L'IA redéfinit les emplois de premier échelon

Le marché du travail semble se scinder en deux vitesses sous l'effet de l'intelligence artificielle.

Selon de nouvelles données du Indeed Hiring Lab, les employeurs britanniques accordent une importance grandissante aux travailleur·euses expérimenté·es qui maîtrisent l'IA, à mesure que les entreprises adoptent ces outils. Cette tendance relève la barre pour les professionnel·les en début de carrière. Au Royaume-Uni, la part des offres d'emploi destinées aux nouveaux et nouvelles diplômé·es est tombée à son plus bas niveau depuis 2020, alors même que les métiers les plus exposés à l'IA, comme le développement logiciel, les TI et le génie, se portent mieux que le reste du marché de l'emploi.

Jack Kennedy, économiste principal au Indeed Hiring Lab, explique que la récente hausse des embauches en développement logiciel s'est concentrée sur les postes seniors et les spécialistes de l'IA, ce qui laisse croire que les employeur·euses privilégient l'expérience et la maîtrise de l'IA plutôt que l'embauche massive de jeunes talents. Selon lui, la combinaison de compétences devient donc plus déterminante que jamais.

Un marché faible, sauf quand l'IA entre en jeu
L'embauche demeure globalement timide au Royaume-Uni, avec des offres d'emploi 11% sous leur niveau du début de 2026. Mais ce ralentissement s'inverse dès que les compétences en IA font partie de l'équation.

Même si le recrutement reste faible dans plusieurs professions de bureau, les offres d'emploi qui mentionnent explicitement l'IA continuent de progresser, selon Indeed. C'est le cas notamment en ressources humaines, en gestion, en marketing et en finance : les offres liées à l'IA augmentent dans ces domaines, même si le nombre total d'offres y diminue.

Kennedy note que la relation entre l'exposition à l'IA et la demande d'embauche s'est inversée : les métiers les plus touchés par l'IA affichent désormais, en moyenne, une croissance plus forte du recrutement. Ce phénomène ne se limite pas au développement logiciel, précise-t-il, mais touche aussi d'autres professions exposées à l'IA.

L'expérience et la maîtrise de l'IA, des critères de plus en plus recherchés
Ces données suggèrent que les employeur·euses recherchent avant tout de l'expérience et une bonne maîtrise de l'IA. Puisque l'IA prend de plus en plus en charge les tâches de programmation routinières, Kennedy souligne que les entreprises accordent davantage d'importance à l'ingénierie de requêtes (prompt engineering), à la révision de code et au contrôle de la qualité, en complément de l'expertise technique traditionnelle.

Pour les personnes en recherche d'emploi, particulièrement celles en début de carrière, investir dans cette combinaison de compétences serait la meilleure façon de s'adapter à un marché en pleine transformation. Kennedy ajoute que démontrer une compétence réelle en IA, combinée à de solides aptitudes techniques, créatives et de résolution de problèmes, devient de plus en plus ce qui distingue les candidat·es qui progressent de celles et ceux qui stagnent.

Notre regard
Les constats d'Indeed viennent nuancer le discours voulant que l'IA s'apprête à éliminer massivement des emplois. Depuis l'arrivée de l'IA générative, économistes et dirigeant·es d'entreprises spéculent sur son potentiel à automatiser les tâches des travailleur·euses de bureau, rendant plusieurs postes obsolètes. Les ingénieur·es en logiciel ont particulièrement été pointé·es du doigt. Bien que des études suggèrent que les postes en programmation sont fortement exposés à l'automatisation, cela ne signifie pas nécessairement qu'ils risquent de disparaître. L'IA transforme plutôt la nature même du travail.

Pour les personnes qui développent des logiciels, cela se traduit par moins de temps passé à écrire du code et davantage de temps consacré à réviser, peaufiner et valider ce que l'IA produit. La même dynamique se déploie dans des domaines comme le marketing et la publicité, où les professionnel·les mettent de plus en plus leur expertise au service de la révision du travail généré par l'IA plutôt que de la création à partir de zéro.

Ce virage indique que la littératie en IA devient un atout de plus en plus important pour décrocher un emploi, particulièrement pour les jeunes diplômé·es qui entrent sur un marché du travail où les occasions de premier échelon semblent se raréfier. Cela soulève néanmoins des questions sur la qualité du travail lui même : réviser du contenu généré par l'IA n'est peut être pas aussi satisfaisant que de créer quelque chose d'original, et il reste à voir si les travailleur·euses accepteront volontiers ce compromis.

Source: The Deep View