Année après année, le concours Idéa s’impose comme un véritable baromètre de la créativité d’ici. Porté par l’Association des agences de communications créatives (A2C) en partenariat avec la Société des designers graphiques du Québec (SDGQ), il met en lumière ce qui se fait de plus pertinent, audacieux et efficace dans l’industrie.
À l’occasion de cette nouvelle (et déjà septième) édition, le Grenier vous invite à ses désormais traditionnels «Brin de jasette» avec les président·es des jurys — Création publicitaire, Craft/Production, Produits et expériences numériques, Design, Résultats d’affaires et stratégie, ainsi que Média. Au menu : un accès privilégié aux coulisses des délibérations!

Crédit photo : Christelle Tanielian
Sous la présidence de Marie-Bénédict Jacquemin, directrice de création, le jury a mis à l'honneur les projets numériques qui, dans la dernière année, se sont distingués pour leur pertinence, leur intelligence, leur cohérence et l’ingéniosité des expertises déployées.
Composition du jury Produits et expériences numériques d’Idéa 2026 :
- Marie-Bénédict Jacquemin, Directrice de création
- Marie-Michèle Coulombe, Directrice principale, lead affaires numériques, Cossette
- Geneviève Dupuis, Directrice, conception d'expériences omnicanales, Desjardins
- Jérémy Minié, Lead front-end, Locomotive
- Laurence Pasteels, Directrice de création, expériences thématiques et culturelles / Cofondatrice, Moment Factory / Studio Pre&ent
- Tristan Daoust-Patrão, Lead gestion de produits et stratégies, Novatize
- Marc-André Dandurand, Designer principal, REF
- Virginie Lessard, PDG et cofondatrice, St. Lawrence Maison Conseil
- David Fuenzalida, Stratège de marque
- Garcí Iñigo, Consultant marketing

Grenier aux nouvelles : Y a-t-il une approche, une posture ou une tendance qui s’est particulièrement démarquée dans les projets soumis à Idéa 2026?
Marie-Bénédict Jacquemin : La qualité globale du travail était remarquable, et ce, sur l'ensemble des expertises mises à profit pour la réalisation de ces projets. Qu’on les juge à travers le prisme de l'expérience utilisateur, du design, du développement, du contenu ou d’une scénarisation. Le rendu final, que ce soit un produit ou une expérience, était vraiment à un très haut niveau.
Le mot maturité a ponctué régulièrement nos conversations. Les créations étaient réfléchies, dosées, posées. On sentait un vrai savoir-faire derrière chaque décision.
GAN : Qu’est-ce qui a le plus retenu l’attention du jury dans les dossiers — un détail, un réflexe, une qualité qu’on retrouve chez les meilleurs? Et à l’inverse, quel piège revient encore trop souvent dans les soumissions?
MBJ : Ce qui distingue vraiment les meilleurs dossiers, c'est la contextualisation. La qualité d'une soumission passe d'abord par la clarté du besoin, et ensuite par la manière dont les résultats sont présentés. Des données sans ancrage dans le type de projet ou dans sa temporalité, ça dilue la pertinence plutôt que de la renforcer.
Ce jury est volontairement composé de personnes issues de secteurs et de rôles très différents. Tout le monde ne possède pas les mêmes repères pour appréhender tous les types de projets. Expliquer l'ampleur ou la complexité d'un mandat, donner de la richesse autour des éléments importants, ça aide énormément à une évaluation juste et éclairée.
Les dossiers qui se démarquaient avaient tous une chose en commun : des études de cas bien articulées, parfois accompagnées de vidéos qui orientaient le regard vers les sections essentielles. Ce souci de guidage, c'est ce qui fait la différence.
Le piège à éviter, c'est de ne pas traiter les résultats avec la subtilité qu'ils méritent. Quel était l'objectif ? Est-ce qu'on l'a atteint ? Qu'est-ce qui a bien fonctionné pour ce mandat spécifique ? Ce sont des questions simples, mais là où les réponses étaient présentes et bien articulées, elles pesaient lourd dans la délibération.
