Nathalie Lord (Lord & Complice)

Accident de parcours

par Nathalie Lord (Lord & Complice), le 28 mars 2013


Jusque-là, vous aviez connu un parcours professionnel sans heurts. Au cours des années, vous avez travaillé dans plusieurs entreprises, à chacun de ces changements, vous avez quitté vos patrons en excellents termes, vous bénéficiiez donc de références impeccables pour venir à l’appui de vos démarches.

Dans votre dernier emploi, les choses ont mal tourné. Pourtant, pendant quelques années, tout baignait dans l’huile: vous aviez toujours d’excellentes évaluations de rendement et avez été promu plus d’une fois. Sans préavis, les choses ont changé: les critères d’appréciation du rendement ont été modifiés et comble de malchance, vous relevez d’un nouveau gestionnaire avec lequel vous avez peu d’affinités.

Vous avez tenté de vous adapter à son style de gestion, même si parfois ses exigences vous ont semblé excessives ou irréalistes. Vous avez investi plus de temps à votre travail, révisé vos priorités, modifié votre façon de travailler. Vous avez fait beaucoup d’effort pour développer ou exhiber davantage les compétences recherchées.

Vos efforts n’ont malheureusement pas été reconnus par votre supérieur, ou ils ont été jugés insuffisants. À votre dernière évaluation, vous avez eu la très nette impression que vos bons coups ont été minimisés, vos erreurs amplifiées. Votre estime de vous-même en a pris un coup. Vous avez peut-être perdu votre emploi ou si vous y êtes encore, vous êtes habité par le sentiment que pend au-dessus de votre tête une épée de Damoclès. Vous amorcez donc la recherche active d’un nouvel emploi, mais vous craignez que votre patron offre une référence négative qui nuirait à vos démarches. Cette peur vous paralyse, vous n’osez pas expédier votre c.v. à qui que ce soit! Tout d’abord, il est utile de garder en tête que la prise de référence fait généralement partie des étapes finales précédant une embauche. C’est donc dire qu’au cours du processus vous devriez normalement avoir maintes occasions d’offrir de l’information pouvant faire contrepoids à une éventuelle mauvaise référence.

Certains candidats offriront cette information dès leur mise en candidature initiale, en joignant leurs lettres de références à leur curriculum vitae, ou en incluant les coordonnées de leurs références dans leur c.v. Je juge que c’est une erreur de procéder de la sorte, à moins que l’affichage de poste l’exige spécifiquement ou lorsque vous adressez votre candidature à une personne bien connue d’une de vos références. Il est également superflu d’insérer la mention «des références sont disponibles sur demande», dans votre curriculum vitae, c’est sous-entendu, puisqu’un employeur potentiel aurait toujours le loisir d’écarter votre candidature si vos références ne sont pas disponibles sur demande!

Avant de faciliter l’accès à vos références par la transmission de leurs coordonnées, il est généralement préférable d’attendre que l’employeur vous demande de l’information à cet égard. Ce qui ne signifie pas que vous ne pouvez pas offrir une préface aux références qui seront éventuellement entendues et ainsi influer sur la perception qu’aura l’interviewer d’une référence s’avérant moins favorable.

Vous pouvez, par exemple, bâtir une capsule d’information que vous vous sentirez à l’aise d’énoncer avec conviction en entrevue. Il n’y a pas lieu de mentir, il est utile d’exposer les faits, tels que vous les avez perçus, en reconnaissant vos torts et les apprentissages que cette situation a pu vous apporter, sans toutefois vous appesantir sur ceux-ci. Alors qu’une explication sommaire du contexte peut être utile, il faut éviter le récit détaillé de vos déboires et la tentation de vous justifier ou défendre votre position, dans le but de démontrer la justesse de votre point de vue et l’erreur de votre patron. Il est préférable de se montrer à la fois bref et nuancé, ce qui vous aidera à endiguer les émotions que cette part de votre histoire professionnelle suscite chez vous. Par exemple:

