Nathalie Lord (Lord & Complice)

Tenir la route

par Nathalie Lord (Lord & Complice), le 8 mars 2013


S’engager dans la recherche d’un nouvel emploi est chose relativement facile: pour qui s’en donne la peine, il est aisé de trouver sur internet une panoplie de conseils utiles pour rédiger un curriculum vitae, se préparer à une entrevue ou utiliser efficacement les réseaux sociaux. Persévérer, lorsque le temps passe sans que nos efforts soient couronnés de succès est beaucoup plus difficile.

Tous reconnaissent que la recherche d’un nouvel emploi est une situation stressante, pourtant, à mon grand étonnement, alors que les médias offrent une foule de textes offrant des conseils relatifs aux techniques de recherche d’emploi, peu semblent s’intéresser aux émotions que vivent les individus en quête d’une nouvelle situation professionnelle.

L’anxiété est l’émotion que mes clients disent le plus fréquemment ressentir. Le dictionnaire Larousse français décrit bien ce sentiment qui les habitent: «Inquiétude pénible, tension nerveuse, causée par l’incertitude, l’attente; angoisse». Contrairement à la peur, dont l’objet est identifiable, l’anxiété tourmente et agite la personne en anticipation d’un danger diffus, d’un événement négatif indéfini: elle ne sait pas ce qu’elle craint, mais ce n’est certainement rien de bon!

Des peurs plus spécifiques peuvent aussi paralyser les chercheurs d’emploi: ils craignent de ne pas arriver à dénicher un emploi convenable en raison d’une économie incertaine, ils appréhendent le rejet de leur candidature pour des motifs précis, comme une formation insuffisante, une piètre maitrise de la langue seconde ou l’arrivée de la cinquantaine. Ils estiment que leur peur est fondée, alors que la réalité est en fait beaucoup plus nuancée: les employeurs n’ont pas tous les mêmes attentes de formation ou de maîtrise d’une langue seconde; certains valorisent la jeunesse, mais d’autres apprécient l’expérience et croit que la sagesse ne s’acquière qu’avec le passage du temps.

Suite à la perte d’un emploi, nombreux sont ceux qui éprouveront de la honte et de la culpabilité, même s’ils se retrouvent au chômage en raison de facteurs économiques qui forcent leur employeur à réduire les effectifs, ou autres circonstances ne remettant pas en question leurs compétences. Ils se sentiront coupable alors qu’ils n’ont rien à se reprocher, ils vivront des remords pour des offenses qu’ils imaginent avoir commises et regretteront d’avoir manqué des opportunités, de ne pas avoir sur faire preuve de plus de doigté, ou même d’avoir accepté l’emploi dont ils déplorent la perte!

Plusieurs seront animés par la colère et l’amertume: certains auront été victimes de réelles injustices contre lesquelles ils s’insurgent, mais d’autres peuvent bouillir d’une rage sans borne envers autrui, alors qu’ils ont en fait leur part de blâme à assumer. Les personnes incertaines de leur valeur sont souvent plus vulnérables à la colère et l’amertume: comme elles ont du mal à évaluer leur part de responsabilité, elles réagiront fortement aux situations ambiguës, ce faisant elles protègeront leur estime vacillante.

Les émotions que connaissent les chercheurs d’emploi sont souvent très fluctuantes: en une même journée, ils peuvent passer de l’espoir au quasi désespoir. Ils seront animés d’un espoir passager lorsque conviés à une deuxième entrevue, mais, lorsque celle-ci ne conduit pas à leur embauche, ils auront beaucoup de mal à intégrer les messages positifs qui leurs ont été reflétés au cours du processus.

De son point de vue, le candidat s’évalue en relation avec un affichage de poste, mais il n’a pas l’occasion de se comparer aux autres candidats, son champ visuel est limité. À l’époque où j’étais recruteur de cadres, il m’arrivait fréquemment de rappeler aux candidats que tous les candidats présentés à l’employeur se devaient d’être qualifiés pour occuper le poste pour lequel leur candidature était proposée, mais que parmi les 4 ou 5 personnes référées, une seule serait embauchée.

Je crains malheureusement que cette affirmation véridique qui visait à rassurer les candidats à l’égard de la valeur de leur candidature n’ait pas toujours eu l’effet escompté. L’estime et la confiance en soi en prend pour son rhume, en recherche d’emploi: il est bien difficile de demeurer confiant lorsqu’on arrive bon deuxième, ou pire encore, lorsque nos envois de candidatures trouvent peu d’écho.

Parce qu’il est difficile de garder le moral et garder le cap en recherche d’emploi, voici quelques stratégies pour vous aider à mieux gérer vos émotions pour tenir la route:

Identifiez vos croyances, vos préjugés et vos peurs, puis chassez les conclusions négatives!

