Et si le prochain réseau social à séduire les jeunes était justement celui qui leur demandait d'y passer… moins de temps?
C'est le pari de Lyvio, une application développée au Québec qui souhaite proposer une expérience numérique différente de celle offerte par les grandes plateformes. Alors que TikTok, Instagram ou Snapchat sont régulièrement pointés du doigt pour leurs mécanismes de rétention et leurs effets sur la santé mentale des jeunes, Lyvio mise sur une approche plus intentionnelle, où les utilisateur·rices reprennent le contrôle de leur temps d'écran. Le projet s'inscrit dans un contexte où la remise en question des modèles traditionnels des réseaux sociaux prend de plus en plus de place, tant chez les chercheur·euses que chez les gouvernements et les plateformes elles-mêmes.
Pour les professionnel·les du marketing, cette initiative soulève une question de fond: à quoi ressembleront les plateformes sociales de demain si la performance ne repose plus uniquement sur le temps passé devant un écran?
Une réponse à la fatigue numérique
Depuis plusieurs années, les critiques envers les réseaux sociaux se multiplient. Les interfaces sont conçues pour retenir l'attention grâce au défilement infini, aux notifications constantes ou encore aux recommandations algorithmiques. Résultat: plusieurs jeunes disent éprouver des difficultés de concentration, des troubles du sommeil ou encore un sentiment d'anxiété lié à leur utilisation des plateformes.
C'est précisément ce modèle que Lyvio souhaite remettre en question.
Selon le reportage de Radio-Canada, l'application a été pensée pour encourager des interactions plus authentiques, en limitant les mécanismes qui favorisent l'utilisation compulsive. L'objectif n'est pas d'éliminer les réseaux sociaux, mais d'en proposer une version où l'utilisateur·rice conserve davantage de contrôle sur son expérience.
Cette approche s'inscrit dans un mouvement plus large qui remet en question «l'économie de l'attention», ce modèle d'affaires où la valeur d'une plateforme dépend directement du temps que les utilisateur·rices y consacrent.
Quand le design devient un enjeu éthique
La réflexion dépasse largement le simple développement d'une nouvelle application.
Depuis quelques années, les gouvernements et les autorités réglementaires s'intéressent de plus près aux mécanismes de conception des plateformes numériques. Les discussions portent notamment sur les interfaces dites «addictives», les recommandations algorithmiques et les fonctionnalités qui encouragent une consultation prolongée.
Pour les designers, stratèges numériques et spécialistes UX, cette évolution soulève une question importante: comment créer des produits engageants sans exploiter les biais cognitifs des utilisateur·rices?
Autrement dit, la réussite d'une plateforme pourrait de plus en plus être mesurée par la qualité des interactions qu'elle génère plutôt que par le nombre d'heures passées à faire défiler du contenu.
Un changement de perspective pour les marques
Si cette philosophie gagne du terrain, elle pourrait aussi transformer les stratégies marketing.
Pendant des années, les indicateurs de performance se sont concentrés sur le temps d'engagement, le nombre d'impressions ou la fréquence des interactions. Or, si les utilisateur·rices recherchent désormais des environnements numériques plus sains et moins envahissants, les marques devront peut-être revoir leur façon d'occuper l'espace.
Cela pourrait notamment favoriser:
- des contenus plus utiles et moins intrusifs;
- des communautés plus engagées, mais de plus petite taille;
- une approche davantage axée sur la confiance que sur la captation d'attention;
- des indicateurs de performance centrés sur la qualité de la relation plutôt que sur le volume.
Ce n'est pas nécessairement la fin des réseaux sociaux tels qu'on les connaît, mais peut-être le début d'une nouvelle génération de plateformes où l'expérience utilisateur devient un véritable avantage concurrentiel.
