Qui pourrait vivre sans musique ? Pas moi, assurément ! Je me demande surtout comment les artistes peuvent se faire entendre dans le trafic dense des plateformes et des playlists. Les abonnements aux services numériques continuent de grimper : 65 % des auditeur·trices vivent dans un ménage avec un abonnement gratuit ou payant. Plus la population est jeune, plus cette proportion est élevée. Les plateformes numériques sont clairement le nerf de la guerre pour les artistes qui veulent se frayer un chemin.
Quand j’ai rencontré Pierre‑Paul Boisvert, fondateur de PURCOM, il m’a confié dès le départ qu’il ne voulait pas que l’on voie PURCOM comme un label. Moi, néophyte de l’industrie musicale, je me souvenais de tous ces films portant sur des légendes de la musique, où les gros labels jouaient souvent les exploiteurs de talents sans scrupules… et il fallait bien avouer qu’une partie de ce cliché se révélait parfois vraie. Du coup, cette idée que PURCOM veuille faire les choses autrement m’a instantanément piqué la curiosité !
PURCOM existe depuis 24 ans comme agence multiservices : relations de presse, promotion radio et accompagnement d’artistes. Entre 2012 et 2023, l’agence a exploité un label, mais ce projet a été mis sur pause post-pandémie. Aujourd’hui, PURCOM se positionne comme un acteur flexible, offrant des services à la carte pour artistes émergents et indépendants, avec l’objectif de les aider à se faire connaître sans les lier à des contrats traditionnels qui siphonnent leurs revenus.
Les enjeux des artistes émergents
Depuis la pandémie, les budgets des artistes sont très limités, et les formulaires de subvention restent lourds et fastidieux. La concurrence sur les plateformes est massive, et pour exister, un pitch bien structuré et une stratégie solide deviennent indispensables.
Je lui ai demandé ce qui ne fonctionne plus pour les artistes indépendant·es. Selon Pierre‑Paul, beaucoup se font encore piéger par des labels traditionnels : ils prennent une grande part des revenus, parfois détiennent les masters, et peuvent transformer la naïveté d’un créateur en cauchemar financier. Il m’a confié en gros que PURCOM voulait s’éloigner de tout ça dès le départ. « On est là pour accompagner, pas pour écraser ou déposséder », a précisé Pierre-Paul.
PURCOM veut donner du concret et du soutien, tout en respectant l’autonomie des artistes. Les créateurs conservent la totalité ou la majeure partie de leurs droits et revenus, contrairement aux labels classiques qui prélèvent souvent 50 % ou plus.

Le modèle de PURCOM : accompagner avec flexibilité
L’agence propose une approche à la carte. Les artistes peuvent choisir parmi la distribution, la promotion radio, les relations de presse, le coaching, la gestion de droits musicaux, etc. Les services sont notamment financés via des banques d'heures, achetées par l’artiste pour couvrir les prestations.
Pour PURCOM, mieux vaut montrer aux artistes comment pêcher que de leur livrer le poisson : c’est en les guidant qu’ils peuvent vraiment grandir et s’élever dans leur carrière.
L’accompagnement inclut aussi la formation et le coaching, pour rendre les artistes autonomes et responsables de leur projet. Les initiatives concrètes : concours et crédits-cadeaux réguliers, consultantes spécialisées pour aider à structurer les dossiers de subvention, et suivi personnalisé pour maximiser l’impact des sorties.
L’entente avec Sony Music Canada et The Orchard apporte crédibilité et accès aux plateformes et programmes institutionnels, mais Purcom reste maître de son modèle et ne devient pas un label extractif. Pierre‑Paul insiste : l’artiste garde sa liberté et peut partir à tout moment avec ses revenus et droits. « Si un artiste n’est pas satisfait après six à douze mois, il récupère tout et repart avec son autonomie. »
Réussir sans écraser
Si ce modèle fonctionne, il pourrait réinventer la manière de distribuer et accompagner la musique au Québec : plus de respect pour la relève, meilleure répartition des revenus et autonomie accrue pour les créateurs.
À l’international, des artistes comme Bad Bunny montrent qu’on peut s’élever sans écraser les autres : sa performance au Super Bowl en est la preuve, et Pierre‑Paul n’hésite pas à parler de « pure génie, une classe de maître ». Comme moi, il est fasciné par le nombre de messages que recelait cette mise en scène et ces tableaux vivants, une démonstration que gloire et célébrité peuvent rimer avec humanité. Et c’est précisément cette humanité à laquelle PURCOM se colle pour accompagner les artistes vers le rayonnement (petit clin d’œil : rappelons que The Orchard est justement derrière la production de l’album de Bad Bunny — un hasard intéressant !).
Après avoir compris comment PURCOM accompagne la relève, en lui donnant outils et conseils sans jamais l’étouffer, il devient clair qu’il existe une autre façon de faire les choses dans ce milieu.
Il existe une façon de réussir sans déposséder, de grandir sans étouffer, de structurer sans contrôler. Comme le résume parfaitement Pierre‑Paul : « On est dans un monde de business, oui. Mais pour moi, il y a des limites. On peut réussir sans écraser le voisin. »
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