Année après année, le concours Idéa s’impose comme un véritable baromètre de la créativité d’ici. Porté par l’Association des agences de communications créatives (A2C) en partenariat avec la Société des designers graphiques du Québec (SDGQ), il met en lumière ce qui se fait de plus pertinent, audacieux et efficace dans l’industrie.

À l’occasion de cette nouvelle (et déjà septième) édition, le Grenier vous invite à ses désormais traditionnels «Brin de jasette» avec les président·es des jurys — Création publicitaire, Craft/Production, Produits et expériences numériques, Design, Résultats d’affaires et stratégie, ainsi que Média. Au menu : un accès privilégié aux coulisses des délibérations!

David Kessous

Sous la présidence de David Kessous, directeur exécutif de création, branding et design chez LG2, les membres du jury ont eu pour mandat de sélectionner les projets design qui se sont démarqués par leur pertinence, leur finesse et la rigueur de leur exécution.

Composition du jury Design d’Idéa 2026 :

 

  • David Kessous, Directeur exécutif de création, branding et design, LG2 (présidence)
  • Laura Stein, Chief Creative Officer, Bruce Mau Design
  • Sébastien Paradis, Associé et directeur du design, Caserne
  • Claudie Grenier-Côté, Designer graphique et enseignante, Cégep du Vieux-Montréal
  • Fanny Vézina, Designer, Compagnie et cie
  • Francis Desrosiers, Co-fondateur, directeur de création, Harrison Fun
  • Evelyne Harnois Lebeau, Stratège de marque et directrice conseil, associée, maubau
  • Philippe Cossette, Co-directeur de création, Sid Lee
  • Marie-Ève Leclerc-Dion, Conceptrice-rédactrice pigiste

A2C

Grenier aux nouvelles : Y a-t-il une approche, une posture ou une tendance qui s’est particulièrement démarquée dans les projets soumis à Idéa 2026?

David Kessous : Paradoxalement, la plus grande tendance de cette année a été… l'absence de tendance lourde. Et c'est une excellente nouvelle ! Ça signifie que les agences et les artisans ont refusé de suivre la parade. Au lieu de s'appuyer sur des modes éphémères, on a senti une volonté de valoriser la singularité, d'assumer sa propre voix et de bâtir une empreinte durable.

Sur une note plus anecdotique, on a vu énormément de jaune, peu importe la catégorie. Comme quoi Pantone s’est peut-être mis le doigt dans l’œil avec sa couleur de l'année ! À l’inverse, j'espérais voir davantage de propositions explorant les territoires invisibles du design. Je suis resté un peu sur ma faim quant à la présence d'éléments moins tangibles, comme l’identité sonore, qui ont pourtant un pouvoir d’ancrage émotionnel extrêmement puissant pour les marques aujourd'hui.

GAN : Qu’est-ce qui a le plus retenu l’attention du jury dans les dossiers — un détail, un réflexe, une qualité qu’on retrouve chez les meilleurs? Et à l’inverse, quel piège revient encore trop souvent dans les soumissions?

DK : Chez les meilleurs, c'est l'atteinte d'un équilibre parfait. Le jury a été séduit par les projets qui trouvaient le juste milieu entre la fonction de la pièce, sa pertinence stratégique auprès de la cible et, évidemment, la prouesse du craft. Ce point d'équilibre est très difficile à atteindre.

Le piège qui revient encore trop souvent, c'est la complaisance esthétique. L'industrie a longtemps célébré le craft visuel pour lui-même, ce qui donne parfois naissance à de magnifiques coquilles vides. Une exécution technique irréprochable ne suffit plus si elle ne repose pas sur une narration forte ou si elle ne vient pas transformer la réalité d'affaires du client.

GAN : Comme président·e de jury, quel a été le plus grand défi dans votre rôle : aligner les visions, trancher, ne pas pouvoir débattre?

DK : Sans l'ombre d'un doute : ne pas pouvoir débattre ! Mon rôle était de créer un espace de discussion sain et de laisser le jury s'exprimer, ce qui demande une certaine retenue. Quand on est passionné par le design, c'est un véritable supplice de rester silencieux, d’autant plus lorsque la discussion glisse vers une tangente avec laquelle on est en désaccord.

Pour pallier ça, j'ai dû rapidement peaufiner l'art de poser la bonne question. Plutôt que d'imposer ma vision, le défi était de trouver l'interrogation précise qui allait forcer le jury à confronter ses biais, à regarder le projet sous un angle inédit et, ultimement, à réorienter le débat pour faire émerger la bonne décision.

GAN : Qu’est-ce qui fait basculer un projet de « bon » à « vraiment marquant » lors des délibérations?

DK : C'est simple : le design ne doit plus seulement être vu. Il doit être lu, compris et ressenti. Un « bon » projet va être esthétiquement enviable et répondre en partie au mandat. Un projet « vraiment marquant » dépasse l'esthétisme pur pour devenir un véritable levier. Il bascule dans l'excellence lorsqu'il est ancré dans une idée forte, qu'il démontre l'audace de la clarté, et qu'il fusionne une exécution irréprochable avec une réponse directe aux objectifs d'affaires du client. Autrement dit, c'est lorsque la rigueur technique se met entièrement au service du sens.

GAN : Une anecdote, un moment marquant ou un fun fact des délibérations à partager?

DK : Question délicate qu’est celle de partager des anecdotes sans divulguer d’informations privilégiées sur le palmarès à venir ! Mais s'il y a un moment que je retiens, c'est la facilité désarmante avec laquelle le jury s’est rallié sur le choix du Grand Prix.

Considérant la saine friction, les débats rigoureux et les délibérations parfois ardues qui ont animé nos deux journées, cette ultime conclusion a été beaucoup plus rapide et moins douloureuse que je ne l'aurais cru. C'est sans doute la force du grand design : quand on se retrouve face à une pièce d'exception, son évidence met tout le monde d'accord instantanément.

GAN : Selon toi, comment le design d’ici se démarque?

DK : Le design d’ici n’a absolument rien à envier à aucun autre marché. Sur la scène nationale, je suis convaincu, plus que jamais, que le design issu du Québec se démarque admirablement bien du reste du pays par sa vitalité et son audace. Notre bassin de talents est incroyablement riche, bouillonnant et enviable.

La vraie question que je me pose est la suivante : est-ce que ce talent créatif exceptionnel est proportionnel à la volonté de changement des grandes marques d’ici ? Ce point est sans doute discutable. Nos artisans ont l'ambition et la capacité d'amener le design québécois encore plus loin. Le défi des prochaines années sera de trouver des clients prêts à faire preuve de la même audace d'affaires pour exploiter le plein potentiel de ces talents.

Merci David, à bientôt!