Débranchée, l’industrie?

par Éric Chandonnet, le 16 août 2019


Le cord-cutting menace-t-il l’avenir de nos chaînes télévisées ? Et est-ce que des solutions peuvent être envisagées pour éviter le pire ?  Discussion sur le sujet et réflexion sur l’importance de débourser pour les contenus originaux.

L’un des dossiers les plus épineux de l’industrie des communications porte le nom d’un phénomène en pleine expansion : celui des cord-cutters et des cord-nevers, ces consommateurs ayant décidé de mettre fin à leur abonnement au câble… ou qui n’en ont jamais eu. Si la multiplication de l’offre numérique favorise aujourd’hui le Canadien consommateur de contenus (Netflix, Crave, Amazon Prime, YouTube, Disney, Hulu, Apple, etc.), les télédiffuseurs, eux, voient désormais leurs audiences être sollicitées de part et d’autre. Une situation qui se veut autrement plus corsée du côté de la télé payante, laquelle voit son nombre d’abonnements fondre comme peau de chagrin. Au coeur de la tempête, les chaînes spécialisées rament à contresens pour tenter de garder le navire à flot. « Si je vous faisais une déclaration publique, je vous dirais que c’est effectivement un moment difficile à passer, mais que nous restons néanmoins fiers des chiffres que nous récoltons, affirme une source désireuse de garder l’anonymat et oeuvrant chez une chaîne spécialisée. Quand on se compare aux autres, on se maintient. Mais dans les faits, si on compare nos chiffres à ceux des années précédentes, ça devient laid. À long terme, voire à moyen terme, on nage en pleine incertitude. Et on ne cherche pas nécessairement à l’ébruiter. »

À LA RECHERCHE DES 18 - 35 ANS

Allons voir les chiffres de plus près. Début avril, Statistique Canada révélait que le pourcentage des foyers n’ayant plus ou pas accès à une programmation câblée s’élevait aujourd’hui à 17,8%. Un chiffre qui n’aurait a priori encore rien d’alarmant s’il n’était pas mis en perspective avec celui de 2012, lequel s’élevait à ce moment à… 7%. Autres statistiques : à ce jour, moins de 4% des foyers occupés par la tranche d’âge des 65 ans et plus a décidé de mettre fin à son abonnement. Un pourcentage qui augmente à 8,6% du côté des 55-64 ans ainsi qu’à 18.9% chez les 40-54%. Bond significatif lorsqu’on arrive chez les 30-39 ans alors que 31,2% des consommateurs mettent fin à leur contrat. Mais c’est toutefois du côté des 30 ans et moins que les chiffres font le plus mal alors que les cord-cutters et cord-nevers représentent près de 45% du bassin d’audience potentielle. « Oh ! et j’ai un petit spoiler pour vous : cette population, j’ai l’impression qu’elle continuera de vieillir !, ironise notre source. Tout le monde le dit : les 18-35 ans ont déserté la télé conventionnelle et les diffuseurs font tout pour tenter de les rapatrier, mais trop souvent en vain. C’est parfois à se demander s’il faut continuer de faire des efforts. »

À LA RECHERCHE DE SOLUTIONS

Est-ce à dire que certains diffuseurs ont abdiqué ? « Ça me surprendrait, poursuit notre source, car personne ne veut lâcher le morceau. Cela dit, il est vrai qu’on gagne en ce moment à tenter de sécuriser nos acquis plutôt que de tenter d’aller chercher les jeunes. Quand un producteur se présente à nous avec la prétention de miser sur un projet capable d’amener les milléniaux devant le téléviseur, on lui demande suspicieusement : es-tu vraiment sûr de ce que tu avances ? La moyenne d’âge de nos télés généralistes est élevée, plus qu’on le croit. On parle souvent de 55, voire 60 ans et plus. Et ce bassin-là n’est pas éternel, on s’en doute. » Existe-t-il des solutions ? « La seule que je vois, c’est de continuer à bonifier nos offres de contenu, poursuit notre source. Du côté des télés spécialisées, il faut donner aux téléspectateurs une raison de s’abonner. Mais comme la mode est aux bouquets d’abonnements, il faut aussi espérer que nos compétiteurs soient forts, car on s’abonne jamais que pour une seule chaîne. Parallèlement, les pertes de revenus forcent les câblodistributeurs à augmenter leurs prix ; quant à nous, elles nous forcent à réduire nos productions. Disons que ce n’est pas le meilleur des mondes pour personne. »

À LA RECHERCHE DE VISIBILITÉ

Est-il donc l’heure de sonner l’alarme ? « Elle sonne depuis longtemps !, s'esclaffe notre source. En même temps, ne condamnons pas la télévision trop vite : elle est là pour encore bien des années. Radio-Canada vient de sonner une importante charge visant à ramener les petits devant le téléviseur en réservant des sommes importantes à la création de contenu jeunesse de qualité. Il y a une génération d’auditeurs à rééduquer, on est en manque d’engagement et de visibilité. Mais il faut aussi apprendre aux gens l’importance de payer pour obtenir des contenus originaux, qu’ils soient québécois ou non. » Dans un scénario pessimiste, est-ce que les chaînes spécialisées seraient appelées à disparaître en premier ? « Sans aucun doute, poursuit notre source. On se demande même comment certaines d’entre-elles font pour survivre en ce moment. Les mandats changent, on essaie de brasser la cage pour amener l’auditoire, mais c’est difficile. Cela dit, l’ambiance n’est pas morose pour autant, au contraire. Nous sommes fiers de chacune de nos productions, même si les chiffres ne sont pas toujours au rendez-vous. La bonne nouvelle, c’est que jamais autant de contenu n’aura été consommé jusqu’ici dans le monde entier. Le besoin de consommer sera toujours là. Mais on a du travail à faire. Et, qu’on se le dise, l’industrie québécoise n’est pas du tout débranchée : on est au courant que c’est à nous de nous adapter et de trouver les solutions à nos problèmes. »

cord-cutting

 


Cord-cutting — plus ça va mal, plus ça va bien?

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