Lea D. Nguyen

La recette du bonheur: travailler moins et mieux

par Lea D. Nguyen, le 10 octobre 2019


Vaquer à ses obligations professionnelles quatre jours sur cinq éviterait-il inévitablement le surmenage ? Est-ce qu’en écourtant les semaines de travail, le salarié moyen augmenterait sa productivité et verrait son stress diminuer ? Réflexion sur les « longs week-ends à l’infini ».   

La semaine de quatre jours à l’international

Revendication économique et politique qui prône une semaine de travail standard réduite à quatre jours à l’instar de cinq, la « semaine de quatre jours » avait été lancée dans les années 1990 en Europe. Dans les pays nordiques, on s’intéresse à la conciliation travail-famille depuis les années 70. Chez nos voisins du Sud, on parle plutôt de job-sharing (deux personnes qui partagent un même poste). Plus récemment, à la fin avril, le Chili a signé un projet de loi visant à assouplir la journée de travail en recommandant des horaires de quatre jours par semaine.

Selon la Society for Human Resource Management, 43 % des entreprises ont adopté cette philosophie. Prenons l’entreprise néozélandaise Perpetual Guardian, par exemple, qui a testé, en 2018, la semaine de quatre jours payés cinq. Andrew Barnes, fondateur et patron de la compagnie spécialisée en gestion de biens a voulu accorder une journée supplémentaire de liberté à ses employés pour qu’ils puissent se consacrer à leur vie familiale et à leurs loisirs. Il espérait ainsi qu’ils seraient plus concentrés sur leur travail. Pari relevé, puisque la compagnie a désormais opté pour la formule de manière permanente. L’entreprise avait révélé que le rapport qualité-vie s’était grandement amélioré, passant de 54 % à 78 %.  

Idem en Suède. La compagnie Brath prône des journées de six heures ou 30 heures par semaine. Toujours en Suède, plusieurs établissements publics de la ville de Göteborg concèdent aux employés de ne travailler que six heures au quotidien depuis 2015.

Un modèle attrayant pour attirer des candidats

Qu’en est-il au pays ? Devrions-nous emboîter le pas ? Selon un sondage mené en 2018 par la Angus Reid Institute, près de 7 Canadiens sur 10 (68 %) préfèrent avoir une semaine de quatre jours plutôt qu’une semaine de cinq jours.

« Dans notre industrie, il y a une pénurie d’emploi », indique Anaïs Le Bourdon, gestionnaire au Bénévolat d’entraide aux communicateurs (BEC). « Pour les agences, cela pourrait être une manière d’attirer des talents. Ce serait un avantage au niveau du recrutement. Les 20-30 ans sont moins attirés par la rémunération et plus axés sur les avantages sociaux pour avoir du temps pour soi. Pour les employeurs, ça pourrait être une bonne chose ».  

Anaïs Le Bourdon

Anaïs Le Bourdon, gestionnaire au BEC

Même son de cloche pour Manon Poirier, directrice générale de l’Ordre des CRHA. « Dans un contexte de rareté de main-d’œuvre, si on veut être un employeur attractif et retenir nos salariés, toutes mesures de flexibilité sont très importantes. Un horaire flexible est dans le top 3 des raisons pour lesquelles les gens acceptent un poste et le garde. Il ne faut pas négliger ça ».

Manon Poirier

Manon Poirier, directrice générale de l’Ordre des CRHA

Travailler moins pour produire plus

Une étude commanditée par la Workforce Institute de Kronos et effectuée par VIGA stipule que les travailleurs worldwide seraient beaucoup plus productifs en travaillant quatre jours sur cinq. Professeur émérite associé au département d’économie et de stratégie de l’Université d’OxfordJean-Emmanuel de Neve a également mené une étude auprès de 5000 personnes travaillant chez British Telecom sur une période de six mois. Il en est arrivé à la conclusion que travailler quatre jours par semaine augmentait la productivité dans une entreprise.

« Qui dit mieux-être, dit productivité », affirme Manon Poirier. « C’est un aspect intéressant pour l’employeur. S’il investit dans plus de flexibilité, ses employés se sentiront mieux et seront plus productifs. Le manque de rendement étant souvent la crainte de l’employeur. La bonne nouvelle, c’est que ça [la semaine de quatre jours] améliore la productivité ».

Ivana Markovic, responsable marketing chez Osedea, une agence montréalaise dans le domaine de la technologie, a également remarqué une augmentation de la productivité. Présentement en seconde phase d’un projet pilote pour instaurer la semaine de quatre jours de manière permanente, la compagnie en a mesuré les effets avec Officevibe, un outil développé par GSOFT, qui permet de prendre le pouls d’une organisation. La première phase du projet pilote d’Osedea se déroulait de novembre 2018 à début février pour ensuite prendre une pause afin de faire un bilan, à savoir si l’initiative pouvait être implantée pour de bon. Elle nous indique que 96 % des salariés ont manifesté leur intérêt pour poursuivre la formule et 70 % préféraient avoir une semaine écourtée plutôt qu’une augmentation salariale.

Ivana Markovic

Ivana Markovic, responsable marketing chez Osedea

Pour Ivana, une journée extra a un impact positif sur l’ensemble de l’organisation. « Les gens vont se consacrer à des projets qui les passionnent : ils vont garder l’œil ouvert. Ça leur permet notamment de s’épanouir et de se reposer. En accomplissant une passion, ça enrichit une organisation — tout le monde en bénéficie ».

