Année après année, le concours Idéa s’impose comme un véritable baromètre de la créativité d’ici. Porté par l’Association des agences de communications créatives (A2C) en partenariat avec la Société des designers graphiques du Québec (SDGQ), il met en lumière ce qui se fait de plus pertinent, audacieux et efficace dans l’industrie.

À l’occasion de cette nouvelle (et déjà septième) édition, le Grenier vous invite à ses désormais traditionnels «Brin de jasette» avec les président·es des jurys — Création publicitaire, Craft/Production, Produits et expériences numériques, Design, Résultats d’affaires et stratégie, ainsi que Média. Au menu : un accès privilégié aux coulisses des délibérations!

Bobby Destounis

Sous la présidence de Bobby Destounis, président et cofondateur de Panoply Média, le jury Média a mis en lumière les initiatives qui, au cours de la dernière année, ont repoussé les standards du produit média par la justesse des stratégies, la performance des canaux et l’intégration intelligente de l’innovation au service des marques.

Jury Média d’Idéa 2026 :

  • Bobby Destounis, président et cofondateur, Panoply Média (présidence)
  • Valérie Perreault, lead expertise média, Absolu
  • Luis Areas, vice-président stratégie de canaux et développement des affaires, Cartier
  • Karolanne Théroux, superviseure planification média, Cossette Média
  • Hana Kassou, superviseure performance numérique, Dialekta
  • Frédérique Beetz, directrice principale média, EssenceMediacom
  • Marie-Ève Robert, vice-présidente marketing et développement durable, Groupe Bel Canada
  • Josianne Gauthier, directrice marketing, Le Creuset
  • Jennifer Douglass, senior vice-president, head of audience & analytics, Media Experts
  • Thalie Poulin, vice-présidente service-conseil, Sid Lee
  • Antoine Nguyen, vice-président, stratégie et lead d’affaires, Touché!
  • Marc-André Dubé, consultant

Idéa

Grenier aux nouvelles : Y a-t-il une approche, une posture ou une tendance qui s’est particulièrement démarquée dans les projets soumis à Idéa 2026?

Bobby Destounis : Ce que nous avons surtout remarqué, c’est une forte collaboration entre les agences média, les agences de création et les partenaires média. Les idées qui se sont démarquées mettaient en valeur cette synergie. Cela a donné lieu à des campagnes où le média ne faisait pas que soutenir l’idée créative, mais devenait un levier essentiel à son rayonnement. En parallèle, la dimension des résultats d’affaires — notamment les ventes — était clairement mise de l’avant. Nous avons d’ailleurs été chanceux·euses d’avoir des clients sur le jury, qui ont enrichi les discussions en apportant leur point de vue concret sur la performance des cas.

GAN : Qu’est-ce qui a le plus retenu l’attention du jury dans les dossiers — un détail, un réflexe, une qualité qu’on retrouve chez les meilleurs? Et à l’inverse, quel piège revient encore trop souvent dans les soumissions?

BD : Sachant qu’on allait inévitablement tomber en amour avec certaines idées, on s’est donné trois lignes directrices dès le début des délibérations.

D’abord, l’idée devait être réellement propulsée par les tactiques média. Si le plan média n’était pas innovant ou ne jouait pas un rôle moteur dans l’amplification de l’idée, on ne la retenait pas — même si elle nous plaisait beaucoup.

Ensuite, on voulait aller au-delà des cas très bien «vendus» en vidéo ou en boards, pour regarder les résultats concrets : est-ce que la campagne a livré sur les KPIs média, en notoriété, et surtout en ventes? Finalement, on s’est rappelé qu’il fallait aussi avoir du plaisir dans le processus. On reste des collègues avant d’être des compétiteurs, donc c’était important de pouvoir échanger de façon ouverte et constructive autour des campagnes. À l’inverse, le piège qu’on voit encore trop souvent, ce sont des idées très fortes sur le plan créatif, mais où le média joue un rôle secondaire, voire exécutant. Dans ces cas-là, il manque une vraie intégration pour que l’idée prenne toute son ampleur. »

GAN : Comme président de jury, quel a été le plus grand défi dans votre rôle : aligner les visions, trancher, ne pas pouvoir débattre?

BD : Cette question me fait sourire, parce que j’ai effectivement dû trancher… mais seulement à deux reprises. La plupart du temps, nous arrivions à nous aligner assez naturellement grâce à des discussions riches et ouvertes. Les deux cas où j’ai dû intervenir concernaient des idées qui faisaient ressortir les expertises propres à chacun — que ce soit une perspective plus numérique, plus orientée client, ou directement celle d’un annonceur. Toutes ces opinions étaient valides et ont vraiment enrichi les échanges. Cela dit, je suis surtout très fier du jury : pour sa passion, la qualité de ses réflexions et son grand professionnalisme.

GAN : Qu’est-ce qui fait basculer un projet de «bon» à «vraiment marquant» lors des délibérations?

BD : Souvent, ce qui faisait basculer un projet de «bon» à «vraiment marquant», c’était l’apport d’un angle qu’on n’avait pas tous vu au départ. Une perspective liée à l’expertise de quelqu’un autour de la table, qui venait éclairer une nouvelle réalité et nous faisait réfléchir différemment sur le cas. C’est ce genre d’échanges qui élève vraiment l’analyse. Personnellement, j’ai énormément appris au cours de la journée. J’en suis ressorti énergisé par l’expérience, avec l’envie d’appliquer ces nouveaux apprentissages dans mes propres discussions avec nos partenaires et nos clients. »

GAN : Une anecdote, un moment marquant ou un fun fact des délibérations à partager ?

BD : Oui, il y a eu un moment particulièrement marquant autour d’un cas très retail dans l’univers alimentaire, qui a vraiment suscité de fortes réactions. Pour le lancement de la sauce tomate Stefano en Ontario, l’agence avait fait un choix audacieux : retirer toute identité de marque sur l’emballage et miser uniquement sur la PLV pour faire découvrir le produit aux consommateur·rices. Ce qui était fascinant, c’est à quel point le jury s’est polarisé. Certains considéraient que le produit en soi ne relevait pas du média, tandis que d’autres voyaient justement l’emballage comme un point de contact média à part entière. La discussion a duré plusieurs minutes - preuve que le cas touchait quelque chose de fondamental. Ça m’a surtout fait réaliser que, du point de vue des clients, l’emballage est souvent perçu comme un véritable canal média. Une perspective très rafraîchissante, et un bel exemple de la richesse des échanges qu’on a eus. 

GAN : Aujourd’hui, un bon plan média ça se joue où et comment? 

BD : Je vais rester fidèle aux trois lignes directrices qu’on s’est données dès le début des délibérations. D’abord, un bon plan média doit être un véritable moteur de l’idée — pas juste un canal de diffusion. Les meilleures stratégies sont celles où les tactiques média amplifient, enrichissent et parfois même définissent l’idée créative. Ensuite, il se joue dans les résultats. Un bon plan média doit livrer concrètement, autant sur les KPIs média, la notoriété que sur les ventes. C’est ce qui permet de passer d’une belle idée à un impact réel d’affaires. Et finalement, ça se joue dans la collaboration. Les meilleurs plans naissent quand agences média, créatives et partenaires travaillent ensemble, avec ouverture et curiosité, pour pousser l’idée plus loin. C’est souvent là que la magie opère. Et si je peux me permettre un clin d’œil à une discussion qu’on a eue : aujourd’hui, un plan média se joue aussi dans des points de contact auxquels on ne pense pas toujours… même l’emballage peut devenir un média à part entière.

Merci Bobby!