Vos pensées, vos émotions et vos actions sont liées. Les pensées négatives que vous entretenez face à la recherche d’emploi font naitre des émotions difficiles, qui déforment votre perception des événements, influencent vos actions et peuvent vous paralyser.

Nous avons tous des préjugés, tous les individus, tant candidats qu’employeurs ont leurs filtres, composés de leurs valeurs, de leurs croyances, lesquelles sont influencées par les expériences significatives de leur vie professionnelle. L’interprétation que l’on fera d’une situation particulière qui se manifeste dans un contexte de transition professionnelle sera aussi ponctuellement teintée par notre humeur, par les émotions que nous ressentons et les pensées qui nous animent.

On parle souvent de discrimination à l’embauche, celle exercée par les employeurs: on ne saurait trop déplorer de telles méthodes. À mon avis par ailleurs, ce qui représente un obstacle encore plus grand est souvent les préjugés qu’ont les candidats eux-mêmes, lesquels les amènent à parfois à dévaluer leur candidature ou sélectionner de façon discriminante les emplois auxquels postuler, les secteurs à explorer et les entreprises à découvrir.

Un exemple? Beaucoup de candidats me diront «Je ne peux pas postuler à cet emploi, on demande quelqu’un de bilingue, alors que je ne maîtrise pas parfaitement l’anglais».

Que signifie être bilingue pour vous?

A) Être en mesure de deviner l’essentiel du propos de votre interlocuteur et vous débrouiller pour vous faire comprendre?
B) Bien comprendre ce que dit votre interlocuteur et y répondre clairement, mais avec un vocabulaire limité?
C) Maîtriser parfaitement une langue seconde, en connaître les expressions idiomatiques, pouvoir le parler sans trace d’accent?

Dans les faits, le bilinguisme réfère à la capacité à s’exprimer dans deux langues à un degré de précision identique dans chacune d’elles. Très peu de gens pourraient s’enorgueillir de posséder une telle capacité. Plusieurs vous diraient que je suis «parfaitement bilingue», pourtant, loin de moi est l’idée de prétendre que mon vocabulaire anglais est aussi étendu que ma connaissance de ma langue maternelle.

«Être bilingue» ne signifie pas la même chose pour tout le monde. C’est un critère de recrutement qui est particulièrement sujet à un phénomène d’évaluation appelé «Interprétation du standard»: il s’agit d’un biais d’évaluation qui provient du fait que l’interviewer possède une compréhension inexacte de l’échelle d’évaluation ou ses propres connaissances en la matière biaise son jugement. En termes clairs, si l’interviewer maîtrise mal l’anglais, il est probable qu’il aura tendance à vous accorder une note plus forte qu’une personne qui serait parfaitement à l’aise dans cette langue.

Il est important de garder en tête qu’un affichage de poste décrit le candidat idéal. La personne embauchée est par ailleurs rarement idéale, règle générale, au moment de l’embauche, l’employeur devra faire certains compromis à l’idéal décrit, pour embaucher parmi les intéressés, le meilleur candidat disponible. C’est pourquoi en amont de vos démarches, il est pertinent d’examiner vos croyances relatives à votre offre professionnelle, afin d’évaluer si elles ne vous occasionnent pas des craintes injustifiées, qui freinent votre élan.

Nous entretenons tous aussi des préjugés à l’endroit de certains secteurs ou certaines entreprises. Je suis toujours étonnée de voir des chercheurs d’emploi demeurer à l’écart de certaines entreprises en raison d’une perception négative qu’ils ont acquis à partir d’information incomplète ou superficielle: «Même si cette entreprise XYZ figure toujours dans les palmarès de meilleurs employeurs, je n’ai pas l’intention de postuler là, parce que le beau-frère de mon voisin y a connu une expérience professionnelle malheureuse».

Au cours de vos démarches, il est également important de veiller à ne pas tirer trop rapidement des conclusions négatives qui mineraient votre confiance. J’ai trop souvent entendu des phrases du genre «J’ai laissé un message téléphonique à ce recruteur, s’il ne me rappelle pas, c’est sans doute parce que mon profil ne présente aucun intérêt». Il serait sans doute plus juste de croire que le recruteur est très sollicité et que le volume d’appel qu’il reçoit fait en sorte qu’il ne lui ait pas possible de donner suite à toutes ces communications. Dans les faits, il peut apprécier la valeur de votre candidature, mais ne pas communiquer avec vous parce qu’il n’a pas dans l’immédiat de mandat actif correspondant à votre profil»

Notez l’ensemble de vos peurs, de vos croyances négatives ou défaitistes, recherchez activement de l’information pour objectiver ces perceptions et analysez rigoureusement celles-ci. Vous réaliserez sans doute que dans bien des cas:

• votre perception est trop peu nuancée et que cette vision « en blanc et noir » ne traduit pas la réalité;
• que vous appliquez à tout un groupe (les employeurs) l’opinion d’une seule personne (un interviewer qui recherche un profil différent du vôtre) et que cette généralisation excessive ne peut soutenir une analyse approfondie;
• que vous rejetez le positif (vous étiez parmi les finalistes, votre candidature présente donc de l’intérêt);
• que vous focalisez sur le négatif (l’employeur m’indique que l’autre candidat a été retenu parce qu’il connaissait mieux les commandites, je n’ai aucune chance de me trouver un emploi, puisque je ne connais rien aux commandites)

Partez du bon pied et récompensez vos efforts, faites-vous plaisir!

