Catherine Maisonneuve

Comment la télévision conventionnelle peut-elle concur­rencer la télévision Internet ?

par Catherine Maisonneuve, le 19 avril 2016


En 2013, le Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC) a lancé Parlons télé, soit une conversation avec les Canadiens, sous forme d’audiences publiques. Au menu : l’avenir de la télévision, puis la manière dont celle-ci peut s’adapter à l’évolution des technologies et des habitudes d’écoute, lesquelles ne cessent d’évoluer.

Ainsi, c’est à la lumière de ces informations que le CRTC a rendu une série de décisions, le 25 juillet dernier, afin que le système canadien de télévision s’adapte mieux aux défis de l’industrie.

En effet, selon les spécialistes de l’industrie, l’avenir de la télévision repose sur le « sur demande » : une multitude de chaînes, disponibles intégralement et sur l’écran de son choix, de même que la possibilité d’écouter une émission, et ce, à l’heure qui nous convient. À ce propos, on se souviendra du tollé entourant la déréglementation de Netflix, au Canada. Selon la décision rendue par le CRTC, les abonnés de Netflix n’auront pas, comme c’est toutefois le cas pour les abonnés du câble, à financer les fonds de production canadienne. Les diffuseurs dits traditionnels ont donc dénoncé cette décision, qu’ils considèrent comme un avantage injuste accordé à Netflix (1). Pour vous mettre en contexte : les diffuseurs canadiens doivent respecter un quota de contenu canadien et ils doivent aussi verser de l’argent dans un fonds qui vise à subventionner la production télévisuelle canadienne. On comprendra donc que la facture est reléguée, du moins en partie, aux clients de la câblodistribution et que, dans ce contexte, il est difficile pour la télévision « conventionnelle » de rivaliser contre la télévision « Internet », telle que Netflix.

Au Québec, on compte actuellement 33 stations de télévision. Parmi celles-ci, 25 appartiennent à des intérêts privés : les autres sont opérées par les services publics de Radio-Canada et de Télé-Québec (2). Les chaînes qui offrent une programmation variée et qui visent le public « le plus large possible » (information, variétés, etc.) sont considérées comme des chaînes généralistes : Radio-Canada, TVA, V, etc., et elles sont offertes « gratuitement » dans les foyers, et ce, grâce au câble. D’autres chaînes offrent, au contraire, une programmation bien précise : le sport (RDS), la musique (Musimax), les séries (Series+), etc. Celles-ci se veulent être des chaînes spécialisées et, afin de les regarder, il faut être abonné à un service de câblodistribution, pour ensuite pouvoir sélectionner lesdites chaînes dans un forfait télé. Bien que réservées à ceux qui payent pour les regarder, les chaînes spécialisées ne cessent de gagner en popularité et elles représentent maintenant environ 35 % de l’écoute totale (3).

Les grands réseaux de télévision généralistes – qui produisent le plus grand nombre d’émissions canadiennes – font régulièrement état des difficultés qu’ils éprouvent quant au financement de leurs émissions (4). Effectivement, on ne compte plus le nombre de séries qui n’ont pas été renouvelées, et ce, en raison d’un manque de financement. Ces réseaux veulent donc revoir leur mode de financement, afin d’être plus compétitifs, entre autres, grâce à davantage de moyens financiers. La situation n’est guère mieux pour les chaînes publiques, dont le financement est bloqué depuis plusieurs années. Quant aux canaux spécialisés, ils ont, eux aussi, certains défis à relever. Une des décisions rendues par le CRTC, à la suite du processus Parlons Télé, stipule que, d’ici mars 2016, les abonnés des services de télédistribution au Canada auront désormais accès à un forfait d’entrée de gamme, dont le prix ne devrait pas s’élever à plus de 25 $ par mois.  « Le gouvernement a également demandé aux législateurs d’offrir un système de chaînes à la carte, afin de permettre aux consommateurs de choisir les contenus qui les intéressent. Manifestement, le CRTC tente de ménager la chèvre et le chou, en démontrant plus d’ouverture à l’idée d’un système à la carte, tout en imposant un forfait de base à prix réduit », confie Laurent Lasalle, spécialiste des technologies & des médias.

Laurent Lasalle

En baissant les coûts reliés à la télévision traditionnelle, le CRTC souhaite que nos diffuseurs soient plus attrayants et plus compétitifs, dans un marché où Netflix, à 8 $ par mois, offre des milliers de films et séries télé, en accès instantané. À l’autre bout du spectre, par contre, il y aura les chaînes, qui recevront encore moins de redevances de la part des abonnés qui paient les services de distribution. De ce fait, les chaînes auront encore moins de moyens pour financer la production d’émissions originales. Ainsi, dans l’optique d’un univers télé 100 % numérique et sur demande, une question demeure : comment seront financées les émissions ?

Sources :

(1) CRTC : Parlons télé
(2) Rapport du Centre D’études sur les medias, Université Laval, mars 2015
(3) & (4) L’évolution de la television, Luc Cauchon, Le Devoir


Article paru dans le Grenier magazine du 5 décembre 2015. Pour vous abonner, cliquez ici.



«Derrière nos écrans de fumée»: qu’en pensent nos communicateurs ?

À lire maintenant

Comment mobiliser des employés en quête de sens?
Elodie Descarpentries devient directrice Marketing et Communication du HUB Studio
PAL T.I. Solutions informatiques fait appel à Tandem Communication pour transformer son identité visuelle
Quatre nouvelles directrices chez Québecor Expertise | Média
Clarins Canada présente la série Femmes inspirantes
Le CRIM célèbre ses 35 ans
Paradigme Stratégies accueille Anne-Marie Gagnon
Un pied de nez au cancer avec le Grand fou rire
Personnalité de la semaine: Ève Laurier (Bombardier)
Public Beach Swim se lance à l'eau avec l'agence Hula Hoop
CBC & Radio-Canada Solutions Médias recrute Hisham Ghostine
Denis Rozon se joint à Sphère Média