Marco Bérubé (MOBUX)

L’entrepreneur et l’athlète, même combat ?

par Marco Bérubé (MOBUX), le 26 février 2021


Cet article a précédemment été publié sur le blogue de Mobux.

Bientôt 13 ans que je suis entrepreneur. 13 ans d’instabilité. De gros hauts et de gros bas. De cris de joie et de pleurs.

Depuis quelques mois, j’ai changé de nombreuses habitudes de vie, et je commence tranquillement à redéfinir ce qu’est, selon moi, un bon entrepreneur.

Avec la venue des médias sociaux, l’exposition de façade est devenue quotidienne, et l’entrepreneuriat est devenu une mode. Dans mon temps, tu avais des « fresh », des « pouelles », des « preps »... aujourd’hui tu as des entrepreneurs, des « hustlers », etc.

La grande tendance de l’entrepreneuriat moderne, c’est le #hustle : « oh mon dieu que je travaille fort, je travaille 16 heures par jour, 7 jours sur 7. » Les gens sont fiers de travailler sans relâche, et le travail constant devient LA clé du succès.

Je l’ai testé… avec un succès certain. J’ai vite réalisé, par contre, que travailler beaucoup d’heures n’égale pas être productif. J’ai donc commencé à analyser le mode de vie de différents types de gens afin de voir lesquels ont celui qui est le plus productif. J’ai regardé les docteurs, les militaires, les cols bleus, les professeurs… sans trouver la recette parfaite.

Et puis, je me suis attardé aux athlètes sportifs. Plus j’analysais leurs habitudes, et plus je faisais des comparaisons intéressantes entre les athlètes et les entrepreneurs. Également, plus j’approfondissais le sujet, plus je constatais que les entrepreneurs ont, pour la plupart, des comportements malsains et contre-productifs.  

Premièrement, regardons un peu l’horaire d’un #hustler. Sans avoir un horaire précis, beaucoup se reconnaîtront dans la description :

L’entrepreneur se réveille, regarde toutes ses notifications et se dit « oh là là, ce sera une grosse journée, encore ! » Une douche rapide, un café et le boulot commence rapidement.

Les réunions, les courriels, les appels se suivent. Des rencontres avec des clients, des pitchs de vente, des déplacements, des soumissions, de la rédaction, etc… Tout cela à un train d’enfer, en mangeant sur le pouce ou pas du tout. Cette tempête continue comme ça jusqu’à tard le soir… L’entrepreneur se couche très tard, en sachant qu’il n’aura pas toutes les heures de sommeil nécessaire pour sa journée de demain, mais c’est pas grave, le café existe pour ça. Et le manège recommence le lendemain, et le jour d’après, et le jour d’après.

Voici maintenant les comportements que j’ai observé chez un athlète pour un jour de match.

L’athlète se réveille, déjeune, s’hydrate. Il commence sa journée doucement et de la bonne façon, car il sait que sa journée sera longue. Il s’entraîne le matin, mais prend ensuite le temps de bien manger et de reposer ses muscles. Durant l’après-midi, il fait des séances vidéos pour voir ce qu’il peut améliorer dans son jeu et il en profite pour analyser le jeu de l’adversaire de ce soir. Ensuite, il retourne à la maison pour voir sa famille et faire un petit dodo avant le match.

S’ensuit une petite collation d’avant-match, suivie d’une bonne période d’échauffement pour éviter les blessures. Son match commence, il y va à fond la caisse.

Le match terminé, il fait un « debrief », prend un bon repas, et retourne à la maison pour dormir et bien récupérer.

 Les jours suivants varient. Il a des jours de match, des jours d’entraînement et des jours de repos. C’est une version imagée de l’horaire, mais vous comprenez le raisonnement derrière. 

Maintenant, posez-vous les questions suivantes :

  • Est-ce que l’athlète pourrait jouer des matchs tous les jours ?
  • Serait-il plus ou moins performant s’il avait une mauvaise alimentation ?
  • Serait-il plus ou moins performant s’il dormait moins ?
  • Aurait-il plus ou moins de chance de se blesser s’il ne s’entraînait jamais ou s’il ne s’étirait pas avant les matchs ?

Nous avons toutes les réponses à ces questions. Il est évident que les performances de l’athlète seraient fortement réduites s’il n’avait pas un mode de vie sain et optimal.

Vous me voyez venir… 

ALORS POURQUOI CE SERAIT DIFFÉRENT POUR UN ENTREPRENEUR ?

C’est faux de penser que parce que nous travaillons plus, nous obtenons plus de résultats. Nous avons le sentiment d’être productif parce que nous sommes occupés, mais ce n’est qu’une illusion.

Le but de cet article n’est pas de comparer l’entrepreneur à l’athlète, mais plutôt d’imaginer l’impact que cela pourrait avoir si l’entrepreneur se fixait un horaire comme un athlète. Les principales activités seraient :

  1. Entraînement
  2. Alimentation
  3. Vie sociale
  4. Étirement
  5. Match
  6. Analyse et statistiques
  7. Repos et récupération

C’est ce que j’essaye de faire depuis plusieurs mois et j’ai envie de vous faire découvrir mon quotidien depuis.

Entraînement
Ce sont ici toutes les tâches nécessaires que je dois faire au jour le jour : réunions, courriels, appels, rédaction d’offres de service, facturation, etc.

