Normand Miron

Je t'aime, moi non plus

par Normand Miron, le 14 février 2018


Lors du dernier concours publicitaire, vous avez surpris votre client à lorgner de façon libidineuse du côté des trophées de l’agence de l’heure ? Depuis quelque temps, dans les réunions chez le client, vous portez sans gêne ni embarras chaussettes ou soutiens-gorge beiges ? Ou pire, les deux ?!? C’est un signe. Votre couple agence/client bat de l’aile. Bonne nouvelle petits valentins d’amour, mon oncle Cupidon a des solutions pour vous !

Pourtant, au début, tout était au beau fixe. À chaque rencontre, votre agence vous présentait des campagnes affriolantes. Régulièrement, votre client vous invitait à luncher dans les gros restaurants chers pour parler du futur, évoquant parfois même la possibilité d’une expansion. Pas compliqué, vous n’aviez même plus besoin de vous parler tant vous pensiez pareil. La fusion totale.

Mais de fil en aiguille, insidieusement, la routine s’est installée. Oui, elle, la mauzusse d’éteignoir de passion. Finie l’époque des belles sandwichs du Titanic ou d’Europea, les briefings (mornes et sans âme) ne se font plus maintenant que par courriel. Quand briefing il y a. Et la dix-septième déclinaison de cette campagne pourtant si géniale à ses débuts vous laisse maintenant de froid. Même que par politesse, vous simulez parfois le plaisir. Mal. Par exprès.

C’est la faute à Zuckerberg !

Certains accuseront d’emblée les nouvelles technologies. Jeunes, belles, excitantes, elles viennent évidemment tester la fidélité des couples les plus collés serrés. Après tout, une p’tite vite dans les médias sociaux, pour presque rien, et avec des taux d’engagement orgasmique, ça l’a de quoi séduire le plus traditionnel des clients, non ? Et que dire de cette langue vernaculaire aux effluves bleunuitesque : analytics, touchpoint, click-through, user experience, bande passante, pénétration ? Brrrr... j’en ai des frissons juste à y penser.

Ça rend sa grosse agence nerveuse, toute cette nouvelle technologie. Mais pas question pour elle de paraitre dépassée, oh que non ! Beaucoup trop fière pour cela. Pas question de laisser partir la petite jeune avec la maison, les voitures et l’argenterie. Over my dead agency! En réaction, la voici donc se dotant de nouveaux services, sexys, qui avouons-le ne l’avantagent pas toujours. Désespérées, certaines agences en viennent à se botoxer la créativité. Et les voilà exhibant fièrement une myriade de prix rutilants, remportés pour des campagnes « flyées », réalisées pour des clients sans le sou — et n’ayant donc rien à perdre.

Les trips à 3... et plus !

Le sacro-saint concept de la fidélité est lui-même remis en question. Du jour au lendemain, l’agence s’est vue imposer la polygamie. On lui demande maintenant de sourire de toutes ses dents, tout en partageant avec cinq ou six autres agences aux spécialités respectives la même table, le même brief... et le même budget. Qu’on s’étonne après ça de la montée fulgurante des troubles de dysfonction érectile chez les CFO d’agences. Pas facile à faire passer, la pilule, aussi bleue soit-elle.

Frustrés de ces relations 2.0 sans lendemain, certaines agences et certains clients replient sur elles-mêmes. Pourquoi espérer tout de l’autre — en vain — alors qu’on a déjà tout pour se prendre en main soi-même ? Alors, dans un passionnant onanisme structurel, on a vu des clients créer leurs propres agences à l’interne. Des agences, lancer leurs propres produits. Des boites média faire de la création. Et des boites de production se faire augmenter la réalité. À cheval, à vapeur, à l’électricité ou à l’hydrogène, toute source d’énergie est bonne pourvu qu’elle permette de survivre. Un moment.

Bref, on se croirait au club l’Orage un jeudi soir d’été torride. Des fenêtres à l’éclairage rougeâtre rougeâtre digne du Red-Light d'antan, on entrevoit des entrelacements de pieds, de bras et de jambes aux allures olé-olé. Mais pas de pub qui fesse. Ou si peu. D’la toute petite fesse. Beige. Timide. Et toujours de bon goût. Comme une annonce de couche de bébés. Mais sans le bébé. Et sans les couches. Juste vous savez quoi.

Dehors, le consommateur, le regard hagard, regarde le building en se grattant la tête d'un air dubitatif.

Allez hop ! Fini les ébats folâtres, on a un couple à sauver !

Et la tendresse, bordel ?

Le ouèbe regorge de conseils à l’égard de ceux et celles dont le couple vacille. J’ai perdu le compte du nombre de Top 7 de la recette du couple idéal, des 13 façons de remettre du piquant dans son couple et autres 15 clés pour une relation de couple durable. (Au point où ma blonde se questionne maintenant sur le nôtre : /)

Je vous livre donc ici en toute collégialité le best of the best. Grâce à ces sages conseils, votre relation agence/client se solidifiera et durera des années et des années, croyez-moi ! Des plans pour faire passer Cossette et McDonald’s pour de vils swingneux.

4 raisons qui expliquent l’échec d’une relation

• Problèmes de confiance
• Attentes différentes
• Ne pas avancer à la même vitesse
• Vouloir changer l’autre

4 éléments qu’on ne doit jamais tolérer dans une relation

• Les reproches
• Les menaces
• La supériorité
• La pression au lit (bon, à la performance, mettons !)

4 éléments à cultiver dans une relation

• Faites des compromis
• Ne prenez jamais l’autre comme acquis
• Parlez moins, écoutez plus
• Suprenez constamment l’autre (tant que c’est pas les culottes baissées...)

Mais surtout, assurez-vous de surprendre le consommateur !

Joyeuse Saint-Valentin ! Au fait, avez-vous avez acheté du chocolat à votre agence/client... ?

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