Cette chronique est la dernière d'une trilogie qui s'intitule La perte de relief dans un monde d’abondance.
Quand tout devient abondant, les premiers signes de saturation apparaissent. Tout finit par goûter un peu la même chose. Et à un certain moment, on s’en lasse. Puis on revoit nos choix, et c’est là que ça peut devenir intéressant.
Résister, s’éloigner de la norme, des courants, se distancer des fameuses tendances. Pas facile de contrer l’attraction. Les tendances attirent. Puis on semble être programmé à y adhérer. Et ce phénomène est inscrit dans notre ADN. « Tout le monde le fait, fais-le donc ». C’est le slogan que claironnait la station de radio CKAC pendant des années.
Mais, par une chance inouïe, comme me le rappelait ma maman à quelques moments au cours de ma vie : « Si tu vois que le troupeau s’en va d’un bord, va de l’autre bord ». C’est elle la coupable. C’est à cause d’elle que j’écris aujourd’hui sur les comportements humains et que je cherche encore à quitter le troupeau.
Elle avait raison. Suivre le mouvement, sans trop se questionner.
Pourtant, une fois la résistance attractive maîtrisée, un monde de possibilités et de merveilles s’ouvre à nous. Et c’est à notre portée, on a qu’à y porter attention.
Quand tout va vite, il devient intéressant de considérer le ralentissement.
Quand les durées s’écourtent, oser la longueur peut être amusant.
Quand tout le monde fait du bruit, le silence.
À force de tout rendre accessible, on finit parfois par se gaver. On consomme, on enchaîne, on remplit… sans toujours prendre le temps de goûter.
Par moments, on ne crée plus pour dire quelque chose, mais pour ne pas disparaître.
L’image est simple : un pissenlit qui perce l’asphalte.
Seul. Visible. Impossible à ignorer.
Au début de 2026, je participais au Rendez-vous RC Ohdio, un événement autour de la production de balados. Une des panelistes spécialisés en IA y est allée d’une affirmation claire : « Au cours des prochaines années, on va se retrouver dans une marée de mauvais contenu ». On consomme ce contenu sans trop rien gouter ni se questionner. La bonne nouvelle, c’est que ceux qui offriront du contenu de qualité, vont sortir du lot.
Dans un monde où tout est accessible, abondant, rapidement…certaines choses ne se fabriquent pas plus vite. Une vraie écoute, une présence réelle, une intention claire, une voix juste; pas parfaite, mais juste.
Dans un monde où tout est possible, rapidement, facilement, en quantités massives, au fond que reste-t-il ? L’attention, le choix, la présence, une intention.
Dans un monde où tout est disponible, peut-être que ce qui compte encore, c’est ce à quoi l’on choisit de s’arrêter.
Ce qui a de la valeur aujourd’hui ne tient plus à l’accès, ni à la technique, ni à la rapidité.
