En août, deux controverses québécoises ont offert un drôle de miroir.

D’abord « LE » Streamer Fest, avec ses propos misogynes et ses comportements douteux, rapidement transformé en « Dissociation Fest ».

Puis le Banana Gate, où on a réussi à problématiser la consommation d’une banane au point de déclencher une petite révolte sur les réseaux sociaux.

Deux histoires très différentes.

Mais dans les deux cas, les créateurs de contenu ont joué un rôle qu’on oublie souvent quand vient le temps de faire de gros titres sur « les influenceurs ».

Ils ont corrigé.

Les influenceurs positifs existent
On oppose encore facilement médias traditionnels et influenceurs. La rigueur d’un bord. Le divertissement, le placement de produit et les dérapages de l’autre.

Cette grille décrit de moins en moins ce qui se passe réellement.

Dans le cas du Streamer Fest, oui, des créateurs ont généré le problème. Mais une partie importante de la réponse est venue de créateurs et créatrices.

J’aime l’exemple d’Anne-Marie Gagné, Poetry Panacée sur Instagram, qui a utilisé ses plateformes pour décortiquer le slutshaming, la misogynie et le consentement. Elle n’a pas simplement dénoncé. Elle a vulgarisé ce qui se passait, donné des outils à son audience et transformé un dérapage en occasion d’apprendre.

Quelques jours plus tard, le Banana Gate inverse les rôles. Cette fois, le contenu contesté vient d’un média traditionnel.

Et presque immédiatement, des nutritionnistes qui ont développé leurs propres communautés prennent la parole pour remettre du contexte, expliquer et corriger.

J’ai particulièrement aimé les interventions de Benoît Boulanger, Ben Nutritionniste. Il a rappelé qu’un fruit ne devrait pas devenir une source de peur ou de culpabilité (oui, on est rendu là…) et vulgarisé les mécanismes de la culture des diètes.

Ce qui me frappe surtout, c’est la vitesse.

Ces créateurs spécialisés n’attendent pas qu’un pupitre éditorial décide que le sujet mérite un segment trois jours plus tard. Ils connaissent leur niche, sont crédibles, suivent les conversations de leur communauté et peuvent intervenir au moment même où une mauvaise information circule.

Et leur audience sait déjà pourquoi elle les écoute.

De l’attention à la confiance
Un créateur de niche ne construit pas seulement une portée. Il construit une relation de confiance autour d’une expertise, d’une lecture du monde et d’une capacité à expliquer les choses simplement.

Je trouve que notre façon de parler des influenceurs un peu courte.

Les dérapages font de bons titres. Ils sont visibles, spectaculaires et faciles à raconter. Mais à côté, il existe tout un réseau de professionnels, d’experts, de vulgarisateurs et de créateurs spécialisés qui jouent maintenant un véritable rôle dans la circulation de l’information.

Parfois plus rapidement que les médias traditionnels. Parfois pour corriger ces mêmes médias.

Il faudrait s’en souvenir avant de réduire « les influenceurs » à leurs pires représentants.

Les influenceurs peuvent être le problème. Mais quand l’information dérape, ils sont aussi de plus en plus souvent parmi les premiers à apporter l’antidote.

Divulgation : Je suis l’agent d’Anne-Marie

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