Vice-président chez Spektrum — une entreprise de services technologiques en tout genre — Olivier Rousseau explique que dans sa firme, chaque personne travaille 32 heures facturables aux clients. Il reste donc un 8 heures par semaine pour faire de l’amélioration continue, comme des projets personnels, différentes activités, des loisirs, ou encore aller au restaurant le vendredi en équipe pour faire du team building.

Olivier Rousseau

Olivier Rousseau, vice-président chez Spektrum

« On a une culture de bien-être dans l’entreprise. On place l’humain avant tout. Le désir des employés est de livrer la qualité. Ça rapproche tout le monde, puisque chaque personne fait partie d’un tout. C’est notre manière de gérer l’entreprise : bien gérer le niveau humain pour bien gérer le niveau financier ».

Lorsque bonheur rime avec temps

Si certains travailleurs préfèrent comprimer leur semaine de travail en travaillant quelques heures de plus, d’autres accepteraient toutefois une diminution de salaire. Tout pour concilier travail-famille-loisir, quoi !

Pour Anaïs Le Bourdon, une semaine de quatre jours serait sans aucun doute bénéfique pour tout employé. Elle estime que 40 % des appels que l’organisme reçoit sont constitués de personnes âgées de 30 et 39 ans. « C’est le moment où tu commences à avoir des enfants (ou tu en as déjà) et ça coïncide aussi avec le décollement de ta carrière. Cela démontre qu’il y a un besoin, puisque les gens ne savent pas comment gérer vie familiale et vie au travail. Réduire son nombre d’heures serait une des solutions ».

Anaïs voit toutefois mal comment certains postes pourraient bénéficier d’une semaine écourtée de travail, comme au service-conseil, ou dans certains postes de direction. Mais, ce serait une bonne opportunité, ne serait-ce que pour la santé mentale. « C’est assez difficile de prendre des rendez-vous avec des professionnels — comme un psychologue — à la sortie du travail. Si on a une journée off, on peut prendre nos rendez-vous, s’adonner au sport, s’occuper de sa santé, de son bien-être ».

« L’horaire de quatre jours n’est pas aussi simple dans tous les environnements de travail. On le voit beaucoup dans les bureaux de professionnels ou des entreprises de service. D’emblée, ça peut paraître plus accessible dans certains milieux », explique Manon Poirier. Elle invite toutefois les employeurs de ne pas mettre de côté cette idée en disant que c’est impossible dans leur industrie. « Je crois qu’il y a des moyens d’être créatif en organisant le travail autrement pour rendre un horaire possible et plausible ».

« Chez Osedea, on joue beaucoup entre l’équilibre du travail et la vie personnelle. On a aussi beaucoup de millénariaux au sein de notre équipe — ils cherchent une certaine flexibilité », dit Ivana Markovic.

« Chez Spektrum, on a beaucoup de jeunes familles parmi nos employés. Ils peuvent donc profiter de cette conciliation », mentionne Olivier Rousseau.

Et si on tentait le coup ?

Manon Poirier indique que 72 % des organisations admettent avoir des mesures en place. Pas forcément des semaines de quatre jours, mais des banques d’heures, des horaires comprimés, des échanges d’horaire, la possibilité de réduire ses heures, ou encore le partage de poste. « Les premiers pas qu’on distingue dans cette voie sont les horaires d’été. De plus en plus d’organisations ferment leurs portes le vendredi à 12 h. Ce n’est plus une pratique aussi marginale qu’à une certaine époque. On le fait déjà l’été, alors pourquoi ne pas l’instaurer à longueur d’année ? La mécanique est déjà en place ».  

Elle estime aussi que les organisations qui souhaitent essayer cette formule doivent faire un bilan par la suite. « Si on n’est pas prêt à s’engager à long terme, c’est important de spécifier que c’est un projet pilote, parce que dès qu’on met une nouvelle mesure en place, les gens vont le tenir pour acquis. Donc c’est bien de communiquer autour de ça, mais mon pari c’est que ça va bien se dérouler ».

Pour Spektrum, la semaine de 32 heures n’est pas nouvelle du tout. L’entreprise lancée à Québec il y a 11 ans se considère chanceuse d’avoir cette philosophie depuis ses tout débuts. Olivier Rousseau conseille à toute entreprise qui aimerait se lancer dans cette aventure de le faire pour les bonnes raisons et de l’implanter progressivement. Et surtout, être clair et précis dans les objectifs.

Ivana Markovic y va également dans le même sens. « Il faut être transparent et s’assurer que les salariés comprennent qu’il s’agit d’un test dans le but de le rendre permanent ». Elle conseille de faire des sondages avant la mise en place d’une telle mesure, pour connaître leurs attentes et d’être aussi à l’écoute de toutes les parties prenantes : clients, fournisseurs, candidats potentiels.  

Et vous, seriez-vous prêts à adopter la semaine de quatre jours pour être plus épanouis ?  

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IBL-T Indice de bonheur au travail Léger

Envie de calculer votre indice de bonheur au travail ? C’est par ici ! Les données recueillies vous permettront notamment de vous comparer avec l’ensemble de la population du Québec. Cet indice de bonheur au travail est également disponible pour les organisations.

Bénévolat d’entraide aux communicateurs (BEC)

Vous vivez un moment difficile ? Le BEC est là pour vous épauler. L’organisme offre une aide gratuite et confidentielle à tous les professionnels du milieu des communications pour leur permettre de faire face à leurs problèmes personnels ou professionnels. L’aide se trouve tout juste au bout du fil : 1 888 355 5548.

Osedea et Spektrum

Envie d’en connaître plus sur la culture d’entreprise chez Osedea et Spektrum ? Visitez leurs blogues ici et ici.

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