Ezra Belotte-Cousineau

Où tombent les pommes

par Ezra Belotte-Cousineau, le 25 mai 2016


Romy Durret-Leblanc, fille de Jean-François Leblanc, fondateur de LaBase

Très jeune


Du haut de ses 6 ans, la publicité reste un concept bien abstrait pour Romy, fille de Jean-François Leblanc, fondateur de LaBase. Au mieux, j’obtiens d’elle une définition bien candide de notre univers : « On fait un tournage et on le met sur la télé, et papa arrive en retard! »

Romy sait que papa fait de la publicité, et elle a même passé une journée pédagogique au bureau me raconte-t-elle fièrement. Toutefois, le point culminant de cette journée reste le film qu’elle a écouté sur le grand écran d’ordinateur. Alors je tente les classiques de la publicité québécoise. Je lance le très enfantin « Pout pout pout que désirez-vous? » Mais le St-Hubert BBQ ne viendra jamais. Pourtant, elle sait que c’est là qu’on trouve les croquettes de l’animalerie et elle me confirme qu’elle adore la sauce brune! Je tente alors une nouvelle approche en lui montrant différents logos. Ici aussi, l’arche d’or de McDonald’s reste une inconnue. Idem pour Nike, Adidas pour ne nommer que ceux-là, et pas les moindres. Par contre, j’obtiens une réaction dithyrambique quand apparaît le logo des Shopkins, ces figurines miniatures dont la taille est inversement proportionnelle à leur prix. Mais force est d’admettre que je me suis senti rassuré. Nos enfants semblent rester à l’abri jusque dans une certaine mesure de nos messages qui, bien qu’à leur vue de nez, restent dans un univers qui ne semble pas les toucher. Bien entendu, je lui demande si elle aimerait faire de la publicité comme papa quand elle sera grande, mais non. Romy sera plutôt vendeuse de crème glacée!

Jeune


Trois années seulement séparent la petite puce blonde de son grand frère Loïk. Pourtant, la différence de perception et de compréhension du monde publicitaire entre la sœur et le frère est frappante. Tout de go, Loïk affirme : « La pub, selon moi, c’est pour montrer nos produits pour que les gens les achètent. » On ne saurait mieux la décrire. Mais l’intérêt n’y est pas. Et l’impact sur le jeune garçon semble tout aussi faible. J’ai beau chanter « Pout pout pout… », je n’obtiens qu’un regard perplexe. Mais il y a tout de même une certaine rétention de l’information. Un peu plus tard durant notre discussion, à la question « que penses-tu de la publicité? », il me répond sans hésitation aucune « La pub, c’est pas important. Denise Bombardier qui donne ses sous à St-Hubert, ça change quoi dans ta vie? » La question est légitime.

Mais au-delà du contenu des messages, nous, adultes professionnels de la communication, savons le rôle que joue la publicité dans l’engrenage économique de la production télévisuelle, voire même des arts et, bien entendu, du sport. Grand amateur du FC Barcelone, Loïk est en mesure de me dire que sur leur chandail était imprimé pendant un temps le logo d’UNICEF et, maintenant, celui de Qatar Airways. Mais le lien entre les revenus nécessaires pour payer les salaires astronomiques des Neymar JR. et Lionel Messi de ce monde et les commanditaires reste plutôt flou. Loïk sera-t-il un pubeux comme son père? Non! Il sera un sportif professionnel et, comme plan B, il se réserve le métier de chef cuisinier.

Moins jeune


Arrive alors la charmante et articulée Juliette, 24 ans et fille de l’inégalable Martin Gosselin. Juliette fait déjà ce qu’elle voulait faire quand elle sera grande. Actrice et coréalisatrice de la série Web Switch & bitch, diffusée par TV5, elle est bien consciente de l’impact que le métier de ses parents a eu sur son choix de carrière. Elle garde des souvenirs de ses passages sur les plateaux de tournage de son père et admet que ces expériences ont façonné sa vocation. « Je sais que ça vient de là, mais par la bande. Ils ne m’ont pas poussé vers ça. À 8 ans, je mettais sur ma liste de Noël que je voulais devenir comédienne, mais eux, connaissant le milieu, étaient plus réticents sachant qu’il y avait beaucoup d’appelés et peu d’élus. »

Bien entendu, à 24 ans, Juliette a une véritable compréhension du monde publicitaire. Si elle exprime un petit malaise face à certains mandats exécutés par son paternel, elle est réaliste quant à la fonction de la publicité dans notre société. Et, plutôt que de s’y attarder, elle me rappelle avec une fierté vibrante les réalisations de Martin Gosselin qui ont lui ont valu son admiration, comme par exemple, les campagnes de l’Association canadienne du cancer colorectal.

Mais, au-delà des souvenirs de plateaux de tournage, l’influence paternelle est plus profonde : ancrée non pas dans le métier, mais plutôt dans une façon de penser et de réfléchir. « Quand on était plus jeunes, mon père ne prenait jamais de livre pour nous raconter des histoires. C’était toujours des contes où mon frère et moi étions les héros. Il avait cette facilité à construire des univers et de toujours rechercher un concept. À l’école, j’avais toujours les présentations les plus funky. Il m’aidait toujours à trouver des angles originaux et m’orientait vers des directions plus créatives. Aujourd’hui, je retrouve ça dans mon écriture. C’est l’imaginaire, la manière de penser de mon père, qui ressort dans mon écriture. »

Juliette Gosselin, fille de Martin Gosselin, directeur de création chez Terrain Ogilvy | Crédit photo : Samuel Pasquier, 2015

Bref...


Je me rappelle avoir déjà observé Jean-François Leblanc et son fils, Loïk, dessiner ensemble à la table. À l’aide d’une règle improvisée et sous le regard attentif de son fils, le père, directeur artistique, lui expliquait le principe des lignes de fuite et le concept de la divine proportion. À 9 ans, Loïk a appris et compris ce que moi je n’ai appris qu’en deuxième année de CÉGEP – et compris en troisième ! Mais bon… supposons que son plan B fonctionne, on peut se demander ce que les lignes de fuite pourront faire pour l’aider dans sa carrière de chef cuisinier. Mais qu’ils deviennent vendeuse de crème glacée ou pompier ou ballerine ou cowboy ou pirate ou princesse ou astronaute, voilà ce que nous, publicitaires, pouvons offrir à nos enfants : la créativité en héritage. Voilà ce que j’ai compris du témoignage de Juliette, et présagé de celui de Loïk. La créativité comme outil; comme solution. La créativité comme façon de penser et d’aborder les problèmes et, peut-être même, la vie. Je n’ai malheureusement pas encore d’enfant. Mais quand le jour viendra, moi aussi je leur inventerai des histoires…


Article paru dans le Grenier magazine du 9 mai 2016. Pour vous abonner, cliquez ici.



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