Lea D. Nguyen

Quel avenir pour nos diffuseurs télé?

par Lea D. Nguyen, le 27 mai 2020


À la suite de l’implantation de mesures drastiques visant à contenir la pandémie de la COVID-19 en mars, plusieurs chaînes de télévision ont pris la décision d’enregistrer des émissions de variétés dans des studios vides, voire même contraintes d’en annuler certaines. Le printemps coïncide généralement avec une multitude d’événements de lancements de programmation des différentes chaînes. Cette année, triste silence radio. N’empêche qu’on nous communique tout de même de bonnes nouvelles. Avec les mesures de sécurité et d’hygiène mises en place, les rendez-vous télévisuels automne-hiver auront-ils une chance de s’immiscer dans les salons des Québécois ?  

Grilles horaires soumises au jeu de Tetris

Tout porte à croire que les émissions de variétés poursuivront leur dessein, public en moins dans les gradins. Le samedi 9 mai, 1 462 000 téléspectateurs avaient les yeux rivés sur leur écran à l’occasion d’un spécial fête des Mères d’En direct de l’univers, animée par France Beaudoin, sur ICI Télé. « Un record absolu », selon Radio-Canada. « Ce ne sont pas seulement les nouvelles qui sont essentielles, mais tout le reste aussi, croit Dany Meloul, directrice générale télévision de Radio-Canada. C’est important de divertir et d’informer, et particulièrement dans une crise sanitaire comme celle-ci ».

Dany Meloul
Dany Meloul, directrice générale télévision, Radio-Canada

« Le Québec était sur pause, mais à Télé-Québec, on ne l’a jamais été. On est prêts pour l’automne, soutient Richard Haddad, directeur général de la programmation. Évidemment, la Covid a fait en sorte qu’on a dû avoir recours à des alternatives, mais la grande majorité de nos tournages devraient reprendre à partir de juin ».

Richard Haddad
Richard Haddad, directeur général de la programmation, Télé-Québec

« Actuellement, l’équipe des ventes et de commercialisation a tous les plans pour les commandites pour l’automne, poursuit Katia Villeneuve, directrice générale des ventes, créativité média et marketing à Télé-Québec. En ce qui a trait à la commercialisation, l’intégration et le tournage, on est déjà dans le marché avec la majeure partie de toutes nos émissions pour l’automne prochain ».  

Katia Villeneuve
Katia Villeneuve, directrice générale des ventes, créativité média et marketing, Télé-Québec

Pour la rentrée, Mme Meloul nous assure que le diffuseur public a énormément de scénarios en tête. « On est peut-être rendu à la 10e version de la grille pour la télé généraliste ». Plusieurs plateaux de variétés continuent à être filmés sans public, tout comme Tout le monde en parle et Bonsoir bonsoir !, qui a été lancé au mois d’avril. « Ça nous a donné une énorme confiance dans la capacité de ce que nos équipes peuvent livrer, notamment tout ce qui est variétés et jeux-questionnaires, et ce, de façon très sanitaire, estime la directrice générale ».

Fictions davantage écorchées

Si les émissions de variétés peuvent tenir encore, une incertitude plane autour des émissions de fiction. « On est en attente des consignes de l’Association québécoise de la production médiatique, qui seront soumises au gouvernement et à la Santé publique », mentionne Mme Meloul. De là, le diffuseur pourra prendre des décisions quant aux tournages. Ainsi, la chaîne pourrait envisager de reprendre le tournage des fictions où l’équipe réduite serait confinée entre 10 et 15 jours avant un tournage. D’autres alternatives seraient de prendre la température de chaque membre au quotidien dès son arrivée sur le plateau, le port du masque, exécuter son propre maquillage, le recours aux Plexiglass, etc. Ce ne sont là que de menus exemples de mesures parmi tant d’autres.

Évidemment, Radio-Canada s’attend à ce qu’il y ait moins de fictions dans sa grille d’automne. « Tout est envisageable, suppose Mme Meloul, mais c’est quand même plus difficile côté fiction. Normalement, les tournages se déroulent maintenant jusqu’au mois de septembre ».

« Notre grille d’automne devrait être complète et nos rendez-vous vont revenir. Le principal problème entoure les productions originales de fiction et nous en avons peu », révèle M. Haddad. Les autres genres, comme les magazines, les émissions jeunesse, les variétés, les documentaires et toute l’offre numérique de Télé-Québec se poursuivront à l’automne.

Plateaux réduits et mesures sanitaires suivies à la lettre

Mme Meloul confirme que Santé publique accompagne les diffuseurs télé afin de respecter les mesures de prévention recommandées pour les milieux de travail. Dans la tour de Radio-Canada, tout ce qui concerne les mesures sanitaires relève du directeur général, production et sports, François Messier.

