Attraction numérique: vie et mort du piège à clics

par Raphaël Martin, le 7 janvier 2021


Près de quatre ans après l’acquisition du maître des clics Fan-O-Web, l’entreprise de production audiovisuelle Attraction complète aujourd’hui un cycle en propulsant la nouvelle identité de sa filière numérique. Discussion sur le sujet (et réflexion sur l’art et l’éthique de l’appâtage numérique) en compagnie de Remi Aboussouan.

Remi Aboussouan
Crédit photo : Frederic Houle

Le web regorge d’entrées aussi éloquentes qu’accrocheuses. « Il trompe son épouse sur le cercueil de sa sœur : sa réaction vous renversera. » Ou encore : « Channing Tatum de retour au gym : équipé pour veiller tard ! » Ou
l’indécrottable classique : « Quel type de sauce à tacos êtes-vous ? » Tant de titres qui possèdent ce rare don de vous faire rouler des yeux tout en activant par magie le clic gauche de votre souris. Et des articles, aussi, qui ont fait les choux gras pendant plusieurs années de petites entreprises telles que feu Fan-O-Web, qui réussissait à elle seule à générer quelques dizaines de millions de visites uniques sur leurs différentes plateformes. Un tour de force rodé au quart de tour et ô combien lucratif, certes, qui n’était pas sans faire rager l’utilisateur lambda en mal de sensations fortes littéraires — lequel se rivait (trop) souvent le nez sur des articles vides de sens et de contenu. Le phénomène des pièges à clics : tare numérique ou opportunité d’affaires alléchantes pour une entreprise ?

CONTRER LES FRUSTRATIONS 

L’évolution du comportement de l’utilisateur vis-à-vis la pratique pourrait désormais donner un poids certain à la deuxième option. « Le titrage et l’emploi d’épithètes alléchantes est un art en soi, affirme d’entrée de jeu Remi Aboussouan, Directeur principal, Numérique et contenu chez Attraction. Mais un art qu’il faut pratiquer prudemment et avec sagesse. Les utilisateurs web sont devenus des experts de la consommation numérique avec le temps. Ils ne se laissent plus berner par le clickbait. J’aime répéter à nos rédacteurs qu’un lecteur qui clique sur un titre doit être récompensé pour son geste : il doit obtenir l’information à laquelle il s’attend. Rien de moins. Un mauvais article publié sur une plateforme numérique est un article qui engendre de l’insatisfaction, voire de la frustration chez son lecteur. C’est la dernière chose que nous recherchons. Les internautes sont devenus en quelque sorte allergiques à ce type de piège. On peut certainement dire que ça a marché fort pendant plusieurs années, mais la pratique est désormais révolue, voire vétuste. Elle l’est du moins chez les acteurs du milieu qui tiennent à travailler sérieusement. »

MÊME SAVOIR-FAIRE, NOUVELLE MISSION

Un changement des mentalités (et des pratiques) qui imposait un repositionnement philosophique au sein du secteur numérique du producteur de contenu audiovisuel Attraction, qui s’était porté acquéreur de la start-up Fan-O-Web il y a de cela quatre ans pour un pactole de quelques millions de dollars. « Lorsque je suis arrivé chez Attraction, la transaction venait tout juste d’être conclue, poursuit Remi Aboussouan, et j’avais pour mandat d’en faciliter l’intégration. C’était déjà, si je puis dire, une autre époque. Nous avons travaillé extrêmement fort depuis pour repositionner le modèle éditorial de FOW, l’objectif étant de conserver tout le savoir-faire de l’entreprise en matière de rayonnement des marques et de la compréhension des algorithmes de nos réseaux sociaux, mais en nous éloignant du journalisme à sensation qui lui avait donné mauvaise presse jadis. Lorsque tu réussis à atteindre un bassin de lecteurs aussi impressionnant, lorsque tu possèdes des communautés aussi fortes que celles développées sur nos pages Facebook, tu te dis qu’il vaut la peine de mettre ta force de frappe à bon escient. En intégrant officiellement la marque Attraction numérique, nous mettons toute l’expertise de Fan-O-Web au service de la culture et des marques québécoises. »

AGILITÉ NUMÉRIQUE

Une intégration faite sans tambour ni trompette. « Ça s’est fait organiquement, tout naturellement, affirme Remi Aboussouan. C’est en quelque sorte le propre des agences numériques que de réussir à manœuvrer en toute flexibilité, d’accueillir le changement avec agilité. Pour avoir œuvré chez de gros diffuseurs par le passé, pour m’être fait la main sur des marques télévisuelles que nous pourrions qualifier d’institutions, je peux vous certifier que le monde du numérique en est un capable de se virer de bord sur un dix cennes. C’est un avantage incroyable. Le but pour Attraction numérique est de travailler de pair avec l’ensemble des autres marques d’Attraction (dans une optique d’unification), de leurs contenus convergents, mais aussi d’autres marques externes pour lesquelles nous créons du contenu de qualité et de l’achalandage. Les utilisateurs qui circulent sur nos plateformes, nos pages Facebook ou qui consomment nos contenus sont en droit de s’attendre à la même qualité qui a fait la renommée d’excellence d’Attraction depuis presque deux décennies. C’est pour nous à la fois le début et la continuité d’une belle aventure. »


Tirer son épingle du jeu au féminin

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