Les recruteurs en communication-marketing lisent des centaines, voire des milliers de lettres de présentation par année. Depuis deux ans, une bonne partie d'entre elles se ressemblent au point d'être interchangeables. Voici ce qui se remarque en quelques secondes, souvent avant même la fin du premier paragraphe.
L'ouverture flatteuse qui ne prouve rien. « Votre approche innovante et votre culture axée sur l'humain m'inspirent depuis longtemps. » Ah, c'mon! Cette phrase pourrait s'adresser à n'importe quelle entreprise. Elle reprend le vocabulaire de la page « À propos », donc elle démontre uniquement qu'une machine a visité un site web.
L'absence totale de détails. Pas un chiffre, pas un nom de client, pas un mandat raconté, jamais une erreur admise. Les textes générés produisent des affirmations : rigoureux·se, créatif·ve, orienté·e résultats. Les candidat·es qui obtiennent des entrevues racontent plutôt une situation précise, avec ce qui a mal tourné et ce qui a été corrigé.
L'écart avec le reste du dossier. La lettre est plus léchée que le portfolio, que le profil LinkedIn, que le courriel de suivi envoyé trois jours plus tard. Cet écart de niveau saute aux yeux et il installe un doute qui suivra la candidature jusqu'en entrevue, où quelques questions suffisent à confirmer l'intuition.
Les questions évitées. Une bonne lettre répond à ce que le CV laisse en suspens : pourquoi ce poste maintenant, pourquoi ce changement de secteur, ce qui explique le trou de huit mois en 2025. Un outil qui n'a pas ces informations écrit autour du vide, poliment.
Reste à nommer la vraie nuance. Presque personne, du côté des employeurs, ne reproche l'usage d'un outil d'IA. La plupart en utilisent tous les jours. Ce qui coûte des entrevues, c'est l'uniformité : quarante lettres qui disent la même chose de la même façon, dont aucune n'apprend quoi que ce soit sur la personne. L'assistance à la rédaction ne pose aucun problème. La délégation complète supprime le seul signal que la lettre était censée transmettre.
La méthode qui fonctionne demande vingt minutes de plus. Écrivez d'abord une version brute dans vos mots, quitte à dicter à voix haute et à laisser des phrases boiteuses. Servez-vous ensuite de l'outil pour resserrer, corriger, couper les répétitions. Conservez au moins une anecdote concrète et un élément précis sur l'organisation qui ne figure pas sur sa page d'accueil : une campagne récente, une nomination, un changement de positionnement. Gardez aussi deux ou trois de vos tournures imparfaites, ce sont vos empreintes.