Patrice Lagarde (Virus1334)

Pas tous les «MÈMES»…

par Patrice Lagarde (Virus1334), le 27 septembre 2013


Vous connaissez le chien d’Alcibiade?

Jadis à Athènes, Alcibiade, une personnalité haute en couleurs qui a fasciné ses contemporains, réunissant une intelligence reconnue et une beauté enviée a mené une jeunesse dorée en multipliant les frasques. Connu dès l'enfance pour son insolence, il aime les dépenses somptueuses et n'hésite pas à provoquer des scandales publics: l'anecdote la plus célèbre rapporte qu'il a coupé la queue de son chien, simplement pour que les Athéniens parlent de la queue de son chien plutôt que de lui.

Quel est le lien entre Alcibiade et les «Internet Meme»? En fait les «mème» sont un détournement humoristique… sur Internet.

Le mot «meme» est inspiré du grec ancien, a été inventé avant le phénomène Internet par le biologiste et spécialiste du comportement animal Richard Dawkins en 1976. Dans son livre, The Selfish Gene (Le Gène égoïste) et provient d'une association entre gène et mimesis (du grec «imitation»). Dawkins souligne d’ailleurs la parenté de son terme avec le mot français «même». Les «mème» transmettent des caractéristiques biologiques, culturels et soumis à des mutations comme l'évolution de certains comportements animaux et des cultures.

Avec le développement du web, le mot renaît et devient un objet culturel, le plus souvent humoristique, qui se diffuse très vite au sein d'une communauté en ligne, chacun des membres de cette communauté pouvant se réapproprier l'objet et en créer sa propre version.

Qu’est-ce qu’un «Mème Internet»?

Selon Wikipedia, Le terme «mème internet» est un anglicisme utilisé pour décrire un élément ou un phénomène repris et décliné en masse sur internet. C'est une acception récente du terme mème, qui définit ce phénomène dans sa globalité. D'après l'Oxford English Dictionary, un «mème» est un élément d'une culture ou d'un ensemble de comportement qui se transmet d'un individu à l'autre par imitation ou par un quelconque autre moyen non-génétique («an element of a culture or system of behaviour passed from one individual to another by imitation or other non-genetic means»).

En résumé, un «mème internet» est une idée simple propagée à travers le web. Cette idée peut prendre la forme d'un hyperlien, d'une vidéo, d'un site internet, d'un hashtag, d'un personnage récurrent, d’un lien hypertexte, un mot ou une expression, y compris une faute d'orthographe intentionnelle. Ce «mème» peut être propagé par plusieurs personnes par le biais de réseaux sociaux, blogues, courriels, fils RSS, YouTube, Facebook, Instagram, Twitter, Pinterest, Flickr, Tumblr, canaux IRC, ebaumsworld, etc.

Un «mème Internet» est mutant, il peut parfois changer avec le temps, par hasard ou du fait d'un commentaire, d'imitations ou d'une parodie. Les «mèmes internet» peuvent évoluer très vite, connaître une deuxième vie et les meilleurs se répandront à l’échelle de la planète, disparaissant parfois après quelques jours suivant leur publication…au grand désarroi de leur créateur !

Si des mèmes connaissent un succès relatif sur le web, quelques espaces communautaires sont reconnus pour comme des encyclopédies: 4chan, et plus particulièrement son sous-forum /b/, mais aussi MemeCrusher et des agrégateurs sociaux comme Reddit. Les «mèmes» les plus populaires obtiennent une place dans des éditeurs semi-automatiques, comme Quickmeme et la communauté meme YTMND Les mèmes ont leurs propres encyclopédies compètes en ligne, comme le site knowyourmeme.com, qui retrace l'histoire des mèmes les plus populaires.

Bien que ce dernier fait un travail très honnête pour tenter d'expliquer les raisons du succès de plusieurs «mèmes», il semble difficile d’établir une "recette" et prédire le succès ou l'échec d'un «mème». Le succès d’un «mème» est souvent le fruit du hasard ou d’un accident.

