Stéphane Plante

Méchants patrons!

par Stéphane Plante, le 5 mai 2015


J'inaugure ici une légère intrusion dans les publications de fiction. Car, Méchants Patrons! de Michel Coulombe décrit l'univers typique (dans la mesure du possible) des méandres du monde des travailleurs autonomes, pigistes, contractuels, surnuméraires et autres travailleurs autonomes.

Réalité pourtant incontournable du monde professionnel actuel, les situations incongrues de ce type de travail reste pourtant peu visitées par les romanciers. Une autre raison pour m'en emparer même un an après sa sortie.

Le nom de l'auteur vous est peut-être familier et c'est tout à fait normal car Michel Coulombe est chroniqueur sur les ondes de Radio-Canada depuis quelques décennies déjà.

À l'opposé d'un héros proustien n'ayant qu'à vaquer à ses réflexions philosophiques pour mieux faire passer ses journées, les personnages de Méchants Patrons! - rien à voir avec la comédie américaine du même nom - pataugent en pleins désarrois dans les vicissitudes de leur situation contractuelle du moment.

L'histoire? Une bande de pigistes acharnés à ne jamais se laisser corrompre par le confort d'un statut de salarié se réunit sporadiquement pour surenchérir sur leurs pires expériences de boulot et de patron.

Car, la liberté a un prix semble-t-il. Celui de tout accepter au cas où on se retrouverait gros Jean comme devant le moins suivant sans revenu substantiel. Alors, on accepte tout, ou à peu près.

Le roman demeure tout de même assez prudent. Coulombe ne se lance pas dans un règlement de compte en relatant à mots couverts ses propres mauvaises expériences de pigistes avec des contrats mal foutus ou mal expliqués sous la supervision de patrons à l'ego surdimensionné ou à l'incompétence crasse. Bien avisé celui qui pourrait y reconnaître une personnalité publique en filigrane.

La multitude des personnages de ce chassé-croisé rende parfois la lecture un brin aride. Ce qui semble toutefois régner en constance chez les patrons décrits dans le livre c'est cette incompétence tenant lieu d'irritants avec les autres protagonistes. Que ce soit la mégalomanie d'un Ghyslain-Marc aux remarques maladroites en présence d'un journaliste ou d'un Raymond promu à un poste dont il ignore la nature même de ses fonctions en passant par un Thomas, alcoolo notoire trop bourré pour bosser l'après-midi.

L'humour mis de l'avant ne passe pas le test. Des procédés usés par la répétition ne font qu'esquisser un vague rictus. Les multiples comparaisons ayant recours à un abondant name-dropping ne font pas rire à tout coup.

Une réflexion plus profonde, à même le roman, sur la sempiternelle précarité du statut de travailleur autonome aurait pu être abordé. Toutefois, l'auteur avait d'autres visées sans doute. Pour une prochaine fois peut-être?

_Méchants patrons!_
Michel Coulombe Stanké


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