En création publicitaire, l’ego est partout. Il s’invite dans les brainstorms, se glisse dans les présentations client, s’assoit discrètement à côté de nous quand on exporte une maquette à 2h du matin. C’est lui qui nous pousse à viser plus haut, à défendre une idée jusqu’au bout, à croire qu’on peut faire mieux que la concurrence. Mais c’est aussi lui qui nous fait lever les yeux au ciel quand un·e client·e demande de « grossir son logo ». Alors, l’ego créatif : moteur ou poison ? Probablement les deux.
Sans ego, pas d’idée forte
Soyons honnêtes : il faut une certaine dose d’ego pour créer. Proposer une campagne, c’est dire au monde : « Voici ma vision, elle mérite d’exister ». Ça prend du culot et de l’aplomb. Une conviction presque irrationnelle que notre concept peut toucher des milliers de personnes. Les grandes idées ne naissent pas dans la tiédeur. Elles naissent chez des gens qui osent. Et pour oser, il faut croire en son instinct. Dans ce sens, l’ego est un allié. Il protège la créativité contre la médiocrité. Il empêche de livrer du « juste correct ». Il pousse à se dépasser.
Trop d’ego, plus d’équipe
Le problème survient quand l’ego prend toute la place. Quand une idée devient personnelle. Quand une critique devient une attaque. Quand un « non » client devient un drame existentiel. À ce moment-là, on ne crée plus pour résoudre un problème d’affaires ou toucher un public. On crée pour gagner. Pour avoir raison. Pour prouver quelque chose. Et c’est là que la collaboration s’effrite. Parce qu’en agence, personne ne gagne seul. Les meilleures campagnes sont rarement l’œuvre d’un génie solitaire. Elles naissent des frictions entre stratèges, DA, concepteur·trices, producteur·trices, client·es. Si l’ego ferme la porte aux autres, l’idée s’appauvrit.
L’équilibre fragile
Avec le temps, on comprend que le vrai talent, ce n’est pas seulement d’avoir de bonnes idées. C’est de savoir les laisser évoluer. Les adapter. Parfois même… les abandonner. Un ego sain, c’est celui qui dit : « Je crois en mon idée, mais je suis prêt à l’améliorer. » Pas : « C’est ça ou rien ». C’est la différence entre défendre un concept et s’y accrocher comme à une bouée.
Ami ou ennemi?
L’ego créatif n’est ni l’un ni l’autre. C’est une énergie. Bien canalisée, elle devient audace, ambition, signature. Mal gérée, elle devient rigidité, conflits, épuisement. Peut-être que la maturité professionnelle, au fond, c’est simplement ça : garder assez d’ego pour créer quelque chose qui compte… mais assez d’humilité pour le faire à plusieurs. Parce qu’en pub, l’idée n’a jamais vraiment été à nous.
Elle appartient toujours un peu à l’équipe.