Le succès d’un «mème» repose principalement sur l’humour, un ton décapant et l’absurde. Une communication décalée par rapport à un contexte, en combinaison avec des images, est la base des «mèmes» sur internet. Le défi est d’impressionner la toile en modifiant des «mèmes» et en repoussant les limites.

Quelques exemples notables de «mèmes»:

• Vous répondez à une blague en écrivant «LOL!»;
• Le planking: vous publiez une photo de gens en public à l’horizontal comme une planche;
• Vous téléchargez une courte vidéo de gens qui dansent au son du Harlem Shake;
• Le owling (faire la chouette et se prendre en photo);
• Vous recevez une photo d’ours en chute;
• L’un de vos amis publie une photo parodiant un policier utilisant du gaz lacrymogène;
• Le batmanning (faire batman et l'immortaliser par une photo);
• Le milking (se verser du lait sur la tête dans un lieu public);
• L'unicorning: le principe est tout simplement de se faire prendre en photo arborant un masque de licorne dans un lieu ou un contexte inapproprié (c'est à dire plus ou moins n'importe où et n'importe quand), puis de partager l'image sur Internet.
• Toutes les autres parodies issues des phénomènes suivants: Slender Man / Les Chuck Norris Facts / Le Nyan Cat / Le Rick Roll / Pedobear / Gangnam Style / Fus Ro Dah de Skyrim / This is sparta / Epic Sax Guy, saxophoniste des SunStroke Project, etc.

Et au Québec?

Très majoritairement en anglais, les mèmes sont-ils un phénomène typiquement américain ? Peu d’exemples de mèmes québécois convaincants et issus de la culture québécoise transigent sur la toile. Bien sûr, quelques frasques de Téquila Heineken, pas l’temps de niaiser, de joueurs du canadien et tout au plus.

Quelques sites québécois à visiter : quebecme.me, montrealmemes.com et petitpetitgamin.com sont des sources intéressantes.

Les publicitaires et les entreprises s’intéressent aux «mèmes»

Les spécialistes des relations publiques, de la publicité et plusieurs commerçants fantasment à l’idée de créer un «mèmes internet afin de créer un « buzz » pour leur produit ou service. Les «mèmes Internet» sont en effet considérés comme rentables et, parce qu'ils sont d'une certaine façon un phénomène de mode et pourrait contribuer au succès d’un produit.

Toutefois, la littérature démontre peu d’exemples rentables d’initiatives commerciales réellement voulues de «mèmes Internet» commerciaux. Les entreprises ont plutôt engagé les vedettes de ces «mèmes» vidéos pour les transposer en caméo ou comme personnage principal de leur publicité. Une entreprise qui voudrait calquer les pratiques typiques des créateurs de «mèmes» risque de s’exposer à une autre réalité, celle des droits d’auteurs. Les chances qu’un internaute dans son salon se fasse poursuivre pour des droits d’auteurs sont très faibles. Toutefois, une entreprise avec des moyens plus importants qui s’accaparerait une œuvre ou photo sans en informer le créateur sera rapidement sous le radar.

«Mème» pas nouveau…

Le personnage dessiné "Kilroy was Here" peinturé sur les murs à la bombe d’aérosol avant la deuxième guerre mondale, un stencil de lutteur célèbre des années 80 "Andre the Giant Has a Posse" , Alfred E. Neuman, que le magazine Mad a utilisé comme mascotte sont autant d’ancètres célèbres «mèmes» aux Psy et son Gagman Style et à la célèbre affiche The Obama “Hope” Poster crée par le designer graphique et artiste de rue Shepard Fairey durant l’élection présidentielle de 2008 qui a connu plusieurs vies dans le merveilleux monde du «meme». La pratique existe depuis toujours…ce sont les moyens qui ont évolués !

Les historiens s’expliqueront peut-être difficilement ce phénomène dans le futur…Entretemps, les «Internet meme» ne semblent pas un phénomène passager qui semble s’estomper. Je dois avouer avoir un certain plaisir à regarder ces créations et j’avoue être profondément surpris qu’avec toute la créativité, la culture propre au Québec et nos scandales quotidiens dans les médias… si peu de «mèmes» à saveur québécoise se retrouvent sur le web…


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