Netflix : menace ou allié?

par Raphaël Martin, le 14 novembre 2018


Cet article a été publié dans le Grenier Magazine, volume 03, numéro 04.

La performance de notre télévision québécoise est-elle désormais tributaire de Netflix ? Doit-on la considérer l’entreprise comme un ennemi à notre culture télévisuelle ? Discussion sur le sujet en compagnie d’intervenants du milieu de la télévision québécoise.

Avec ses 125 millions d’abonnés, son chiffre d’affaires net frisant les 600 millions de dollars et ses quelques centaines de productions originales, le géant Netflix fait depuis près d’une décennie figure d’incontournable à travers le monde en matière de divertissement. Au Canada, plus de 56 % des foyers payent pour les services de l’entreprise, faisant en sorte que celui-ci se classe au troisième échelon des pays où Netflix compte le plus d’abonnés, derrière les États-Unis et la Norvège. Des données enviables, certes, mais néanmoins inquiétantes pour la télé québécoise, qui voit ses téléspectateurs migrer un peu plus chaque trimestre vers l’écoute en streaming. Faut-il voir Netflix comme l’ennemi à abattre pour autant ? Certains joueurs du milieu de la télévision québécoise, désireux de garder l’anonymat pour des raisons professionnelles, ont été questionnés sur cette polarisante question.

MORT DE L’EFFET RASSEMBLEUR

Pour certains, le modèle Netflix fait en ce moment école auprès des télés généralistes. « Loin de moi l’idée de comparer le Club Illico et Tou.tv à Netflix, mais l’idée d’offrir du contenu à la carte est le seul modèle viable à moyen et long terme, affirme notre interlocuteur. On annonce la mort de la télévision depuis des années, mais c’est plutôt la télé évènementielle qui est appelée à mourir. Hormis pour certaines exceptions comme le sport, par exemple, plus personne n’a envie de se taper une attente d’une semaine avant de passer au prochain épisode. Une téléréalité comme Occupation Double, par exemple, pourrait très bien être écoutée en rafale. C’est du narratif. » Et l’effet rassembleur de la télé en direct, lui ? « C’est une lubie, poursuit-il. Vous préférez écouter la finale de La Voix en direct d’un bar en compagnie de 300 personnes ou dans le confort de votre salon à l’heure que vous le souhaitez ? Le fameux buzz, c’est une affaire qui n’intéresse que les grands ayatollahs du petit écran — bonjour Hugo Dumas ! Je le répète, mais autrement que pour le sport, la télé en direct telle que nous la connaissons n’a plus sa place. Voyez par vous-mêmes la baisse des cotes d’écoute généralisées dont nous sommes actuellement victimes. »

COTES D’ÉCOUTE

Doit-on les attribuer directement à Netflix ? Nous en avons discuté avec une source chez un diffuseur. « Netflix a le dos large, mais nous sommes capables d’être nous-mêmes responsables de nos baisses de cotes d’écoute, affirme-t-elle. Certaines émissions font encore figure de village gaulois dans le paysage télévisuel. Prenez Révolution, à TVA, qui vient de scorer fort à l’audimètre. Car, oui, ça existe encore des émissions millionnaires. J’aurais plutôt tendance à expliquer les baisses de cotes d’écoute par le système autrement désuet du calcul des ratings. Le système des pagettes, franchement, c’est n’importe quoi. Le clic, lui, ne ment pas : tu sais combien de personnes ont vu ton contenu. Oui, les Québécois délaissent leurs chaînes télé pour aller s’informer et se divertir sur le Web, sur Netflix, sur CraveTV et sur les autres Amazon de ce monde ; mais il ne délaisse pas nécessairement les contenus québécois pour autant, il ne fait qu’en consommer plus. Historiquement, jamais autant de bons contenus n’ont été créés pour les téléspectateurs. Ils ont un choix et une offre incroyable. »

NETFLIX QUÉBÉCOIS?

Mais qu’en est-il des comparables de qualité ? « Nous n’avons jamais eu à rougir de la qualité et de l’inventivité de notre télé, nous affirme une productrice. Mais il nous faut quand même avouer que l’arrivée de Netflix a été un véritable coup de pied au cul pour bien des producteurs et des diffuseurs. C’est devenu plus qu’un concurrent, c’est devenu un standard. Et c’est une bonne chose quand on y pense. Tout le monde veut faire du Netflix, mais tous n’ont pas leur budget. Quand on pitche chez un diffuseur et qu’on leur dit que tel ou tel show qu’on souhaite leur vendre aura le look et la prestance de ce qui se fait sur Netflix, leurs yeux se mettent à briller. C’est bon d’avoir à rivaliser avec les plus puissants, avec les meilleurs. Je crois que la qualité de notre télé s’est encore élevée depuis la venue de Netflix. Et, vous savez quoi, tout le monde rêve de produire des shows pour eux. Jusqu’ici, il y a eu beaucoup de bruit pour rien depuis l’annonce de Mélanie Joly en septembre 2017. On marche un peu sur des œufs pour l’instant. Des promesses ont été faites, des poignées de mains ont été échangées. Mais rien n’a encore été officiellement signé. Quand nous saurons exactement comment les 500 millions de dollars de Netflix pour des productions canadiennes se matérialiseront, nous serons encore un peu plus alliés avec eux qu’ennemis. »

netflix


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