Jean-Philippe Georges (MultipleMedia)

Portrait de femmes en agence Web

par Jean-Philippe Georges (MultipleMedia), le 7 novembre 2018


Entretien avec Mira Ferkal, intégratrice Full Stack chez MultipleMedia.

Peux-tu nous parler de ta formation ?

J’ai commencé par faire une petite formation d’été, où on nous a montré quelques outils de design, principalement les produits de la suite adobe type Photoshop, Illustrator et InDesign. On nous avait fait une introduction au web aussi, au HTML et à Flash. A l’époque, on en faisait beaucoup [rires]. Mon premier site était en flash, j’étais très fière. Du coup, j’avais trouvé ça cool.

Ensuite, je me suis inscrite dans une école en alternance pour apprendre à programmer : un an, diplôme en accéléré. Après ce diplôme, je me suis inscrite dans une autre école pour devenir chef de projet technique. J’y ai suivi tous les cours techniques, très peu de design ou d’infographie.

Je me souviens que lorsque j’ai obtenu mon diplôme, il n’y avait qu’une seule autre femme avec moi, pour un total de 40 étudiants en début de formation.

Décris-nous ton poste chez MultipleMedia. Doit-on dire développeuse ou intégratrice Full Stack ?

En fait, la définition de Full Stack est très récente. J’en ai beaucoup parlé avec mes amis développeurs. C’est encore mal défini. De mon point de vue, il s’agit de quelqu’un qui peut gérer des interfaces back end et front end. Il doit pouvoir s’occuper de l’ensemble des aspects d’un projet de taille raisonnable, tout seul. Ma notion de Full Stack ne s’arrête pas juste à la programmation ; c’est aussi avoir l’intelligence de comprendre la logique du projet : un peu de stratégie, un peu de SEO… Pour finir, comprendre la totalité des ramifications d’un projet et ce que cela implique afin de se l’approprier. Les solutions que je propose doivent être modulables, flexibles. On ne peut pas se permettre de proposer des solutions trop rigides. C’est rare de voir un projet figé dans le temps.

Tout cela est nettement plus important que l’aspect purement technique. Un langage de programmation, tu le maitrises ou non ; il y a toujours une certaine logique, un schéma qui se répète, peu importe l’outil que tu utilises. Une fois que tu as apprivoisé la logique, l’apprentissage de nouveaux outils devient une formalité.

Existe-t-il des frictions, par moment, avec les gestionnaires de projet ?

Oui, forcément. Bien entendu, il y a des limites à respecter quant au rôle de chacun, mais au final, nous sommes ceux qui produisons concrètement le projet. C’est sûr que nous avons toujours plus de perspectives que le chargé de projet. Rien à voir avec les compétences ou l’expérience, mais plutôt avec le fait que lorsque l’on met les mains dans le cambouis, on sait ce qui peut se passer.

On identifie des choses imprévues lors de la planification d’un projet. C’est aussi pour cela qu’il est important d’être flexible, souple. Le rôle des chargés de projet est justement d’apporter cette souplesse et de parer aux éventualités.

Malgré tout, tu ne peux pas demander quelque chose à un développeur si tu ne sais pas programmer toi-même. C’est difficile de programmer, ce n’est pas un métier facile. Chaque projet sur lequel tu travailles devient ton bébé. Les développeurs présentent un fort sentiment d’appropriation.

La réalité du monde du développement en termes de représentation féminine ? Y a-t-il beaucoup de femmes développeuses ?

Pas trop. Ce n’est pas comme s’il n’y en avait aucune. J’en ai rencontré quelques-unes, cela m’avait surprise d’ailleurs !

Pourquoi cela t’avait-il surprise ?

Parce que l’on a toujours le stéréotype d’un travail de gars, de geek, que c’est un truc de mec. Ce n’est pas forcement mauvais ou bon en soit. C’est juste un peu difficile parfois de s’adapter. Ça va un peu de pair avec certaines personnalités. Il existe des programmeurs, qui font uniquement du back end, de la grosse programmation. Je n’ai jamais vu une femme faire ça. Ce sont des personnalités très solitaires, peu communicatives.

Ce n’est pas une question de sexe cela, si ?

Non, en effet. Mais quand tu es une femme et que tu arrives dans une équipe où il n’y a que des gars comme ça, cela peut être difficile.

Serait-ce lié au fait que c’est historiquement très masculin et que cela est plus compliqué pour une femme de s’intégrer ?

Oui. Il s’agit plus d’une barrière d’entrée. Ce sont des métiers pour lesquels la communication est moins importante, certes, mais tu as quand même besoin de communiquer, donc de t’intégrer. Cela a toujours était dur pour moi.

Parce que tu es une femme ?

Franchement ? Je ne sais pas. En revanche, c’est un peu comme une double peine. Être nouvelle et être une femme. Cependant, après cette période d’adaptation, mes expériences se sont toujours très bien passées. J’imagine que cela doit être le cas dans n’importe quel métier.

Par contre, pour être honnête, j’ai toujours eu l’impression qu’au niveau reconnaissance de mon travail, il y avait une différence. Vu que c’est un métier technique, c’est comme s’il fallait que je fasse un petit peu plus mes preuves que les hommes. Et c’est vrai pour n’importe quelle femme dans un monde technique (mécanique, scientifique… etc.). Un petit effort à faire en plus pour que l’on te fasse confiance, pour que l’on reconnaisse tes compétences. Pour obtenir de la crédibilité.

Y a-t-il des avantages/désavantages à être une femme dans un métier technique.

Honnêtement, oui et non. Pour les désavantages, on en a parlé avant. Pour ce qui est des avantages, certains vont tomber dans le stéréotype et dire que les femmes sont mieux organisées et que cela est un réel atout dans ce métier, être capables de jongler avec diverses tâches, mais bon, cela tient plus à la personnalité qu’au sexe.

Doit-on embaucher plus de femmes au poste de développeurs ?

Pas forcément. Il faut surtout embaucher des personnes compétentes et, chose rare dans ce métier, humbles. C’est très difficile de trouver un développeur qui sache faire preuve d’humilité. Les pires prises de bec que j’ai eu dans ma vie étaient avec des amis développeurs sur des points techniques. C’était l’enfer. Les développeurs ont l’impression de tout savoir et de tout pouvoir faire.

Des différences de salaires entre les hommes et les femmes ?

Oui. Tout à fait. Même dans notre métier, qui est technique et qui permet de voir très rapidement les compétences de quelqu’un. Ce n’est pas un secret. C’est un peu partout pareil d’ailleurs. Cependant, ici au Québec, la différence se réduit de plus en plus. C’est beaucoup plus régulé, on fait plus attention qu’en France par exemple.

Pour finir, un mot pour les jeunes qui souhaitent devenir intégratrice/intégrateur Full Stack ?

Il existe deux écoles de pensée : celle qui dit qu’il faut se spécialiser dans quelque chose et tenir le cap. Tu es développeur back end, tu ne fais que du back end.

La seconde école quant à elle préconise de toucher à tout. Le problème avec cette ligne directrice réside dans le fait que tu ne deviennes expert en rien. En tout cas, que cela soit perçu comme tel. C’est ça le risque. Avant de choisir de devenir intégratrice Full Stack, j’ai hésité un bout de temps. Je ne voulais pas être considérée comme étant « moyenne ».

La définition de ce poste est encore trop floue pour pouvoir affirmer qu’il faille pousser ou non dans cette direction.

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