Je me prévois une plage horaire tous les jours pour faire mon « entraînement ». J’y suis concentré et je m’y applique.

Également, dans mon entraînement, j’inclus ma formation continue, qui est essentielle à mon développement d’entreprise. Webinaires, formations, lecture de livres, etc. 

Cependant, je me pose toujours la question si mon « programme d’entraînement » est adapté à ma réalité et à mes besoins. Autrement dit, est-ce que je peux sous-traiter ou déléguer des trucs qui ne m’apportent pas de valeur ?

Alimentation
J’ai très (trop) longtemps vécu dans le déni par rapport à l’alimentation, mais jamais un athlète ne pourrait se permettre de mauvaises habitudes alimentaires sur une longue période. 

Malbouffe, jeûne, alcool, repas sur le pouce, surconsommation de café, j’avais toutes ces habitudes. 

Pouvez-vous imaginer un athlète de haut niveau qui n’a pas mangé de la journée, mis à part 6 cafés et un sandwich de dépanneur, et qui essaye de performer ? IMPOSSIBLE.

Depuis plus de 2 ans, j’ai cessé toute consommation d’alcool, je prends le temps de manger un repas complet pour dîner,  je soupe maintenant à des heures raisonnables, et les résultats sont fabuleux. C’est hyper quétaine de dire ça, mais c’est vrai que nous sommes ce que nous mangeons… nous mangeons mal, nous travaillons mal. C’est interrelié. Donc, aucune excuse de ne pas prendre 30 minutes pour dîner. Vous récupérerez ces minutes en productivité dans l’après-midi !

Vie sociale
Passer du temps avec ses proches fait du bien. Cela permet de prendre du recul sur son travail et d’avoir les idées claires. 

Tout comme les athlètes, on doit éviter les mauvaises fréquentations. Ces personnes vous éloignent de vos objectifs. Je parle ici des fêtards, des irresponsables, des profiteurs, des jaloux et des gens négatifs.

S’entourer des bonnes personnes vous permettra d’être plus productif et concentré sur votre entreprise.

Étirements
Les étirements sont l’équivalent de la préparation à mes rencontres, à mes coachings, à mes pitchs de vente et mes formations.  J’arrive toujours à l’avance, je me prépare mentalement à la tâche qui s’en vient, j’ai ma documentation prête et je visualise l’objectif que je veux atteindre.

Match
C’est le moment le plus important de ma journée, celui pour lequel je suis payé. Je limite mes distractions au maximum (téléphone, notifications, etc.), je donne tout ce que j’ai et je m’efforce de me concentrer à 100 % sur ma performance. 

Également, j’essaye de ne pas planifier trop de matchs dans la même journée, car je sais que cela est épuisant mentalement.

Analyse et statistique
Après ma performance, je fais un retour et analyse ce qu’on peut améliorer. C’est un processus essentiel afin de voir les lacunes et modifier l’entraînement ou les étirements pour être plus performant.

Aussi, c’est toujours plaisant de regarder nos stats pour voir qu’on a bien performé et se donner une petite tape dans le dos ! 

Repos et récupération
La dernière étape est essentielle, et trop souvent banalisée. Avant, je dormais 5 - 6 heures par nuit, me couchant très tard pour terminer tout le travail à faire. Maintenant, je vais très rarement au lit après 23 h.  Je dors minimum 7 heures, et plus je dors de bonnes nuits de sommeil, plus je suis productif le lendemain.

Donc, plutôt que de rester debout jusqu’à minuit pour finir un dossier, et de me réveiller fatigué,  je me couche plus tôt, je prends du repos, et je réalise très vite que le travail qui m’aurait pris 2 heures hier soir ne m’en a pris que 45 minutes ce matin !

Après quelques mois à tenter d’instaurer du mieux que je peux cet horaire à ma vie d’entrepreneur, je réalise plusieurs choses intéressantes. Voici mon constat.

La routine est la clé #1
Encore une fois, cela me surprend moi-même, mais je réalise que plus j’ai un horaire stable, plus je suis performant. On parle souvent du fait qu’un entrepreneur se doit de s’ajuster en temps réel, j’en suis bien d’accord… « adapt or die » qu’on dit.

Un athlète va s’adapter durant son match, quand la situation le demande, car il fait face à de l’adversité. Cependant, posez-vous encore la question suivante : est-ce qu’il va changer son alimentation ? Toutes ses séances d’entraînement ? Non ! Il a une routine qui lui permet de se concentrer sur son match, et de s’adapter si besoin est !

Bloquez dans votre horaire des périodes pour vos entraînements, vos matchs, même vos périodes de repos et vous verrez les résultats positifs très rapidement !

Est-ce que c’est facile ? Non. 

Est-ce que l’athlète passe des périodes plus difficiles ? Absolument. 

La routine permet de stabiliser les périodes plus difficiles, elle nous permet de garder nos repères.

La clé #2 : la discipline
On ne peut pas réussir tout cela sans discipline. C’est trop facile de « skipper » un entraînement, de rester au boulot plus longtemps quand on devrait être en famille, de sauter un repas parce qu’on est vraiment trop pressé... On se doit d’être discipliné dans notre routine, comme le serait un athlète. Manquer un entraînement impacte négativement notre match, ce qui entraîne un cercle vicieux d’insatisfaction et de « courage après sa queue ».

Maintenant que je vous ai fait part de mes constatations, êtes-vous prêts à l’essayer ?

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