Normand Miron

Tous les mèmes?

par Normand Miron, le 2 septembre 2020


Les mèmes inondent nos fils des médias sociaux. Impossible de faire défiler sa page Facebook sans en voir un qui nous fera rigoler. Jaune parfois. Mode passagère, nouvel outil de communication ou reflet imagé des travers de notre société ? Oui ! Car après tout, comme chantait Stromae, ce sont Tous les mèmes !

Un de vos amis Facebook lance une imbécilité sur son fil (oui, oui, ça arrive…)  Deux options. Soit vous le fustigez publiquement, sans mettre de gants blancs. Oui, d’un côté, ça fait du bien. Mais vous venez de perdre un ami. Soit vous publiez le célèbre mème de Batman donnant une baffe à Robin avec un texte illustrant ce que vous reprochez à l’irritant ami. Résultat. Tout le monde rit. Lui, jaune.

Batman

Vous auriez pu aussi utiliser la photo du petit garçon noir à l’air dubitatif. Le faciès souriant (définitivement trop donc pas) intéressé de Gene Wilder dans le rôle du chocolatier du film Willy Wonka & the Chocolate Factory. Ou encore, cette image d’un couple s’éloignant main dans la main pendant que monsieur tourne la tête pour lorgner une jolie fille au premier plan, sous le regard estomaqué de chérie minou d’amour.

Gene Wilder

Couple

L’important étant d’y juxtaposer un texte qui vient sublimer le narratif implicite de l’image sélectionnée.

C’est ça un mème. Mais pas que. On verra plus loin.

Si une image vaut 1 000 mots, un mème en vaut 1 000 000

Prenons un moment pour définir le mème. On verra par la suite où il s’en va (Indice : il s’en va partout, puisque le mème infiltre la moindre craque socioculturelle).

Un mème est une unité conceptuelle qui permet de véhiculer une idée sociale, politique, culturelle ou autre. Elle se transmet d’une personne à une autre (ou à un groupe) au moyen d’images, de textes et de symboles. Étant intrinsèquement personnalisable, le mème sera éventuellement récupéré puis repartagé, avec un tout nouveau sens, même s’il utilise le même référent.

Revenons à notre petit garçon noir à l’air sceptique. Déjà, l’image est forte par elle-même (élément essentiel au succès viral d’un mème). Il regarde la jeune femme de côté, et semble dire : « Toi, je ne te crois pas ». En lui faisant dire : « Et tu dis que vous faites tous caca dans l’eau potable...? », le mème prend automatiquement une tournure très précise, même si l’essence de l’image demeure la même. On sait que ce n’est pas ce qu’il a dit. Mais ça aurait pu l’être !

petit garçon

C’est la force du mème.

Son impact latent.

D’ailleurs, pour la petite histoire, Impact, c’est mème (sic) le nom de la police de caractère utilisée dans les mèmes. Vous savez ? Cette police carrée, solide, facilement lisible ? Bam ! Inception. Un mème dans un mème, la police devenant elle-même une locomotive culturelle.

Question de culture…

De tout temps, l’être humain a cherché à se connecter à ses semblables. Il a créé des langages. Des symboles. L’écriture. Et de façon plus large, il a éventuellement créé des véhicules communicationnels permettant de sublimer mots et images. Des cavernes de Lascaux à la poésie minimaliste, des icônes religieux à la danse en ligne, des chansons à répondre aux tatouages sur le mollet, l’homo sociabilis cherche à rejoindre son semblable depuis la nuit des temps.

… et de technologie

Et avec la Grande Démocratisation Technologique des moyens de création et de diffusion, l’homo sociabilis a découvert un tout nouveau terrain de jeu pour créer des mèmes.

Lol.

Ça vous dit quelque chose cette expression ? Un mème, ça aussi !

Si quelqu’un ne sait pas que « lol » est l’acronyme de « Laughing Out Loud » (MRD, mort de rire, en français), ça ne veut rien dire pour lui. Mais à partir du moment qu’il comprend qu’il s’agit d’un langage tronqué, tout devient A1 ;) 

Tous les mèmes ? Que nenni !

Quand on parle de « mèmes », on pense généralement à ces images sur lesquelles on surimpose un texte minimaliste. Mais en réalité, ces mèmes ne sont pas les seuls mèmes. Avec la popularité croissante de la vidéo en ligne, on assiste à la création d’une pléiade de nouveaux types de mèmes.

Qui n’a pas rigolé en voyant cet extrait du film Der UntergangHitler saute sa coche devant son état-major ? En soi, rien de drôle, au contraire. Mais avec des sous-titres où il semble se fâcher parce que le CH ne gagne plus de coupes Stanley, ça devient extrêmement p(u)issant. Idem pour ce sympathique latino édenté qui rit à gorge déployée que même le Grenier a détourné à ses propres fins pour la 24e édition du concours des Greniers d’or.

De nouveaux types de mèmes prennent naissance chaque jour. Ainsi les amateurs de la plateforme TikTok sont friands de ces nouveaux mèmes qui consistent à interpréter une chorégraphie au son d’une chanson populaire. Cherchez « TikToK Renegade » ou « TikTok Get loose challenge », vous comprendrez ;)

Autre exemple de néo-mèmes ? Allez voir sur YouTube ces montages de chansons sur des images fixes qui sont devenus un genre en soi. Par exemple, cherchez « Toto Africa Shopping Center ». Très étrange. Ou encore, allez écouter ces chansons supposément enregistrées dans la pièce d’à côté (cherchez « video songs in another room »). Tous des mèmes !

De la coupe Longueuil au look urban lumber, des bas de laine gris dans les Birkenstorks au piercing des arcades sourcilières, l’homo sociabilis a — et sera — toujours friands de mèmes, ces clés sociales qui lui permettent de s’intégrer dans un groupe donné, et donc, d’en faire partie.

À l’ère du confinement, mon pif (que j’ai gros) me dit qu’on assistera à l’éclosion d’une myriade de nouveaux types de mèmes qui viendront compenser cette nouvelle distanciation physique ou virtuelle.

Parce qu’au fond, que l’on soit collé l’un sur l’autre, à deux mètres de distance ou de l’autre côté de la planète, nous restons tous les mêmes, pas vrai ?

Réagissez à nos pointes de conversation sur Twitter via le #GrenierMag et @normandmiron.


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