Richard Leclerc (Publici-Terre)

Histoire Publici-Terre : Opération Re-Sac de Provigo

par Richard Leclerc (Publici-Terre), le 10 janvier 2018


1990 — début de la sensibilisation à la réutilisation des sacs. Conception : Richard Leclerc et Luc Mérineau.

Alors que la Ville de Montréal a adopté un règlement interdisant la distribution de certains sacs d’emplettes à compter du 1er janvier 2018 dans les commerces de détails et que Garnotte, caricaturiste du journal Le Devoir, propose une caricature portant sur ce sujet ce 3 janvier, rappelons que j’avais innové en cette matière au début des années 1990 avec l’Opération Re-Sac, conçue pour Provigo.

La petite histoire : j’avais loué pour une semaine une maison et une voiture en France. Je me suis rendu à l’épicerie pour acheter des victuailles et, rendu à la caisse, j’ai appris qu’il n’y avait pas de sac pour emballer mes achats. Je suis donc sorti avec mon panier dans le stationnement et j’ai tout mis en vrac dans le coffre de la voiture. Je venais cependant de comprendre, à une époque où on commençait à être sensibilisé à l’environnement, qu’on pouvait diminuer le nombre de sacs à l’épicerie en les réutilisant.

Caricature de Garnotte parue dans Le Devoir, le 3 janvier 2018 L’image qui m’a rappelé le concept de l’Opération Re-Sac Un souvenir impérissable !

De retour à l’agence de publicité où je travaillais, je partage mon idée avec Luc Mérineau, codirecteur de création : pourquoi on ne proposerait pas à la chaîne d’épiceries Provigo, qui est notre client, d’inviter les consommateurs à réutiliser leurs sacs et même à leur remettre 5 ¢ par sac de papier et 3 ¢ par sac de plastique réutilisés ? C’est ainsi que nous avons créé l’Opération Re-Sac, avec le slogan Donnons une chance à l’environnement. L’idée a été bien reçue, mais elle n’a pas été réalisée immédiatement. Notre client, Paul Lafortune, était enchanté, mais ses patrons ne voyaient pas d’urgence, jusqu’à...

On entend dire à l’agence, un jeudi, qu’un concurrent de Provigo se prépare à lancer une opération semblable le dimanche qui vient. On tente de rejoindre immédiatement Paul pour l’informer, mais il est en réunion avec des membres de la direction. On insiste pour lui parler. Il sort de sa rencontre. Informé, il retourne aussitôt voir les dirigeants de la chaîne et une décision est aussitôt prise : il faut annoncer l’Opération Re-Sac avant le concurrent, le samedi !

Branle-bas de combat à l’agence ! Pour paraître dans les journaux du samedi, il faut réserver avant 17 h le jeudi et livrer le matériel le lendemain. Le client nous demande d’être dans le cahier A de La Presse du samedi, mais notre service média n’y parvient pas. Membre du conseil d’administration du Publicité-Club de Montréal, j’appelle le trésorier de l’association, qui est aussi le vice-président finance de ce journal... et j’obtiens la page A5 ! C’est ça la force d’un réseau. Au studio de l’agence, on doit adapter notre concept aux différents formats des journaux en province et envoyer le matériel par messagerie express, avec livraison le lendemain, à Québec, Trois-Rivières, Sherbrooke, Hull, Chicoutimi, Rimouski... et en anglais pour The Gazette. C’est vraiment la folie !

Samedi matin. La publicité est publiée dans tous les journaux. Je me rends alors à « mon » Provigo de La Prairie, où j’habite, avec mes vieux sacs de papier. Quand j’arrive à la caisse, on me regarde comme si j’étais un extra-terrestre. J’explique le concept à la caissière, qui appelle le gérant, à qui je répète ma petite histoire...

Nous avions peut-être damé le pion à la concurrence en lançant l’Opération Re-Sac avant la concurrence, mais les dirigeants de Provigo n’avaient pas eu le temps d’en aviser tout son personnel le vendredi. Pas d’affiche, pas de sac avec le logo de l’Opération Re-Sac dans les magasins, bref personne n’était au courant ! Il a fallu trois semaines avant d’obtenir les premiers sacs de papier et de plastique avec le message, une semaine avant d’accrocher des affiches. On a aussi conçu un sac réutilisable qui est arrivé au moins un mois plus tard...

Constat : il était trop tôt. Cette proposition de réutiliser ses sacs n’a pas vraiment fonctionné, ni chez Provigo, ni chez le concurrent. Puis des sacs de papier ou de plastique ont quand même une durée de vie limitée. Une fois qu’un sac de papier a été mouillé par exemple, il est affaibli et j’ai moi-même vécu la désagréable expérience d’un sac plein qui défonce. Lentement cependant, on a vu des gens commencer à apporter des sacs réutilisables dans les épiceries. Les marchands ont commencé à en donner ou à en vendre. Certaines chaînes d’épicerie, comme Héritage et Maxi, propriétés de Provigo, ont cessé de donner des sacs de papier ou de plastique, mais à les vendre...

Prix de consolation : malgré des résultats plutôt mitigés, j’ai présenté ce concept à quelques concours. Il a remporté un certificat d’excellence au Concours VERT organisé le Centre de Design de l’UQAM, décerné par un jury présidé par Frédéric Metz, une personne que j’ai toujours estimé, que j’ai eue comme prof quand j’étudiais à l’UQAM autour des années 1975 et que mon fils Julien a eu à son tour 35 ans plus tard.

Près de 30 ans plus tard, les habitudes ont changé. Aujourd’hui, de nombreux consommateurs utilisent des sacs réutilisables à l’épicerie, mais aussi dans d’autres commerces. Personnellement, je le fais depuis que j’ai lancé cette campagne. Quand je passe acheter quelques articles, généralement emballés, dans des petits commerces et qu’on m’offre des sacs, je réponds, comme le font certains fumeurs : Non merci, j’essaie d’arrêter !

En ce début d’année, la Ville de Montréal applique ce nouveau règlement sur les sacs de plastique. Souhaitons que ça se généralise, ici comme ailleurs. Surtout quand on sait que dans la plupart des cas, les plastiques qui ont été produits depuis la fin du XIXe siècle sont toujours présents dans notre environnement. En consultant ce tableau, vous constaterez que le temps de décomposition d’une bouteille de plastique varie de 100 à 1000 ans, qu’un sac de plastique prend 400 ans et que le polystyrène met 1000 ans !


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