GAN : Comme présidente de jury, quel a été le plus grand défi dans votre rôle : aligner les visions, trancher, ne pas pouvoir débattre?
MBJ : Ne pas partager mon opinion a été difficile! Ne pas pouvoir débattre. J'avais passé autant de temps qu'eux·elles à découvrir les projets, et j'avais une grande envie d'en discuter, de plonger dans ces conversations. Retenir ça, mesurer mes réactions, rester totalement neutre, ça demande une certaine discipline!
Il y a aussi eu les moments où il a fallu trancher. Quand il y avait égalité, il me revenait de prendre la décision, ce qui est tout de même parfois inconfortable.
Cela dit, c'était un réel plaisir de les voir délibérer, d'écouter leurs échanges. Ça a confirmé que j'étais très heureuse des expert·es que j’avais rassemblé pour composer ce jury : des personnes intéressantes, dédiées, intelligentes, dont les interventions étaient pertinentes. Il y avait très peu à faire pour les aligner, parce qu'il·elles savaient dans quelle direction aller.
Je retiens surtout à quel point il·elles ont pris à cœur leur responsabilité. Celle de reconnaître des projets de belle qualité, des projets qui deviendront une référence et une fierté de ce qui se fait, et se fera, en numérique au Québec.
Un grand merci à eux·elles. Il·elles ont fait un travail remarquable.
GAN : Qu’est-ce qui fait basculer un projet de "bon" à "vraiment marquant" lors des délibérations?
MBJ : C'est la qualité globale, et surtout l'évidence. Quand on se projette à la place de l’utilisateur·rice et qu'on se dit que ça sert vraiment, que ça fait la différence. Les projets qui ont été des évidences pour le jury, c'est ceux où la réaction immédiate était : j'aimerais l'expérimenter, je suis presque déçue d'être autour d'une table plutôt que sur place à le tester. Ou encore, je me projette dans tel contexte, avec des collègues, des ami·es, et je me dis que cet outil changerait quelque chose.
Ce qui rend un projet vraiment marquant, c'est qu'il n'y a presque rien à dire. Pas de défaut apparent, pas besoin de débattre. On comprend immédiatement pourquoi il existe, ce qu'il avait à résoudre, comment il l'a résolu, et on est simplement content qu'il existe.
Mais ce qui élève un projet, c'est quand il agit sur deux plans à la fois, intellectuellement et émotionnellement. Il répond à un besoin réel, et en même temps, il fait ressentir quelque chose. Finalement, le numérique, c'est une interaction entre un·e utilisateur·rice et une interface, qu'elle soit physique ou sur écran, et cette interaction doit être à la fois pertinente et ressentie.
GAN : Une anecdote, un moment marquant ou un fun fact des délibérations à partager ?
MBJ : Disons qu’à la mi-journée, on avait déjà une idée très claire de ce que serait le coup de cœur. Pas de débat, pas d'hésitation. C'était une évidence qui avait marqué tout le monde très tôt dans la journée.
GAN : Qu’est-ce qui fait une expérience numérique vraiment pertinente aujourd’hui?
MBJ : Ce qui distingue une expérience pertinente, c'est la clarté de son intention. Dans un contexte où tout le monde créé, où les outils et les technologies sont accessibles à tous, ce n'est plus la prouesse technique qui fait la différence.
Le mot que je retiendrais, c'est intelligente. Une expérience pertinente est intelligente émotionnellement, intelligente dans ses objectifs d'affaires, intelligente dans sa réponse au besoin utilisateur, intelligente dans la façon dont elle est accessible, structurée, pensée, vécue, ressentie. C'est celle où chaque décision a une raison d'être. Tout est là pour servir un besoin, que ce soit d’apporter de la clarté, vendre, créer un lien avec une marque, une histoire, un lieu.
On vit dans un monde qui sature. Une expérience qui se démarque, c'est celle dont on se souvient parce qu'elle a changé quelque chose, pour l'utilisateur·rice ou pour l'organisation qui l'a créée. C'est là où maturité, contextualisation et intelligence convergent : une expérience pertinente ne s'improvise pas, elle se construit. Elle définit un standard.
Merci Marie-Bénédict!