Julie Caron-Malenfant (Institut du Nouveau Monde)

Polarisation et démocratie : quelle responsabilité pour les communicateurs?

par Julie Caron-Malenfant (Institut du Nouveau Monde), le 2 novembre 2021


Lors de ma dernière chronique «Aux urnes, communicateurs!», j’abordais le caractère vital «comme l’air qu’on respire», exceptionnel (seulement 8% de la population mondiale vit dans une démocratie) et non partisan de la démocratie. Même si on a souvent l’impression que ça va bien, cela ne veut pas dire que la démocratie n’est pas sous pression.

Les élections municipales ont lieu dans quelques jours à peine, soit le 7 novembre 2021. Au cours des derniers mois, nombreuses ont été les personnalités politiques du milieu municipal à faire le choix de mettre fin à leur carrière politique, notamment en raison de la haine dont elles sont victimes en ligne. Pour sensibiliser au phénomène, et éventuellement le combattre, la campagne provinciale «La démocratie dans le respect, par respect pour la démocratie» a été lancée par le milieu municipal.

En même temps, au Congrès américain s’accumulent des témoignages accablants sur l’attitude des dirigeants de Facebook (désormais Meta) à l’égard de son rôle dans la détérioration du climat politique. On accuse Facebook de privilégier le profit au détriment de la sécurité, et de recourir aux algorithmes pour amplifier les messages les plus polarisants qui sont aussi les plus payants en revenus publicitaires. On le sait, les gens heureux n’ont pas d’histoire et de tout temps, les bonnes nouvelles ne font pas les manchettes. Cela dit, il n’y a pas que Facebook qui fait la course aux clics.

Flirter avec les limites de l’acceptable pour trouver le meilleur titre, le meilleur slogan, pour susciter l’engagement des internautes est chose courante.

Ce faisant, mesurons-nous tous les impacts que cela peut générer dans le climat ambiant? Les algorithmes se nourrissent des données que l’on produit. Ils amplifient la popularité de certains messages, propulsés dans une vrille de clics. Ils contribuent à l’enfermement des individus dans des chambres d’écho, et à la création de bulles virtuelles qui ne communiquent pas entre elles.

Or, la nourriture des algorithmes, ce sont les messages produits par des utilisateurs. Et ces utilisatrices et utilisateurs, ce sont des citoyennes et citoyens certes, mais aussi des stratèges, des spécialistes des communications, qui ont à cœur de promouvoir leurs messages, leur cause, leur mission. Messages, causes et missions qui sont en grande majorité fondés et légitimes.

Un peu de bienveillance dans le Far West
À défaut d’être encadrée, la sphère numérique est un véritable Far West. Pour le moment, les plateformes ont encore tout le loisir de faire ce qu’elles veulent. Tantôt, elles modifient leurs algorithmes, tantôt, elles forment un comité de surveillance pour se faire ramener dans le droit chemin. Malgré l’énorme responsabilité des plateformes, et sans vouloir les excuser, celles-ci amplifient, propagent, propulsent et décuplent l’impact de messages que nous tous contribuons à créer. Ne l’oublions pas : les responsables d’un message, ce sont d’abord les personnes qui les formulent.

Gare à celles et ceux qui cherchent des solutions faciles. L’encadrement de la sphère numérique ne peut pas reposer sur les seules épaules des plateformes, ni même que des personnes qui utilisent leurs services. Ils sont à la fois juges et parties, et enfermés dans une logique transactionnelle prestataire de services / client. On ne souhaite pas non plus que le gouvernement agisse en police de la pensée comme le dépeignait George Orwell dans son mythique 1984.

À cet effet, la Commission canadienne de l’expression démocratique - sur laquelle j’ai eu le privilège de siéger - a proposé une série de recommandations à l’hiver 2021, incluant la création d’un Conseil des médias sociaux, composé d’organisations de la société civile et de simples citoyens incluant ceux qui n’utilisent pas les plateformes. Est-ce que le gouvernement fédéral ira dans ce sens? En tout cas, son intention avant les élections fédérales était de resserrer l’encadrement des réseaux sociaux. Voyons ce que les prochains mois nous réservent.

À défaut d’avoir des règles claires, agissons comme productrices et producteurs de contenus responsables. Les entreprises, en bonnes citoyennes corporatives, ont un rôle à jouer dans le fonctionnement de la société. Associer sa marque à un message positif et rassembleur, n’est-ce pas le souhait de toute personne qui dirige une organisation? Pourquoi ne pas contribuer activement à une culture d’ouverture, de bienfaisance? La provocation a certes des avantages, mais aussi des effets délétères. Mieux vaut nourrir la bête (les algorithmes) d’aliments sains plutôt que de la laisser s’empiffrer de calories vides.

Pour en revenir à la démocratie, celle-ci ne peut exister que si nous nous entendons collectivement sur ses règles, ses institutions. On attribue à Winston Churchill cette citation : «La démocratie est le pire des régimes, à l’exception de tous les autres déjà essayés dans le passé». Notre démocratie est perfectible, c’est vrai. Encore faut-il, pour l’améliorer, être capable d’avoir une discussion civilisée sur ses travers et les moyens d’y répondre. De voter pour des personnes en qui nous avons confiance pour réformer le système de l’intérieur. Refuser de jouer dans le film des discours polarisants, même sur des sujets qui semblent éloignés de la démocratie, c’est déjà un pas vers le dialogue. Parce que comme le suggérait le philosophe grec Anaxagore, «tôuttt est dans tôuttt» (ce n’est pas moi qui le dis, c’est Raul Duguay).

Vous avez délibérément tenté de mettre en place des initiatives positives pour combattre la haine, la polarisation ou l’intimidation en ligne? Vous avez frappé un mur en refusant de tomber dans la provocation? Partagez vos expériences en m’écrivant à [email protected]

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Aux urnes, communicateurs!

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