Analyse des communications de campagne
Vendredi 21 août 2026, on apprenait que la CAQ allait envoyer Olivier Primeau parcourir le Québec pendant la campagne électorale. Pas comme candidat. À bord de la « Primeau mobile », il ira rencontrer des entrepreneurs et produire du contenu en marge de la campagne traditionnelle.
Cela dit, attention, l’influence n’est pas de la publicité traditionnelle et c’est ce qui rend le tout fascinant :)
Une publicité, on l’achète, on la contrôle et on l’arrête. Un influenceur arrive avec son audience, sa personnalité, ses intérêts, son indépendance et surtout son propre pouvoir.
On peut louer sa portée. Pas son obéissance.
C’est intéressant, c’est innovant, c’est créatif et c’est aussi risqué.
La CAQ finance-t-elle la pré-campagne de Primeau?
Je comprends parfaitement le calcul de la CAQ. À plus ou moins 21% elle a besoin d’attention, Primeau sait en générer. Elle veut parler aux entrepreneurs, il possède une crédibilité dans cet univers. Et plutôt que d’acheter encore des impressions publicitaires, elle s’associe à quelqu’un qui possède déjà son média. D’ailleurs il sera intéressant de comparer le rapport performance/prix entre les deux après.
Olivier Primeau a aussi fait son calcul.
En janvier, il avait envisagé la politique, affirmé qu’il croyait pouvoir être un bon premier ministre, mais conclut que le timing était mauvais. Trop vite. Trop tôt.
À mes yeux, la suite devient maintenant assez claire : il n’a peut-être pas choisi de devenir politicien en 2026, mais il semble avoir choisi son véhicule.
La CAQ.
Cette tournée lui offre quelque chose d’assez extraordinaire : parcourir le Québec, rencontrer les gens d’affaires, bâtir son réseau politique, tester ses idées et apprendre une campagne électorale de l’intérieur sans avoir à subir les contraintes d’un candidat.
Si la CAQ se casse les dents en 2026, ou si un gouvernement qui lui succède finit par provoquer de la fatigue quatre ou huit ans plus tard, qui pourrait arriver comme le gars neuf, extérieur au système, entrepreneur, connu partout et déjà en relation avec la machine?
Olivier Primeau.
Au PLQ, un Farnell national
Le PLQ vit une autre version du phénomène avec Farnell Morisset.
Les influenceurs c’est puissant. Mais là encore, le parti accueille dans ses rangs quelqu’un qui possède déjà son propre rapport avec le public. Son influence ne vient pas du PLQ. Elle existait avant, va exister après et encore une fois, pactiser avec une esprit fort, influent et indépendant n’est pas sans risque en politique.
Officiellement, Farnell est candidat dans Taschereau. Dans les faits, ses quelque 200 000 abonnés lui donnent une portée nationale. On voit déjà davantage Farnell que Charles.
PQ et QS : sortir du cercle des convaincus
Le défi socionumérique du PQ et de Québec solidaire.
Les deux peuvent évidemment mobiliser leurs militants, leurs sympathisants et acheter de la publicité. Mais ça reste une approche assez classique.
QS a déjà réussi à travailler ponctuellement avec des créateurs autour de certaines causes. Du côté indépendantiste, plusieurs créateurs produisent aussi beaucoup de contenu.
Le problème, c’est la sortie du cercle.
Parler très fort aux gens qui sont déjà d’accord avec nous n’est pas nécessairement de l’influence.
Je vais donc surveiller si le PQ ou QS réussissent à faire émerger des personnalités capables de rejoindre des communautés qui ne sont pas déjà partisanes.
PCQ : puissant, mais impossible à tenir en laisse
Le PCQ possède peut-être l’écosystème numérique le plus particulier.
Une partie importante de la droite québécoise s’est construite en ligne précisément parce qu’elle estimait être mal ou peu représentée dans les grands médias. Le parti peut donc compter sur un réseau de pages, de médias alternatifs, d’animateurs et de créateurs déjà habitués à mobiliser rapidement leurs communautés.
C’est une force immense.
Mais c’est aussi un écosystème instable.
Ces gens ne travaillent pas pour le PCQ. Ils possèdent leurs propres audiences, leurs propres combats et parfois leurs propres lignes rouges. Ils peuvent porter Éric Duhaime pendant trois semaines et se retourner contre lui la quatrième si le parti déçoit leur communauté. Pensons à la saga Lachance/Hamad dans la dernière course à la mairie à Québec.
La force peut devenir une fronde.
Les influenceurs sont de nouveaux acteurs politiques
Les influenceurs ne sont pas de nouveaux panneaux publicitaires. Ce sont de nouveaux acteurs politiques qui arrivent avec leur propre pouvoir.
Et dans le cas de la Primeau mobile, la CAQ pense peut-être avoir trouvé un formidable véhicule de campagne.
Je suggère plutôt qu’elle vient d’offrir à Olivier Primeau le véhicule qui pourrait le mener, un jour, jusqu’au poste qu’il convoite.
