Quand la Loi 25 entre en vigueur au Québec, les firmes américaines et européennes débarquent avec leurs solutions sous le bras. Une juridiction légifère, et les voilà qu’elles vendent ce qu'elles ont déjà. Voyant ces nouveaux joueurs tenter de s'installer, Guy Michon, PDG de Vortex Solution, se pose une question qui refuse de le lâcher : « Est-ce qu’il y a une solution canadienne qui peut gérer les nouveaux paramètres de la Loi 25 ? J’ai bien vu qu’il n’y en avait pas. Dans ma tête, ça ne se pouvait pas qu'il n'y ait pas au moins un·e Canadien·ne qui avait pensé à faire ça. » L’équipe de Vortex Solution décide alors de combler ce vide en créant son propre outil. Presque deux ans plus tard, Byscuit est la seule solution canadienne de gestion des fichiers témoins, et elle n'a pas grand-chose à envier aux plateformes internationales qu'elle devait, au départ, simplement remplacer.

D'un besoin interne à un produit à part entière
Revenons en 2023. Byscuit naît d'abord comme projet interne chez Vortex Solution, avec une idée simple : développer un outil pour les propres client·es de l'agence. Mais voilà que des organisations embarquent dans l'aventure avant même que l'outil soit finalisé, dont l'Ordre des notaires, la chambre des pharmaciens, des acteurs de l'immobilier et des assurances. À la tête du projet, Valérie Poreaux, cheffe de produit chez Vortex depuis 18 ans, devient la véritable cheffe d'orchestre de toute cette aventure technologique. « Valérie a pris ce produit-là à cœur depuis le premier jour. Avec l’équipe de développement de Vortex, elle a livré quelque chose d'extraordinaire. C'est vraiment grâce à leur travail exceptionnel qu’on a un si haut niveau de qualité pour Byscuit », reconnaît Guy Michon.

Parce qu’il faut le dire, le défi de Byscuit est colossal. Gérer des millions de consentements, développer un outil qui se reconfigure presque de fois en fois, disons simplement que ce n'est pas pour rien si personne ne l'avait fait avant au Canada. Mais Vortex a ce qu'il faut : des équipes locales, des ressources, de la connaissance et une motivation à toute épreuve. La V1 est testée avec les client·es de l'agence, puis le bouche-à-oreille fait le reste, sans trop de publicité. Si bien qu’aujourd'hui, des demandes d'installations se font chaque jour. La surprise du PDG est d’ailleurs palpable : « Jamais on aurait cru que Byscuit deviendrait aussi gros. Pas parce qu’on n’avait pas la vision pour se l’imaginer, juste parce qu’au départ, on concevait une solution pour répondre à nos propres besoins. »

La Loi 25, en bref
Adoptée en 2021 et pleinement en vigueur depuis septembre 2024, la Loi 25 oblige toute organisation québécoise qui collecte des données personnelles à obtenir un consentement libre et éclairé, à publier une politique de confidentialité claire et à désigner un·e responsable de la protection des renseignements personnels. Pour les sites web, ça signifie informer les utilisateur·rices de chaque outil de suivi tiers utilisé, comme Google Analytics, et obtenir leur accord explicite. C'est précisément là qu'un gestionnaire de cookies devient indispensable. Car les sanctions pour non-conformité peuvent atteindre 25 millions de dollars ou 4 % du chiffre d'affaires mondial.

Éthique par choix, pas par obligation
« Au départ, confie Guy Michon, on croyait que la popularité de Byscuit venait uniquement de son origine canadienne. On a vite réalisé que notre outil se distinguait aussi sur un autre plan : celui de l'éthique. » En effet, derrière l'outil, il y a une philosophie de conception qui tranche avec ce que propose une bonne partie du marché international. Car dans l'univers des gestionnaires de cookies, les pratiques douteuses sont monnaie courante, nous dit le PDG de Vortex Solution. Certains outils installent des fichiers témoins même quand l'utilisateur·rice dit non. D'autres pratiquent ce qu'on appelle le dark consent, soit le consentement déguisé où les interfaces sont conçues pour orienter subtilement le choix vers le « oui ».

« Augmenter le taux de consentement en ne donnant pas le choix à l'utilisateur·rice, ce n’est pas éthique. Et pour une marque, aller forcer un consentement, ce n’est pas non plus positif », tranche Guy Michon.