Personne ne prétendra que la recherche d’emploi est facile ou amusante, bien qu’elle puisse parfois permettre des découvertes et des apprentissages intéressants. Pour maintenir une humeur positive, assurez-vous d’amorcer votre journée avec une activité agréable, satisfaisante, quelque chose qui vous apporte du bien-être ou un sentiment d’accomplissement. Certains seront énergisés par une marche matinale ou une brève rencontre avec un ami pour prendre un café. D’autres se sentiront d’attaque seulement si leur mise est soignée, comme s’ils devaient se rendre au travail. Si jouer avec votre chien est ce qui vous fait sourire, prenez le temps de débuter la journée de cette façon. Votre bonne humeur vous rendra plus productif, vous aurez vite regagné le temps consacré à vous faire du bien.

Planifiez vos journées et vos semaines (et n’oubliez pas d’intégrer des activités agréables dans votre nouvelle routine!)

La perte de la routine quotidienne au travail et des activités périphériques à celui-ci peut être très déconcertante. Prenez le temps de définir une nouvelle routine, utilisez un agenda pour organiser vos activités et répartir les tâches à accomplir, donnez-vous la peine d’attribuer des plages horaires spécifiques à chacune d’elles. Surtout, rayez les tâches complétées et n’oubliez pas de vous récompenser pour vos efforts!

Préparez-vous bien, puis osez coûte que coûte!

Lorsqu’une démarche à entreprendre vous parait pénible ou vous occasionne de l’anxiété il peut être tentant de remettre ou d’éviter indéfiniment cette éventualité. Si vous remettez sans cesse à l’agenda un contact à établir, il est probable que ce n’est pas par manque de temps, ou par manque de préparation, mais plutôt parce que cette démarche soulève vos peurs.

Si vous avez déplacé une activité plus de deux fois, tentez d’identifier la source de votre hésitation:
• Êtes-vous suffisamment préparé pour entreprendre cette démarche? Sinon, qu’est-ce qui pourrait compléter votre préparation?
• Qu’est-ce qui pourrait vous aider à surmonter votre crainte ou votre répugnance à entreprendre cette activité?
• Qu’est-ce que vous espérez accomplir par cette démarche? Votre attente des résultats de cette démarche est-elle réaliste?
• Quelle est la pire chose qui pourrait arriver si vous effectuez cette démarche de façon un peu maladroite?

Soignez votre santé et n’hésitez pas à demander de l’aide

Comme dit le proverbe, «Qui veut aller loin ménage sa monture». En recherche d’emploi, la distance à parcourir est très difficile à évaluer à partir de la ligne de départ: jusqu’au moment où a lieu l’embauche, nul ne peut prédire la durée d’une recherche d’emploi.

Pour tenir la route, c’est donc dès le départ qu’il faut intégrer dans votre quotidien des activités qui favorisent le bien-être et la détente:

• Accordez-vous des pauses fréquentes au cours de vos sessions de recherche d’emploi, quittez brièvement votre ordinateur et votre poste de travail pour bouger, vous étirer et respirer;
• Augmentez votre niveau d’activité physique – si vous êtes plutôt sédentaire habituellement, l’ajout d’une marche de vingt minutes trois fois la semaine vous apportera déjà certains bénéfices;
• Soignez votre alimentation, pas seulement ce que vous mangez, mais où et comment vous le consommez. Évitez de manger en travaillant, accordez-vous des pauses, prenez la peine de mettre une belle table ou préparez-vous un sandwich à consommer en piquenique au parc;
• Brisez l’isolement: lorsque vous étiez en emploi, vous partagiez votre quotidien avec des collègues, clients, fournisseurs. Gardez le contact avec vos proches, initiez vous-mêmes des activités à partager.

Surtout, si malgré l’intégration d’habitudes saines les aléas de la route font faillir votre santé, n’hésitez pas à consulter un médecin. Vous n’hésiteriez pas à consulter un mécanicien si vous croyiez que votre voiture a du mal à tenir la route…?

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Nathalie offre des services de transition professionnelle aux personnes insatisfaites de leur vie professionnelle, en perte d’emploi ou ayant subi une perte de capacités suite à une invalidité. Elle puise sa connaissance de l’employabilité et de la mobilité professionnelle de son expérience passée à titre de recruteur et de son évolution des 15 dernières années à titre de consultante en réadaptation et transition professionnelle.

Consultez son site web Lord & Complice.


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