J’adore le marketing. Pour moi, c’est un magnifique terrain de jeu qui sert à communiquer, voire charmer. Comme créateur de balado, je me plais à charmer l’auditoire dans presque toutes mes productions. Et la pub? J’ai un rapport plutôt ambivalent avec elle. Je l’ai d’ailleurs parodiée à une autre époque; ça m’amusait, sans compter que c’était là un formidable exutoire.
En début d’année, j’ai vu passer cette vidéo dans mon fil LinkedIn. On la présente comme une vidéo de sensibilisation à la fraude amoureuse. On y voit une femme (Félia, pseudo-accent québécois inclus), générée par intelligence artificielle (IA), dans un registre qui oscille entre mise en garde et sketch. Je l’ai regardée trois fois pour bien saisir toutes les couches et les sous-couches.
Quand on atterrit sur la page de la vidéo, on peut voir qu’elle a été relayée par un consultant en cybersécurité. En commentaire, il précise (pour ceux et celles qui lui demandent) qui en est l’auteur. Comme indiqué sur ce compte, on y trouve : « jokes de mononc, chansons grivoises et prévention IA ». Une énumération qui, à mon avis, fait glisser le registre. Enfin, on y publie des vidéos à caractère humoristique et divertissant, et on s’amuse abondamment avec l’intelligence artificielle.
Au moment d’envoyer ce texte, depuis le début de l’année, ce compte Facebook avait publié plusieurs vidéos présentées comme des contenus de prévention sur les fraudes amoureuses. La plus récente dépassait les cinq minutes. Le résultat me paraît lourd, dans un festival de clichés au ton caricatural. Je salue l’intention derrière ces vidéos et je reconnais les efforts pour jouer avec l’IA afin de sensibiliser. Cependant, j’y vois deux ennuis : 1- la confusion du message. On mise tellement sur le personnage IA (Félia), avec autant de couches d’ironie et un recours fréquent aux codes langagiers des réseaux sociaux, que l’on s’y perd. « C’est une joke ? C’est une pub ? Ça s’adresse à moi? ».
On peut raisonnablement croire qu’une partie de la clientèle cible ressortira plus confuse qu’elle ne l’était avant le visionnement. Et ça, en communication de prévention, ça n’est pas souhaitable. L’autre truc qui me turlupine est le fait que cette vidéo soit relayée par un consultant en cybersécurité, lui conférant d’emblée une légitimité, et c’est précisément là que le ton devient déterminant. Je croirais qu’on est plutôt porté à se fier à un consultant en cybersécurité.
Les fraudes amoureuses gagnent du terrain à chaque jour, les malfaiteur·euses ont recours à des outils de plus en plus sophistiqués. C’est un enjeu très sérieux qui ne repose pas tant sur la naïveté, mais sur la convergence de vulnérabilités : émotionnelles, affectives, cognitives, relationnelles, sociales, numériques, etc. Quand je regarde la gravité de ces enjeux en lien avec la fraude amoureuse, je me dis que cette gravité devrait nous aiguiller quant à l’angle à préconiser pour développer une vidéo de sensibilisation, ou à tout le moins, en éliminer rapidement certains angles.
Cher·ère lecteur·rices, cette tribune pullule de créatifs assoiffés de projets. Le défi est pourtant stimulant : imaginer une communication efficace pour sensibiliser à l’un des grands fléaux de notre société. Et si l’industrie organisait un concours conjointement avec la sécurité publique ?
Devant ces enjeux aussi importants, au nom des victimes de fraudes amoureuses, soyons percutant. Je crois qu’une vidéo de prévention, dès qu’elle est publiée sur les réseaux sociaux, devient une sorte de pub. Surtout, quand elle est présentée comme de la sensibilisation.
