La production de films publicitaires n’y échappe pas: pénurie majeure de main-d’œuvre et augmentation sévère des coûts

le 17 novembre 2021


L’Association des producteurs publicitaires (APP) tient présentement une campagne de sensibilisation des agences créatives et des clients-annonceurs concernant les enjeux actuels en production de films publicitaires.

Michel David, président du conseil d’administration de l’APP et producteur exécutif chez SOMA, souligne la pénurie généralisée de techniciens et d’artisans due aux conditions exceptionnelles de marché. « On subit l’impact de la pandémie qui occasionne un déséquilibre majeur entre l’offre et la demande à tous les niveaux, que ce soit pour monter des équipes de tournage, pour l’accès à de l’équipement ou à des studios. Et tout ça entraîne bien sûr des délais et des augmentations sévères des coûts. »

En entrevue avec le Grenier aux nouvelles, d’autres membres du conseil d’administration de l’association ont énuméré les problèmes qu’ils rencontrent au quotidien, les deux principaux étant la difficulté à monter des équipes de tournage dans les délais souhaités et l’augmentation rapide des tarifs des techniciens.

La production de fictions et de variétés au Québec est en pleine croissance, alors que le report de nombreuses productions télé et cinéma durant la pandémie occasionnait déjà une demande accrue. Et à cela s’ajoute un nombre important de productions américaines (à gros budgets) en fiction et de séries Netflix qui commencent leur production à Montréal. « Les films et séries américaines offrent des conditions d’embauche beaucoup plus intéressantes que ce nous pouvons offrir localement, ce qui fait une pression à la hausse sur les tarifs des technicien (ne)s, mentionne Jérôme Couture, producteur exécutif et associé chez ALT Productions. Du moment qu’un(e) technicien(ne) a obtenu 5 ou 10 $ de l’heure de plus en travaillant sur une production américaine, il va essayer de maintenir ces conditions dans le marché local. Et c’est bien normal. Mais nous n’avons pas les mêmes moyens que les Américains, cela va de soi ».

Des augmentations de salaire sont exigées par tous les départements de production (directeur de production, assistant-réalisateur, régisseur, assistant de production de plateaux, assistant prod. camion, chauffeur, éclairagiste, machiniste, caméra, cantinier…). « Les augmentations pour les forfaitaires sont de l'ordre de 150 $ à 250 $ par jour, voire même plus dans certains cas », souligne Michel David. « Et pour les techniciens au taux horaire, les salaires ont augmenté en moyenne de 3 $ à 5 $ de l’heure ». À cela s’ajoute une hausse généralisée du prix de l’essence, des frais d’équipement, de la nourriture, des vêtements, bref de tout ce dont une production a besoin.

Puis il y a le départ de plusieurs travailleurs autonomes d’expérience qui ont déserté le milieu durant la pandémie (avec comme conséquence secondaire qu’on doive souvent avoir recours à des talents moins expérimentés ex. deuxième et troisième assistants réalisateurs qui deviennent premiers assistants).

« En plus de la pénurie, les délais ne font plus de sens, ajoute Stéphanie Lord,  productrice exécutive et associée chez Quatre Zéro Un. Qu’on parle de l’obtention de permis, des locations, de l’embauche des techniciens, tout est devenu beaucoup plus compliqué avec la COVID ».

« Tous les postes budgétaires augmentent, mais l’industrie est encore trop souvent structurée sur des ratios traditionnels média / production qui n’ont pas évolué », ajoute Jérôme Couture. Je pense qu’il est grand temps de réinventer des modèles un peu plus flexibles du côté des annonceurs et des agences, afin de mieux s’adapter à notre réalité ».

« Le statu quo budgétaire, ça ne fonctionne juste plus », affirme Andres Norambuena, VP contenu et expérientiel chez BLVD-Mtl. « Beaucoup de choses ont changé en un an et demi. J’aide parfois des agences à concevoir des budgets, pour des pitchs par exemple, et elles comprennent mal que les choses ont changé. Je leur dis donc d’augmenter de 10 à 15 % leur budget de production, car c’est notre nouvelle réalité ».

De son côté, Geneviève Cabana-Proulx, présidente et productrice exécutive chez SOMA, renchérit : « Il y a eu un avant et un après-COVID. Beaucoup de choses ont changé, mais les budgets demeurent les mêmes. Ça ne peut pas continuer comme ça. Les agences doivent absolument sensibiliser leurs clients à la nouvelle réalité ».

À cela, Visant Le Guennec, associé et producteur exécutif chez Les Enfants, ajoute : « Avec les réseaux sociaux, les clients demandent maintenant de décliner un 30 secondes en plusieurs formats pour le même prix. Par ailleurs, à l’association, nous avons établi, il y a quelques années, un devis commun et celui-ci devra être adapté parce que tous les tarifs ont changé ».

Pour ajouter la cerise sur le sundae, les boîtes de postproduction, souvent le dernier maillon de la chaîne des production, vivent elles aussi des pressions énormes sur leurs budgets, notamment en raison de la pénurie de main-d’œuvre, mais également de la pénurie mondiale de processeurs informatiques.

« Tous ces enjeux ont un impact important à plusieurs niveaux : des délais requis pour la formation d’équipes de tournage adéquates, des reports d’échéanciers de production, et des dépassements de coûts face à des enveloppes budgétaires trop souvent impossible à rencontrer. On doit absolument revoir celles-ci ou voir à simplifier les concepts », mentionne Suzanne Bourret, présidente-directrice-générale de l’APP. « On a besoin du soutien et de la collaboration de tous les influenceurs et décideurs impliqués. Les producteurs membres de l’APP sont là pour vous aider à trouver des solutions et vous offrir les meilleures possibilités pour réaliser avec succès vos projets. »

À noter que la situation que vivent les entreprises membres de l’APP est sensiblement la même dans le domaine de la fiction, tel que rapporté dans un article du journal Le Devoir, et un autre publié dans La Presse.

APP


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