«J’ai travaillé pour l’entreprise XYZ dans laquelle j’ai été reconnu pour mon leadership et ma créativité pendant plusieurs années. Plus récemment, des changements significatifs dans la culture et les orientations d’affaires de l’organisation ont fait en sorte de créer de nouvelles attentes. J’ai mis beaucoup d’effort pour répondre à ces nouvelles exigences, mais j’admettrai avoir eu du mal à m’adapter, alors que ces changements coïncidaient avec la venue d’un nouveau gestionnaire, duquel je relevais jusqu’à récemment. Conséquemment, alors que j’ai la certitude que le patron qui m’a supervisé pendant les 5 premières années de mon passage dans cette organisation aurait des propos très élogieux à mon endroit, je suis moins confiant en ce qui concerne mon dernier patron. Je crains que le contexte nous ait empêchés de bâtir une relation aussi solide qu’avec mes patrons précédents. Auparavant, j’avais pourtant connu diverses situations d’adaptation dans cette organisation et ailleurs - je présume que personne ne peut aspirer à connaître un parcours parfait».

Il n’est pas possible de savoir hors de tout doute ce que votre patron dirait de vous, mais mon expérience m’indique qu’il est assez rare qu’un ex-patron offre des commentaires très étoffés ou très détaillés lorsque la référence est négative. Le propos sera davantage caractérisé par un certain manque d’enthousiasme. Comme il n’est généralement pas possible de savoir si ce ton neutre ou apathique est caractéristique de la référence ou tributaire d’une piètre appréciation du candidat concerné, la référence aura souvent peu d’influence sur l’ensemble, lorsqu’elle est comparée à d’autres témoignages élogieux.

Dans les faits, beaucoup d’organisations ont adopté pour politique de ne pas de donner de référence concernant le rendement de leurs ex-employés. Lorsque sollicités, ils confirmeront que la personne a été employée par eux sans offrir davantage de détails ou ils remettront à l’employé qui le demande un certificat de travail en conformité avec les articles 2096 du Code civil du Québec et 84 de la Loi sur les normes du travail.

Article 2096 du Code Civil du Québec
Lorsque le contrat prend fin, l'employeur doit fournir au salarié qui le demande un certificat de travail faisant état uniquement de la nature et de la durée de l'emploi et indiquant l'identité des parties.

Article 84 de la Loi sur les Normes du Travail
À l'expiration du contrat de travail, un salarié peut exiger que son employeur lui délivre un certificat de travail faisant état exclusivement de la nature et de la durée de son emploi, du début et de la fin de l'exercice de ses fonctions ainsi que du nom et de l'adresse de l'employeur. Le certificat ne peut faire état de la qualité du travail ou de la conduite du salarié.

Cet article disponible sur Droit Inc. apporte de l’information intéressante sur le cadre légal qui entoure la prise de référence.

Au-delà de ces questions d’ordre juridique, lorsqu’on arrive à l’étape de la prise de référence c’est parce que l’employeur a certaines affinités avec le candidat dont il reconnait également la valeur de l’offre professionnelle, puisqu’il considère l’embaucher! Comme dans la majorité des situations, ça signifiera que candidat et employeur se côtoieront quotidiennement pour la suite, on peut espérer qu’une communication constructive et efficace s’est établie entre le candidat et l’employeur à cette étape. Dans un tel contexte, le candidat qui aura acquis un certain recul se sentira habituellement un peu plus à l’aise d’informer l’employeur et d’échanger à l’égard d’un accident de parcours.

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Nathalie offre des services de transition professionnelle aux personnes insatisfaites de leur vie professionnelle, en perte d’emploi ou ayant subi une perte de capacités suite à une invalidité. Elle puise sa connaissance de l’employabilité et de la mobilité professionnelle de son expérience passée à titre de recruteur et de son évolution des 15 dernières années à titre de consultante en réadaptation et transition professionnelle.

Consultez son site web Lord & Complice.


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