Pour les jeunes hyperconnecté·es, l'intelligence artificielle a dépassé son rôle d'outil pour les devoirs ou la création. De plus en plus, les adolescent·es se tournent vers les agents conversationnels pour obtenir du soutien émotionnel.
Une étude sur les besoins non comblés
Un nouveau rapport de Hopelab et du Center for Digital Thriving révèle que les adolescent·es se tournent souvent vers les chatbots pour aborder des sujets émotionnels lorsqu'ils se sentent incapables (ou peu disposés) à s'appuyer sur les personnes de leur entourage pour trouver du réconfort.
Les chercheur·euses ont interrogé 30 adolescent·es et jeunes adultes âgé·es de 14 à 22 ans, incluant des personnes LGBTQ+ et des personnes de couleur, sur leur expérience avec des outils d'IA générative comme ChatGPT, Claude et Gemini. L'échantillon comprenait à la fois des utilisateur·trices fréquent·es de l'IA et des jeunes réfractaires à l'idée d'utiliser un chatbot pour du soutien émotionnel.
Se sentir plus compris·e par une machine que par son entourage
Les chercheur·euses ont constaté que les jeunes qui se tournent vers l'IA pour du soutien s'y sentent souvent plus compris·es, plus validé·es et pris·es davantage au sérieux que par les gens qui les entourent. Six grands thèmes se dégagent de cette recherche :
- Ils·elles ne veulent pas alourdir le fardeau de leurs ami·es et de leur famille avec leurs difficultés.
- Les chatbots ne les jugent pas et n'utiliseront pas leurs secrets contre eux.À
- L'IA répond comme si elle comprenait des expériences que d'autres ne pourraient pas saisir.
- L'IA est disponible en tout temps, dès qu'ils en ont besoin.
- Certain·es perçoivent les chatbots comme des tiers neutres, même en reconnaissant qu'ils peuvent parfois chercher à plaire à tout prix à l'utilisateur·trice.
- L'IA offre des conseils concrets, étape par étape, pour traverser des émotions difficiles.
Un phénomène qui s'inscrit dans une tendance plus large
Ces résultats s'ajoutent à un corpus grandissant de recherches sur la façon dont les jeunes gèrent leur vie sociale et émotionnelle avec l'aide de l'IA. Un sondage du Pew Research Center a révélé que 12% des adolescent·es américains ont déjà utilisé l'IA générative pour obtenir du soutien ou des conseils émotionnels, tandis qu'une étude menée par Surgo Health et la Jed Foundation a établi qu'environ un·e jeune sur huit ayant rapporté des difficultés en santé mentale en avait discuté avec un chatbot.
Comprendre les besoins plutôt que seulement limiter les risques
Ce rapport soulève des questions plus larges sur la façon dont l'IA pourrait façonner les relations et le développement émotionnel des jeunes. Les risques précis demeurent encore mal définis. Mais plutôt que de se concentrer uniquement sur les dangers potentiels de l'IA, les auteurs du rapport soutiennent qu'il est essentiel de comprendre quels besoins non comblés poussent les jeunes vers les chatbots. Selon les chercheur·euses, l'IA pourrait potentiellement compléter les relations humaines plutôt que de leur faire concurrence.
Les chercheur·euses écrivent que les expériences et les motivations des jeunes doivent demeurer au cœur des réflexions à mesure qu'on établit des normes pour un usage plus sécuritaire de l'IA. Ils·elles avertissent que se concentrer uniquement sur la limitation des risques, sans comprendre pourquoi les chatbots paraissent parfois plus sécurisants, plus bienveillants ou plus compétents que les humains dans la vie des jeunes, risquerait de les éloigner de l'IA sans pour autant leur offrir de meilleures solutions humaines de rechange.
Une frontière de plus en plus floue
La ligne entre les interactions humaines et les interactions avec une machine commence à s'estomper à mesure que l'IA s'infiltre dans la vie personnelle des utilisateur·trices. Certain·es s'en servent pour texter, flirter ou naviguer des conversations difficiles. D'autres développent carrément des amitiés, voire des relations amoureuses, avec des compagnons IA. Les jeunes ayant grandi avec un accès illimité à Internet sont particulièrement susceptibles de s'investir dans l'IA à ce niveau de profondeur.
Une étude a d'ailleurs révélé que les jeunes qui rapportent de la solitude ou de la difficulté à se faire des ami·es sont plus susceptibles d'utiliser l'IA pour du soutien social et émotionnel. À mesure que les IA capables de réagir émotionnellement se généralisent, les chercheur·euses se demandent de plus en plus comment ces interactions pourraient redéfinir les attentes en matière d'amitié et d'intimité.
Ces questions ne feront que gagner en urgence à mesure que l'IA deviendra plus humaine. OpenAI, par exemple, a récemment modifié son mode vocal avancé pour qu'il bégaie, fasse des pauses et écoute plus attentivement, rendant les conversations plus naturelles. Alors que les IA sont entraînées à devenir plus sensibles sur le plan émotionnel, comprendre comment ces interactions façonnent les relations humaines pourrait devenir tout aussi important que de comprendre la technologie elle-même.
Source : The Deep View