Lea D. Nguyen

Gestion pandémique: quel bilan au Québec?

par Lea D. Nguyen, le 14 mars 2022


On l’attendait n’est-ce pas? Deux ans plus tard, quasi jour pour jour, la pandémie s’essouffle. Enfin, presque. Comme le reste de la planète, les mesures sanitaires imposées par les instances gouvernementales ont joué au yoyo — avec notre santé mentale notamment — et, plus que jamais, ont scindé la population. Retour sur la gestion de la crise de la Covid-19 dans la Belle Province.

Communication
Difficile d’attribuer une note sur la «performance» de la gestion pandémique tellement elle est colossale. Que mesure-t-on, au fait? L’accès aux tests rapides, le taux de vaccination, la situation dans les hôpitaux, la gestion des CHSLD, la ventilation dans les écoles et plus encore? Si on ne s’attarde QUE sur la communication, le gouvernement obtient une bonne note. Ce dont il faut se rappeler, en temps de crise, c’est que les informations circulent rapidement et changent tout aussi brusquement. Au moment où on prend une décision selon les données disponibles, et qu’on la communique, l’information aura le temps de muter (comme le virus! Too soon?) et ne sera déjà plus valide. D’où les nombreux changements dans les prises de décisions. Et ça vaut pour toutes les organisations. Imaginez un peu lorsqu’on doit gérer une population de plus de 8 millions de personnes! «Il y a eu des situations plus difficiles si on observe les résidences de personnes âgées ou dans les hôpitaux, mais je pense que tout le monde est capable de s’accorder pour dire que monsieur Legault et son équipe de Santé publique ont fait un travail quand même remarquable au niveau des communications pour bien communiquer le message», dit Maxime Couture, conseiller en relations publiques chez Catapulte.

Professeur à l’UQAM et spécialiste en gestion de crise, Yannick Hémond est aussi d’avis que l’information transmise à la population a été efficace. Ce qu’il déplore, c’est qu’il n’y a pas eu de processus d’apprentissage en continu, c’est-à-dire une équipe dédiée pour tirer des leçons à chacune des vagues. Il nous révèle qu’on a l’habitude de gérer des «chocs». Qu’entend-on par choc? Inondation, tremblement de terre, glissement de terrain, par exemple. Ce sont des événements qui ne perdurent pas trop dans le temps. En cas d’événement choc, on stabilise la situation, ensuite on en retire des leçons pour faire des processus d’apprentissage. Seulement, cette fois-ci, c’est la première fois que nous avons une crise de cette ampleur qui s’étire sur 2 années. Et fort probablement plus, estime l’expert. La pandémie n’est pas un choc, et nos processus habituels ne sont pas faits pour apprendre en cours de route. Il aurait donc fallu une équipe dédiée aux processus d’apprentissage sur l’ensemble des actions. «Ça n’aurait pas pu être parfait non plus, relate le professeur. C’était une première fois pour tout le monde.»

Multidisciplinarité
Aurions-nous dû être à l’écoute de d’autres spécialistes? «C’est sûr qu’on aurait pu avoir encore plus d’expert·es autour d’une table, mais après, chacun·e a des revendications qui sont à l’opposé. Je pense que la décision numéro un dans une crise comme celle de la Covid-19 c’est qu’on reste en vie. Oui, il y aura un coût énorme sur la santé mentale des gens, la santé économique et dans les écoles. Éventuellement, il y aura des décisions qui devront être prises, mais avant tout, il fallait qu’on se concentre sur un objectif commun, c’est-à-dire protéger la santé physique de la population et je pense que les décisions ont été prises en ce sens», énonce Maxime Couture. L’expert en relations publiques estime toutefois que le gouvernement a pris en considération les fédérations sportives du Québec. «Je pense qu’il y a eu énormément de gens qui ont été écoutés et consultés au niveau de la reprise des activités sportives.»

L’Organisation de la sécurité civile du Québec (OSCQ) est un mécanisme qui n’a pas été activé lors de la pandémie selon Yannick Hémond. S’agissant d’une structure gouvernementale responsable de la sécurité civile à l’échelle nationale et de la coordination des actions menées par chacun des ministères et des organismes gouvernementaux, elle se consacre à la gestion gouvernementale des risques et à la réponse aux sinistres. Plusieurs expertises sont alors mises à contribution lorsque ce mécanisme est activé. D’après le professeur, puisqu’il n’a pas été officiellement mis en branle, on n’a pas été en mesure de suivre le principe de base de l’approche multidisciplinaire — qu’on devrait préconiser. «Ça prend le plus de monde possible autour de la table quand on examine une cellule de crise, fait-il remarquer. Pendant l’accalmie de l’été, on aurait pu apprendre de ça et avoir une équipe multidisciplinaire et écouter ce que les gens veulent et ne pas l’aborder uniquement d’un point de vue politique comme ça a été le cas.»  Il ajoute: «La gestion s’est concentrée uniquement sur le maintien de la capacité du système de santé. On a écouté la science de la Santé publique et les épidémiologues, mais on a oublié d’écouter les gens de l’éducation, les gens en santé mentale, les gens d’économie, les gens issus du milieu de la culture. Il y a toute une science derrière chacun de ces domaines-là qu’on n’a pas écoutés».

Cohérence
Qu’en est-il des directives données par le gouvernement? Maxime Couture est d’avis qu’il n’y a pas eu de manque de cohérence de la part du gouvernement. «Je pense qu’il faut se réjouir du fait que lorsque le gouvernement prend une décision, s’il réalise qu’il ne va pas dans la bonne direction, change de direction. J’aurais eu plus peur d’un gouvernement qui ne s’adapte pas à la réalité, partage-t-il. Est-ce que le gouvernement aurait pu bouger plus rapidement? La réponse est oui. Est-ce qu’il aurait pu prendre de meilleures décisions? Oui. Est-ce qu’il a fait du mieux qu’il pouvait avec les informations lorsqu’il devait prendre une décision? La réponse est oui, tout à fait.»

Si les décisions peuvent sembler avoir été prises par essai erreur, c’est la rapidité et la complexité de la crise qui font en sorte qu’on n’a pas le choix de prendre une décision. «Et cette décision, par définition, est imparfaite, mais nécessaire», partage Yannick Hémond. Selon l’expert, ce qui a plutôt manqué dans la gestion, c’est le manque d’anticipation qui s’est reflété sur la cohérence. «Avec le temps, le manque d’anticipation et le manque de décision un peu plus réfléchie est venu jouer sur la cohérence, ce qui a eu l’effet yoyo.»

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