Anna Goodson : Éloge de l’inspirante naïveté

par Raphaël Martin, le 18 décembre 2018


Cet article a été publié dans le Grenier Magazine, volume 04, numéro 09.

Depuis plus de 20 ans, la Montréalaise Anna Goodson représente des illustrateurs de partout à travers le monde. Retour sur la petite histoire d’une agence au rayonnement international (et un brin de discussion sur les tapis de souris) en compagnie d’une inspirante entrepreneure.

Anna Goodson

Dans le grand cosmos (voire l’univers) de l’illustration, les mots Anna Goodson illustration & motion résonnent comme un big bang de réussite et de succès. « Nous représentons les meilleurs illustrateurs de la planète, et même certains qui se trouvent hors de ce monde ! », peut-on d’ailleurs lire sur le site web de l’entreprise. Une citation colorée venant d’une représentante dont l’historique entrepreneurial est en soi une sorte de petit conte de fées québécois. « Ce qui est drôle, c’est que l’on ne me connaît pratiquement pas ici, nous confie Anna Goodson d’une voix enjouée et teintée d’un charmant accent anglophone. Mon nom est plus connu à New York que dans ma propre ville. Mais je ne m’en plains pas, car d’aussi loin que je me souvienne, je voulais avoir une carrière internationale. Je venais du monde de la photo et je me suis toujours intéressée à l’image. En créant mon agence, j’ai émis le souhait de représenter les meilleurs illustrateurs de partout à travers le monde. Et je trouve ça très cool de pouvoir le faire de Montréal. »

VISION ET PERSÉVÉRANCE

En 1996, Anna Goodson a 23 ans et beaucoup d’ambition. « Je suis ce qu’on appelle une tripeuse depuis l’enfance, poursuit-elle. Je voulais travailler avec des créatifs. Je voulais avoir du fun dans mon travail comme dans ma vie et j’avais un grand besoin de liberté. Je n’avais donc pas d’autres choix que de lancer ma propre agence. À mes tout débuts, je cherchais des illustrateurs à représenter provenant de la scène locale. Je voulais me monter une écurie de talents québécois pour débuter, car ils étaient plus faciles à contacter. Je les invitais à venir prendre un café pour discuter, mais personne ne voulait rien savoir de moi. On ne voyait pas à ce moment l’avantage d’être représenté. Mais j’ai persévéré, j’ai joué de bonnes cartes et les illustrateurs d’ici ont commencé à me faire confiance. » Un autre phénomène prenait également de l’ampleur à l’époque. « On me parlait d’un truc qui s’appelait Internet, rigole-t-elle. Un concept virtuel assez flou à ce moment, mais qui m’a tout de suite interpellée. Mon instinct me disait que le web pourrait éventuellement permettre à mon business de traverser les frontières. »

LES TAPIS DE LA RÉVOLUTION

Et la suite fait désormais partie de l’histoire. « J’avais quand même réussi à faire mes premières percées avant que l’internet ne devienne l’outil que l’on connaît aujourd’hui, se remémore-t-elle. Au début de l’agence, nous recevions les esquisses par fax et nous acheminions les versions finales des illustrations par FedEx. C’était l’époque où une minorité de gens avaient une adresse courriel. Mais j’ai quand même voulu être l’une des premières à me créer un site web. Le premier objet promotionnel que j’ai créé en 1997 a connu un succès monstre, et ce n’était rien de moins… qu’un tapis de souris pour ordinateur ! L’objet me coutait 16$ l’unité à produire. J’en ai fait faire une bonne quantité et je suis parti les livrer en personne à tous les directeurs artistiques de Montréal. Ça fait sourire quand on y pense aujourd’hui, mais dites-vous que c’était innovant à l’époque. C’était l’époque où les artistes commençaient à travailler sur des Mac, et tous ceux avec qui j’avais envie de collaborer avaient un petit tapis de souris sur leur bureau avec l’adresse URL de mon entreprise inscrite dessus ! »

ÉLOGE DE LA NAÏVETÉ

C’est finalement au tournant des années 2000 qu’Anna Goodson réussit son pari en représentant des illustrateurs œuvrant hors de la frontière. « Dubaï, Londres, Rome : je travaille maintenant avec des artistes des quatre coins du monde, s’enorgueillit-elle. Il y a aujourd’hui une cinquantaine d’illustrateurs pour qui, mes employés contractuels et moi-même, assurons la gestion de la carrière. Et j’ai toujours plus de plaisir chaque jour dans mes fonctions. » Le secret de son succès ? « Vous allez rire, dit-elle, mais j’ai beau avoir été audacieuse et ambitieuse, c’est sans doute la naïveté qui m’a aidé à rester fonceuse et innovatrice tout au long de ma carrière. De ne pas connaître la taille des défis qui nous attendent nous aide à les relever une fois qu’ils se présentent à nous. L’Amérique n’aurait sans doute jamais été colonisée si les premiers colons avaient su ce qui les attendait en montant sur le bateau. M’est d’avis aujourd’hui que mon agence a atteint sa taille idéale, mais que son potentiel peut toujours se développer. C’est une immense fierté pour moi. »

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