Alors Byscuit fait le choix inverse. Sur toutes les boîtes installées, les taux de « oui » et de « non » sont exactement les mêmes. La solution développée évacue la manipulation et les interfaces truquées. Plutôt, la transparence est un choix assumé, et visiblement apprécié, puisque c'est l'un des premiers arguments que les client·es et les agences partenaires citent.

À cette éthique de conception s'ajoute un deuxième engagement fort : la souveraineté des données. Car toutes les données traitées par Byscuit sont hébergées au Québec, sous juridiction québécoise. La nuance est importante, nous dit la tête dirigeante de Vortex. « Ça fait une grosse différence de choisir des données hébergées au Canada dans une juridiction canadienne. Une firme américaine ou européenne, même si elle entrepose ses données ici, peut rester soumise à l'American Cloud Act et son gouvernement pourrait lui ordonner de livrer ces données, peu importe où elles se trouvent physiquement. Avec Byscuit, ce problème n'existe pas, et ça c’est très important pour nous d’évacuer ce risque à notre clientèle. »

Un produit d’ici qui fait de l’ombre aux solutions internationales
Ce positionnement éthique et souverain aurait pu rester un argument de niche. Sauf que Byscuit a aussi développé un produit qui se mesure aux meilleures solutions internationales, explique Guy Michon. « Au début, notre avantage, c'était strictement qu'on était canadiens. Maintenant, on s'est vraiment hissé au plus haut niveau parce que notre solution est efficace, éthique et compétitive sur le plan de la performance du site, du SEO ainsi que du GEO. »

Concrètement, ça se traduit par une vitesse d'exécution optimisée pour le référencement naturel et génératif, un niveau de personnalisation poussé qui permet aux organisations et aux agences d'adapter l'outil à leur identité de marque, des rapports de consentement détaillés, et une stabilité que Vortex Solution a mis des années à construire. Mais ce qui surprend peut-être le plus les client·es, c'est le support technique. De vrai·es employé·es, avec de vrais noms, assis·es dans les bureaux de Montréal, qui parlent les deux langues officielles. Pas de robots, pas de centres d'appels à l'étranger. « On remarque que c’est un gros facteur décisionnel, le service à la clientèle. À l’ère des chatbots et des centres d’appels à l’étranger, on oublie rapidement qu’une conversation avec un humain pour aider à l'installation, c’est précieux. Ça surprend encore beaucoup de monde qu’on fonctionne comme ça, mais ça fait partie de notre ADN », confie le PDG de Vortex, tout sourire.

Souveraineté des données
Principe juridique selon lequel les données sont soumises aux lois et réglementations du pays où elles ont été produites, traitées ou stockées, et qui contribue notamment à la protection des informations sensibles d'un État ainsi qu'à leur utilisation éthique.

Source : Office québécois de la langue française

La prochaine bouchée : le reste du Canada
La prochaine étape pour Byscuit, ce n’est pas l'Europe, ni les États-Unis : c’est le Canada. Les réglementations similaires à la Loi 25 sont en train d'entrer en vigueur dans le reste du pays, et Byscuit entend bien être au rendez-vous. « On veut installer le plus de Byscuit possible au Québec, puis percer dans le reste du marché canadien. On a un produit solide, une force de frappe, et on sera à pied d'égalité avec les solutions européennes sur ces nouveaux marchés », affirme Guy Michon. C'est d'ailleurs pour ça que Byscuit se positionne de plus en plus comme solution canadienne plutôt que québécoise. Au Québec, tout le monde sait déjà d'où ils viennent. Le message se tourne désormais vers le reste du Canada, qui est encore à conquérir.

Dans le contexte actuel où les données des Canadien·nes, même stockées au pays, ne sont pas souveraines tant que les entreprises qui les gèrent sont américaines, l'existence d'une solution comme Byscuit prend une tout autre dimension. « On a eu l'audace de faire quelque chose qui ne s'était pas fait, on a fait confiance à nos talents pour le faire, et on a gagné notre pari de créer une solution à la fois locale et hyper compétitive. » Une histoire de David contre Goliath, où la solidarité a fini par prendre le dessus sur la compétition. La preuve : certains compétiteurs de Vortex depuis plus de vingt ans utilisent aujourd'hui Byscuit pour leurs propres client·es. Pour le président, c'est peut-être ça, le vrai succès : « Je suis rendu à un point dans ma carrière où je n'ai plus grand-chose à prouver. Ce qui m'anime maintenant, c'est de redonner. Et Byscuit, c'est une façon de le faire de manière hyper concrète. Parce que ce qui était au départ un module québécois est devenu une solution de niveau mondial, toujours développée, opérée et hébergée ici. »

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