Lea D. Nguyen

Studio D: Dessine-moi un billboard

par Lea D. Nguyen, le 10 janvier 2020


Saviez-vous que depuis tout juste 3 décennies, de nombreux produits signés Studio D arborent tablettes d’épiceries, tables de cuisine et pharmacies ? On discute branding et philosophie d’entreprise avec son fondateur, Louis Désilets, un incontestable passionné d’arts graphiques.  
 

L’étendard du design

Caresser le rêve d’être designer n’a jamais été étonnant chez Louis Désilets, qui a un fervent penchant pour l’art en général, et ce, depuis belle lurette. Alors qu’il était tout jeune, l’image d’un graphiste crayonnant une étiquette de jus d’orange laisse une empreinte indélébile chez lui : Louis savait qu’il allait en faire une profession. C’est vers ce domaine qu’il poursuit ses études puis, sans contrat ni financement, fonde Studio D en 1989. D pour Désilets, mais aussi pour Design. Déjà, deux ans après sa création, la jeune entreprise « fonctionnait au-delà de ses espérances » et cumulait des contrats avec la station CKAC, L’Oréal, Marcelle et Ultramar. Maintenant, du haut de ses 30 ans, la boîte récolte des mandats en alimentation (Olymel, Lafleur, Flamingo, Berthelet, Del Monte, Grown Right – du jus d’orange !), mais les projets demeurent bigarrés.

Celui qui s’amuse à observer les emballages dans les allées des grands magasins — ici et ailleurs — pour nourrir ses inspirations et se tenir au parfum des tendances du marché, croit qu’un packaging doit être examiné comme un billboard. « Il y a en moyenne 40 000 produits en épicerie et la décision d’achat se prend en 3 secondes : il faut que l’emballage frappe ! La séduction, ça se traduit par ce que j’appelle le stopping power. » Selon Louis Désilets, en premier lieu, on séduit, et dans un second temps, on communique au consommateur. La séduction survient par l’appetite appeal, l’effet bloc d’une couleur, ou encore par la dominance d’une marque. Ensuite, lorsque le consommateur prend le produit dans ses mains, il lira les attributs, les ingrédients (dans le cas de l’alimentation), etc. « Un bon packaging est un packaging qui fait vendre. Si on a le plus beau packaging du monde, mais qu’il ne se vend pas, on n’aura pas fait un bon job. »
 

Petite agence au grand talent

« Ma meilleure décision, c’est d’avoir engagé des gens meilleurs que moi dans leur champ respectif », estime Louis. Son ego, il le laisse volontiers au vestiaire. Le fondateur du Studio D préfère confier toute la place aux créatifs, pourvu qu’ils s’enlignent avec les besoins des clients. « Notre rôle en tant que designer d’emballage est de faire le lien entre le client et le consommateur. » Son équipe, en plus des pigistes, ce sont 6 personnes seniors spécialisées et efficaces qui peuvent gérer petits comme gros mandats, pouvant aller jusqu’à 45 (!) à la fois. « On est une petite agence avec un grand talent », dit-il avec fierté.

« Quand on fait du design, il faut créer, il faut tripper, mais en même temps, il faut garder en tête qu’on a une commande à exécuter : c’est le respect du mandat », poursuit Louis.
 

Une philosophie de vie qui se transpose en business

Honnêteté, intégrité, respect : voilà 3 valeurs fondamentales que cultive Louis, en business comme dans la vie quotidienne. L’humain est au cœur de tout : que ce soit chez les clients, les employés, les fournisseurs. « Je crois sincèrement que lorsqu’on traite les gens avec respect, ça facilite grandement la gestion d’une entreprise. »

Côté tendances, Louis croit qu’elles se penchent vers les préoccupations environnementales des consommateurs, forçant les fabricants à concevoir leurs emballages pour qu’ils soient plus écologiques. « Ça a du positif, mais ça complique la tâche des designers. C’est un beau défi pour nous », dit Louis. Les nouvelles normes graphiques viennent aussi jouer sur le design, ce qui amène les designers à s’adapter. Cet amoureux du design affectionne particulièrement les emballages épurés, qui s’inscrit dans le less is more, mais avoue que ce n’est pas toujours simple à faire, puisqu’on doit utiliser les deux langues officielles au Canada sur un packaging. « Oui, on doit être créatif pour trouver une façon de positionner la liste des ingrédients, mais c’est plus un casse-tête Tetris ! (RIRES) », rigole-t-il.  

Entouré d’employés, d’amis et de clients chez Madame Bovary, c’est le 10 décembre dernier que Studio D a donné le coup d’envoi de sa nouvelle ère dans la trentaine. C’est parti pour un autre 30 ans ?   

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