi. Que je devais prendre du temps et que c’était essentiel dans ma démarche de compassion envers moi-même et les autres. J’ai aussi réalisé l’impact que ça avait, quand on prenait un peu de notre temps pour le redonner aux autres. Les gens ont besoin de temps pour être vus et entendus. 

Et de l’autre côté, il y a la prise de risque. En assumant ma décision de prendre plus de temps pour moi, je mettais toute la carrière à risque. C’était un gros move de quitter l’industrie, mais je savais que je n’étais plus capable de suivre un rythme où je me mettais de côté. Où je ne prenais pas le temps de vivre pleinement avec mes souffrances. J’avais besoin aussi de dédier mon temps à autre chose qu’à ma chaise, 50 heures par semaine. 

Et cette réflexion autour du temps, pensez-vous qu’elle intègre les agences ?

Rachelle Houde-Simard : Je pense que oui. Ça avance tranquillement et à mon avis, quand la matière première de ton entreprise, c’est des cerveaux, je pense qu’il faut absolument en prendre soin. Parce que la créativité, ça prend du temps, ça prend de l’espace. Le temps, c’est important dans notre industrie, il faut avoir le temps de respirer et de s’oxygéner le cerveau pour performer et créer. Je pense que c’est pour ça qu’il faut parler de santé créative. On doit redéfinir comment on perçoit le temps et surtout, on doit prendre le risque, en agence, d’en faire cadeau à nos cerveaux.

En terminant, qu’est-ce qui s’annonce pour vous et pour la suite ?

Rachelle Houde-Simard : C’est central dans ma pratique maintenant, je travaille fort pour créer des outils que j’aurais aimé avoir. La santé créative est importante et ça prend des outils pour la protéger. Il faut également veiller à ce que l’on compatisse en tant que communauté sur la santé des un.es et des autres. Et c’est quelque chose qui revient aussi beaucoup chez moi, la communauté. On a besoin de la communauté et il faut qu’on puisse se tourner vers elle quand ça ne va pas. On le fait quand on a besoin d’inspiration, on doit pouvoir le faire quand on a besoin de réconfort. La créativité n’est pas possible sans la communauté, selon moi, l’axe de création vient de la connectivité entre les individus.

Rachelle Houde

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