Dans un échange inspirant, Anne-Claude Chénier, cheffe de la création, s'entretient avec Louis Paquet, vice-président, création numérique chez Cossette, récemment nommé « Independent of the Year 2025 » aux Awwwards. Ensemble, il et elle explorent une vision audacieuse : le numérique ne doit pas seulement être fonctionnel. Il peut, et doit, devenir un véritable vecteur d'émotion, aussi puissant que le cinéma. Une façon de transformer les contraintes techniques en leviers créatifs et de positionner le site web comme l’expression ultime de l’identité de marque.

I. De l'utilitaire à l'émotionnel
Anne-Claude Chénier : Louis, on entend souvent que la techno, c’est froid. Est-ce que tu crois que le numérique peut vraiment créer de l’émotion, au même niveau que d’autres formes d’art?
Louis Paquet : Oui, vraiment. Pour moi, le numérique peut provoquer des émotions aussi fortes qu'un film ou une chanson. Ce n'est pas juste du code. Ce qui rend le Web unique, c’est l’interactivité : on peut faire vivre quelque chose aux gens. Créer un univers. Ça peut être très énergique, très pop… ou au contraire, plus poétique, plus subtil.
Anne-Claude Chénier : As-tu des exemples qui illustrent bien ça ?
Louis Paquet : Oui. Le site de Mana Yerba Maté, par exemple, pour son énergie brute et super intense. Ça match parfaitement l’énergie de la marque. Et à l’inverse, celui de Má Sài Gòn, qui est beaucoup plus contemplatif. Le site prolonge l'identité d'un documentaire et devient même un espace d'échange pour la communauté LGBTQ+. À ce moment-là, le site n’est plus juste un outil. Il devient un lieu de connexion émotionnelle.
II. L'originalité et la « règle des cinq secondes »
Anne-Claude Chénier : On dirait que beaucoup de sites se ressemblent. Comment on fait pour créer quelque chose qui se démarque vraiment?
Louis Paquet : Les projets marquants ont un point commun : ils accrochent vite. On doit capter l'attention dès les cinq premières secondes. Les gens n’attendent plus. Si un site est lent ou n'offre rien de pertinent immédiatement, ils décrochent.
Anne-Claude Chénier : Mais il y a une différence entre être original et être flashy…
Louis Paquet : Exactement. L’originalité ne doit jamais être gratuite. Une expérience réussie répond d’abord aux objectifs du projet, mais de manière originale, en sortant des réflexes habituels. Je pense à Navigate, un site sur la protection des données. Sur papier, ce n’est pas un sujet sexy. Mais l’équipe a trouvé une façon de le rendre intéressant grâce à une narration visuelle vraiment bien pensée. À l’inverse, utiliser des tendances juste parce qu’elles sont « dans l’air du temps », comme l’effet « verre dépoli » d’Apple parce qu’il est déjà dans Figma, ça finit par rendre les sites génériques. Le « wow » doit toujours servir le message.
III. La contrainte comme moteur créatif
Anne-Claude Chénier : Tu parles de créativité, mais le web, c’est aussi beaucoup de contraintes : techniques, budgétaires, limites techniques… Est-ce que ça devient frustrant ?
Louis Paquet : Honnêtement, non. Moi, j’adore ça. Les contraintes, c’est ce qui déclenche les meilleures idées. Ça ressemble beaucoup à l’impro : quand tu as des règles, tu deviens plus créatif·ve parce que tu dois trouver une solution intelligente. Ça nous force à dépasser nos réflexes habituels pour innover.
Anne-Claude Chénier : Donc la technique, ce n’est plus une limite ?
Louis Paquet : Aujourd'hui, avec les avancées technologiques et l'expertise des développeur·euses, on peut pratiquement tout faire. On est loin de l'époque de Flash. Le web permet, selon moi, plus d’audace que l’imprimé. C’est pour ça qu’on dit souvent qu’un site web, c’est comme une affiche… mais vivante.
IV. Le site web : l’expression la plus complète de la marque
Anne-Claude Chénier : Ça change la façon dont nos client·es voient leur site web.
Louis Paquet : Tout à fait. Le site web, c’est probablement l’endroit où une marque s’exprime le plus complètement. Contrairement à une affiche ou une pub télé, qui n’en montrent qu’un fragment, un site rassemble tout : typographie, couleurs, énergie, mouvement, vidéo, photo, illustration, contenu… tout.
Anne-Claude Chénier : Donc c’est aussi un test de solidité pour l'identité?
Louis Paquet : Exactement. Le processus de création web met le guide de marque à l'épreuve. Il révèle souvent des besoins nouveaux : versions alternatives de logo, favicons, déclinaisons inattendues. Mais c’est une bonne chose. Si une marque fonctionne sur le web, elle fonctionne partout.
V. Une vision d'avenir pour Cossette
Anne-Claude Chénier : Pour terminer, qu'est-ce qui t'a attiré chez Cossette? Et c’est quoi ton ambition pour l'équipe ?
Louis Paquet : Ce qui m'a tout de suite attiré, c'est la richesse des expertises chez Cossette et l’opportunité d'échanger avec d'autres esprits créatifs. Je crois beaucoup aux croisements entre disciplines, et c’est là que naissent les meilleures idées. Mon parcours en enseignement m'a appris à reconnaître le potentiel brut et à l’accompagner jusqu’à son plein potentiel. Mon objectif est simple : faire monter d’un cran la créativité de l’équipe web et faire de Cossette une référence incontournable dans ce domaine.
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