Un nombre limité de gens ont accès aux plateaux qui poursuivent les tournages. Pour l’émission Tout le monde en parle, par exemple, maquillage et coiffure ont été éliminés. Durant la pause publicitaire, on s’affaire à complètement désinfecter afin que le nouvel invité soit dans un environnement sanitaire. « Le micro de Guy A. Lepage est à lui : personne n’y touche. Même chose pour celui de Dany Turcotte. À l’époque, on avait jusqu’à 12 caméras, et on est tombé de moitié ». À la régie, un labyrinthe de Plexiglas attend l’équipe. « Chacun a son emplacement. Encore une fois, chacun a son ordinateur et sa machinerie devant lui. Il y a des masques et du gel sanitaire pour tout le monde ».

« Évidemment, on travaille avec les producteurs pour respecter les règles sanitaires. Est-ce les mêmes règles qui s’appliqueront dans les prochaines semaines, voire mois ? On espère plus d’ouverture graduellement et que l’économie reprenne, mais effectivement, chaque production se fera en suivant des règles très strictes », informe M. Haddad.

« On savait que les gens voulaient avant tout être informés, et qu’il y aurait une certaine lassitude d’un moment à l’autre — ils ont besoin d’autres choses aussi. Nos chiffres nous démontrent que ça fait du bien d’avoir de la télévision — qui n’est pas juste une reprise — qui est encore en direct ou encore vivante pour eux, croit Mme Meloul. On a beaucoup de chances, car on a des émissions qui reviennent pendant la période estivale comme Dans l’œil du dragon ou Les Chefs !». Comme ce sont des émissions qui ont été tournées en décembre et en janvier, cela permet à Radio-Canada d’avoir des saisons complètes cet été. 

Par ailleurs, l’été s’annonce bien pour Télé-Québec également, qui reprend le tournage de Y’a du monde à messe à la fin du mois de mai pour une première émission le 5 juin. Ce rendez-vous du vendredi soir se poursuivra tout l’été durant ainsi qu’à l’automne.

« Même si nos productions doivent s’adapter aux règles sanitaires, on est super confiants au niveau du contenu, maintient le directeur général de programmation chez Télé-Québec. On innove et on continue d’être totalement pertinents dans notre mandat malgré la COVID. On a une super programmation qui s’en vient et des nouveautés ».

Avenir loin d’être casse-cou

Est-ce que la Société est confiante pour la relance ? « Tant qu’il y a de la vie, il y a de la confiance. (RIRES) On va avoir une belle télévision, c’est certain, souligne Mme Meloul. Est-ce qu’elle va être à la hauteur de ce qu’on a connu par le passé ? Non, assurément, car on n’a pas l’ensemble des fictions, mais je pense quand même qu’on va s’en sortir. On aura une belle grille malgré tout ».

« Il y a un optimisme très fort chez Télé-Québec, mentionne Mme Villeneuve. On est encore beaucoup dans l’énergie de Télé-Québec en classe. En peu de temps, toutes nos équipes ont produit une quantité phénoménale de contenu jeunesse. Ça a permis de confirmer notre rôle pertinent éducatif. Non seulement un rôle important auprès de la jeunesse, mais aussi auprès de la famille, qui est la cible principale que les annonceurs recherchent, et qui est fortement concentrée à Télé-Québec ».

De surcroît, enclasse.telequebec.tv est l’un des sites web de la chaîne les plus fréquentés par les internautes [1].

Très confiants pour l’automne, Katia Villeneuve et Richard Haddad s’attendent à une saison fort occupée. « Étant donné que la grille est quasi confirmée, c’est le retour des grands rendez-vous pour nos annonceurs et notre auditoire », dit Mme Villeneuve.

M. Haddad ajoute qu’il y aura des détails qui s’ajouteront sur la grille dans les prochaines semaines. « C’est certain qu’il y a encore de petites choses qui peuvent bouger, mais on est en route pour une belle grille d’automne ».

« L’achat local, la consommation locale et tout ce qui se fait au Québec est très fort », soutient Mme Villeneuve, qui valorise l’importance de soutenir l’économie d’ici. D’un point de vue programmation, les investissements de Télé-Québec en productions originales sont importants par rapport à ceux dédiés aux acquisitions. En effet, les productions originales sont toujours mises à l’honneur dans notre grille avec de belles cases horaires, notamment aux heures de grande écoute. Il y aura certainement une recrudescence d’annonceurs du Québec et également beaucoup de nouveaux et de petits annonceurs », conclut-elle. 

Bien que toutes les énergies de TVA soient mises sur les activités liées aux services essentiels ainsi qu’aux changements de programmation, la chaîne était dans l’incapacité de nous fournir plus de détails sur sa grille d’automne dans ce contexte exceptionnel.  

[1] Sources : Visionnements — Brightcove et MNMedias — données allant du 13 au 26 avril | Visites et pages vues — Google Analytics — données allant du 13 au 26 avril


Lynn Bellocq devient directrice technologies, numérique et opérations de Télé-Québec

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