Nancy Therrien

La radio, c’est du sport!

par Nancy Therrien, le 5 mars 2019


Montréal et Québec ont toujours entretenu une rivalité exacerbée par la bataille du Vendredi saint et le but refusé d’Alain Côté. La Vieille Capitale a beau avoir perdu son équipe de hockey en 1995, ces événements soulèvent toujours les passions. La radio aussi. À peine 300 kilomètres séparent les deux villes, mais les équipes qui prennent le micro semblent particulièrement divisées. Fait ou perception ? Éléments de réponses avec des artisans du milieu. 

L’homogénéité fait l’unanimité

Yves Laramée, animateur radio depuis 38 ans, a travaillé dans les marchés de Montréal et Québec : « Il existe une tradition de radio d’opinions à Québec qui ne trouverait pas écho dans la métropole vu son multiculturalisme ». L’homogénéité est d’ailleurs un point sur lequel tout le monde s’entend. « À Québec, les communautés sont présentes, mais elles sont moins ghettoïsées qu’à Montréal. J’anime au 91,9 Montréal et à Radio X Québec et je ne sens pas autant l’urgence des communautés à s’intégrer à Montréal, contrairement à Québec », dit Vincent Cauchon. Même son de cloche du côté de Charles Benoît, anciennement président, Radio, télévision, et médias numériques de Bell Média Québec qui qualifie de très fermé le marché de Québec. Pour Éric Arson, dans le domaine radiophonique depuis près de 40 ans, la radio de Montréal et celle de Québec se distinguent par leur public : « Un rapide coup d’œil démographique montre bien leurs différences. Comme la radio doit s’adapter à son auditoire, Montréal doit utiliser des conventions plus internationales, notamment au niveau du langage ». Vincent Cauchon confirme : « À la radio de Québec, on est plus impoli. Ce n’est pas négatif, car cela est davantage toléré et apprécié. À Québec, les animateurs parlent comme des gens de Québec, car c’est ce que l’auditoire veut, tandis qu’à Montréal, ils soignent davantage leur langage, même si ceux-ci ont leurs tics ».

Montréal vs Québec

Radios poubelles ou d’opinions ? Selon Yves Laramée, il est plus juste de parler d’animateurs poubelles : « Il faut être de l’extérieur de Québec pour avoir une très mauvaise opinion de leurs radios. Mis à part Jeff Fillion, les animateurs se sont assagis, mais les gens sont restés avec une perception négative, précise-t-il. Les radios d’opinions ne sont pas un défaut. Les dérapages, oui, car ils ont donné l’impression que toutes les radios de Québec font de la radio poubelle ». D’avis général, on dit que la radio musicale est peu populaire à Québec et tend à être de moins en moins présente. Charles Benoit nuance : « Je ne suis pas d’accord pour dire que le marché de Québec est juste friand de radios parlées. Elles sont sous-estimées à cause de la méthode de sondage inadaptée à la réalité de 2018. Quand les radios de Québec seront sondées en PPM, on aura une tout autre lecture du marché ». Les résultats démontreront-ils en fin de compte que les deux marchés se ressemblent ? « Quoique sœurs, je vois de grosses différences entre les deux stations que je dessers. Cependant, quand je suis arrivé à Montréal, je m’attendais à devoir ajuster la livraison de mon discours, mais en fin de compte, avec Jean-Charles Lajoie (NDLR : il a quitté le 91,9 Sports tout récemment), on met nos tripes sur la table et mis à part le fait qu’il fait de trop longues phrases, je ne vois pas de différences », rigole Vincent Cauchon.

Scorer sans aide

On a imposé un modèle d’affaires qui, aujourd’hui, fait de la radio une industrie qui doit rendre des comptes à des actionnaires et qui oriente ses choix vers l’augmentation des profits. De fait, on cherche maintenant des vedettes multidimensionnelles pour des résultats rapides et marquants, excepté à Québec où la tendance favorise les animateurs locaux. « Selon moi, si tu deviens juste un commerce national et non pas local, c’est le début de la fin. Les budgets nationaux sont très importants en publicité radio, mais Québec a gardé ses traditions et a plus de cachet », affirme Vincent Cauchon. Un cachet qui parfois rend les ventes de publicité nationale difficiles selon Yves Laramée : « Avec leurs animateurs engagés, certaines stations réalisent qu’elles ont créé un monstre dont elles ont perdu le contrôle ». Charles Benoit renchérit : « De nos jours, les radiodiffuseurs gèrent de la décroissance. Longtemps, les stations ont appartenu à des familles qui en étaient fières. Puis, les marchés financiers sont arrivés et visaient la performance financière à tout prix. À présent, elles sont complètement dépassées ».

Pour finir, Éric Arson nous laisse sur une belle métaphore : « À Québec, il n'y a pas d'équipes sportives professionnelles. En attendant qu’une équipe de la LNH s’y installe, le sport favori de ses habitants est la radio ». Pendant ce temps à Montréal, on dit déjà que ça sent la Coupe !

Yves Laramée
Yves Laramée

Vincent Cauchon  
Vincent Cauchon

Éric Arson
Éric Arson
Crédit photo : Georges Dutil

Charles Benoît
Charles Benoît

 


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