Déceler l’inattention avant qu’il ne soit trop tard

par Annabelle Boyer, le 2 février 2016


Un accident, par définition, arrive bêtement : un manque d’attention, un geste trop rapide, une distraction et l’irréparable se produit. Or, il est possible de détecter certaines situations risquées, et ce, avant qu’il ne soit trop tard. En effet, l’observation simple de certains signaux corporels permet de prendre conscience que notre interlocuteur est fatigué, voire non concentré sur sa tâche. Cela devient particulièrement utile s’il s’agit du conducteur du véhicule dans lequel vous prenez place, s’il conduit de la machinerie lourde ou s’il travaille avec un équipement mécanique.

Hypnotisé par la conduite

Conduire peut en effet avoir un effet hypnotisant, surtout lorsqu'il y a manque de sommeil. Les gens qui parcourent de nombreux kilomètres dans une année vous le diront : quand on ne se méfie pas, on se prend à fixer les lignes. Le cerveau se met alors dans un état de semi-éveil et peut sombrer dans le sommeil très rapidement si rien n'est fait pour le rappeler à la réalité. Qui plus est, selon des experts, pendant 30 % de leur temps, les conducteurs sont centrés sur autre chose que la conduite de la voiture*.

Signes précurseurs de sommeil

Donc, si vous êtes passager, comment pouvez-vous reconnaître les signes précurseurs d'un endormissement du conducteur**? Tout d'abord, dans les minutes qui précèdent le sommeil, le corps se relâche considérablement et, surtout, s'immobilise. Il n'y aura donc pas de mouvements des bras. Les mains seront accrochées au volant, immobiles. Les avant-bras peuvent être hauts, au départ, mais ils descendront graduellement. Il n'y aura pas de surtension dans les épaules, mais le conducteur sentira une raideur au niveau de la nuque et du dos. Tout sera figé. Il n'y aura pas de mouvements de jambes non plus. Un changement de position et un mouvement des membres inférieurs activeraient la circulation et le sortiraient de sa torpeur. La respiration est régulière.

Signes précurseurs de déconcentration

Le plus important est la fixation du regard, ainsi que le ralentissement et l'arrêt du clignement de paupières. Comme le cerveau est en train de tomber dans la lune, le clignement se fait rare et il est plus lent. En effet, le clignement permet au cerveau de faire une pause pour reclasser l'information entrante et pour refocaliser son attention***. S'il n'y a pas de clignements, il n'y a pas de focalisation! Votre interlocuteur n'est donc pas concentré sur sa tâche; il ne réfléchit plus et il perd un certain degré de conscience. Lorsque les bâillements apparaîtront, il deviendra urgent d'agir. L'hypovigilance s'observe aussi par la difficulté de maintenir une vitesse constante durant la conduite. La déconcentration peut provenir de l’ennui, même si la tâche n’est pas répétitive****.

Signes d’épuisement

Il arrive que la fatigue s’accumule et que le stress devienne trop important*****. Votre interlocuteur va alors présenter des signaux qui vont perdurer dans le temps. Si rien n’est fait pour l’aider à se reposer et à se ressourcer, l’épuisement le guette. Lorsque cela survient, comme l’individu a moins d’énergie, son corps cherche à préserver celle qu’il détient. Les gestes sont moins nombreux et moins amples que d’habitude. Il aura d’ailleurs tendance à protéger sa bulle personnelle, par exemple en croisant davantage les bras et les jambes. La paume des mains sera davantage orientée vers l’arrière quand il marche et les hanches perdront de leur fluidité pendant la démarche.

Notez que les infections empêchent la libération suffisante d’orexine – une hormone responsable l’appétit, de l’éveil et de l’envie de bouger –, ce qui fait que l’on a plus de difficulté à sortir du lit et à se concentrer******.

Pause

Si vous présentez ces signes ou si vous les observez chez un collègue de travail, c'est le temps de faire une pause, de prendre une marche, de prendre l’air, bref, de réactiver la circulation sanguine! Il ne sert à rien de s’acharner. Certains exercices de méditation aident aussi à recentrer l’esprit sur la tâche et favorise ainsi un meilleur rendement*******.

*Schäfer, Annette, Les pièges du volant, Cerveau&Psycho, N°36 - novembre - décembre 2009
**Alerte à la fatigue, à la somnolence et à l’endormissement au volant, SAAQ, 2010
***Ferard, Émeline. MaxiSciences. www.maxisciences.com, janvier 2013.
****Gosline, Anna, La concentration, remède à l'ennui, Cerveau&Psycho, N°27 - mai - juin 2008
*****Truchot, Didier, L'épuisement professionnel, Cerveau&Psycho, N°15 - mai - juin 2006
******A. Grossberg et al, in Journal of Neuroscience, vol. 31, p. 11376, 2011
*******Tanguay, Benoît, Ces trésors en vous, Québec-livres, 2014, 144 pages.

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Annabelle Boyer, CRHA, experte en langage corporel (synergologie) et génagogue (consolidation d’équipe). Elle est auteure des livres Je lis en vous, savez-vous lire en moi? L'ABC du non verbal en amour, Relations sous emprise et L’ange-gardien du samouraï chez Béliveau Éditeur. Elle dirige également ABC Solution Développement organisationnel, une firme spécialisée en développement organisationnel et en ressources humaines.


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