Soyons franc : l’année 2025, jalon du quart de siècle, ne s’est pas particulièrement démarquée par sa production de logotypes. Quelques bons coups, une poignée de flops, deux ou trois petites controverses, rien pour marquer la postérité. C’est donc dans le rétroviseur de ce millésime tranquille que j’ai cherché les meilleurs et les pires logos. Bien entendu, ce qui suit est généré à 100 % par l’intelligence humaine, dans la subjectivité la plus complète.
LES MEILLEURS
A comme Accolé
Meneur incontestable des outils visuels numériques depuis plusieurs décennies, Adobe a franchi en 2025 une nouvelle étape de maturité de marque. Ni révolution ni même audace ici, mais la combinaison logique de deux éléments qui coexistaient depuis longtemps : le pictogramme triangulaire et le nom Adobe. Les deux forment désormais un tout cohérent, par la magie d’un travail d’adaptation graphique : on jurerait que ce logo a toujours existé! À cette occasion, Mother Design a collaboré étroitement avec les équipes – et les outils! – internes.

Logo des îles
Saaristo est un archipel de pas moins de 40 000 îles qui se déploie le long des côtes finlandaises. Pour dynamiser le tourisme et valoriser les paysages locaux, l’agence Bond d’Helsinki a puisé dans l’immense inventaire des formes de ces îles, à la recherche des huit lettres de Saaristo. Et ils les ont trouvées! La nouvelle identité ainsi déployée est unique et capable de générer un fort appel chez les amateurs de nature sauvage.

Typo d’herbes
The Botanical Alphabet est un projet de l’agence milanaise The 6th pour la compagnie Piccolo Seeds. Il s’articule sur un concept d’une simplicité désarmante : 26 fontes pour 26 plantes. Dans un esprit très artisanal, chaque semence est symbolisée par une version créative de son initiale, appuyée par une palette de couleurs délicieusement rétro. Si ces petits sachets ne vous donnent pas envie de faire pousser des herbes, consultez!

Un gros +
Au moment où Humane World for Animals adopte pour logo une Terre faite de silhouettes animales, le site vétérinaire français La Compagnie des Animaux suit une piste similaire en symbolisant la santé animale par une croix constituée d’un oiseau, d’un chien et d’un chat empilés. Coïncidence? Probablement. L’agence Graphéine s’est par ailleurs montrée créative en stylisant des dizaines d’autres espèces pour en faire un motif destiné aux éléments de marketing de la chaîne.

Ça tourne!
Retour au Québec, où l’agence montréalaise Deux Huit Huit s’est vue récompensée d’un prix Idéa pour l’identité visuelle du festival Palomosa. Torrides et funky comme un groove de fin d’été, les visuels étalent sans complexes leurs formes et leurs couleurs inspirées des années 1970 et 1980, tandis que le logo met en scène une paire de vinyles prêts spinner sur la console d’un DJ! Faites du bruuuuit!

Technostalgie
Pionnier du monde technologique dans lequel nous vivons, Microsoft vient de souffler ses 50 bougies. Cet âge vénérable – une éternité en années geek – donne lieu à une amusante démonstration de nostalgie qui s’incarne par la célébration visuelle du DOS, de Windows, de Bill Gates, d’Internet Explorer, de Clippy-le-trombone-fatigant et de Minecraft, dans une débauche de cliparts, de disquettes, de PC beiges et de visuels 8 bits! L’anniversaire possède son propre logo, créé par l’agence internationale Koto : un gros 50 en 3D arborant les rouge, bleu, jaune et vert du Windows original.

Se tenir de boue
Les propriétaires de chiens le savent : nos amis poilus ne sont pas toujours d’une propreté exemplaire. Pire, certains prennent un malin plaisir à se vautrer dans la boue! C’est ce qu’a compris mud, une nouvelle marque britannique de shampooing canin. « Le monde moderne a transformé les chiens en poupées parfumées, pomponnées et dépourvues d'instinct. mud est là pour tout changer. » Une promesse ambitieuse, servie par un logo mouvant comme une éclaboussure de bouette, et par des visuels qui misent sur la saleté plutôt que la propreté. C’est aussi défoulant que de sauter à pieds joints dans une flaque, et c’est signé Angelina Pischikova et Karina Zhukovskaya.

Bien faire passer la gélule
La gélule comme source d’inspiration? Pourquoi pas, si c’est pertinent, comme dans le cas de Science Only, qui produit et commercialise plusieurs sortes de… gélules. Dans un esprit hyperminimaliste, le studio londonien Red Dot a exploité la forme de la gélule comme matrice des lettres S et O, et a bâti une image d’une élégante sobriété. Opportunisme ou coup de génie? Les deux!

Le logo et le renard
Kit n’est pas exactement un logo : c’est un renard-mascotte décliné d’un logo existant : celui de Firefox. Le logo est le même depuis 2019, mais Kit est apparu cette année – comme le font les renards quand on ne s’y attend pas! Le rôle et les interventions de Kit ne sont pas encore très clairs (Où? Quand? Pourquoi?), mais il ne sera pas difficile de s’attacher à cette drôle de bête… qui est en fait un panda roux d’Asie (attention : le googler pourrait faire fondre votre cœur).

Conduire manuel
Si ce logo fait battre votre cœur, vous faites probablement partie du public cible de ce musée automobile de la région de São Paulo, au Brésil. Pour les autres, sachez qu’il s’agit d’une variation graphique sur le schéma qu’on voit sur les leviers de vitesse des voitures à boîte manuelle. CARDE (de cardã, arbre de transmission) a fait appel à l’agence Voadora pour piloter (désolé) la création d’une image de marque en noir et blanc, aussi contrastée qu’imagée. Et ça tient la route!

Renversant
Juste au moment où ce palmarès était prêt pour publication, un nouveau logo remarquable est apparu : celui de Unbegun. Cette compagnie hollandaise recycle des matériaux comme des bâches de plastique pour en faire des sacs, des portefeuilles, etc. Faisant écho à cette notion de circularité, l’agence Bram Naus a conçu un ambigramme, c’est-à-dire un logo qui peut être retourné à 180°. Pour réaliser cette prouesse graphique, il a fallu jouer avec la courbe du b et du g, et rendre le e central lisible dans les deux sens, mais le résultat est élégant et lisible. Bien vu!

Z comme Zohran
Théoriquement, l’élection d’un maire dans un autre pays n’aurait rien pour faire les manchettes. Mais Zohran Mamdani est devenu un superhéros instantané, l’incarnation d’un futur politique que beaucoup ne croyaient plus possible. Son succès tient précisément à ce qu’il est l’inverse de l’autre : jeune, socialiste, racisé, modeste, attentif, compétent, sympathique. Les visuels de sa campagne électorale, œuvres de la coopérative graphique Forge et inspirés d’une culture populaire métissée, ont joué à fond cette différence. Loin de Wall Street, ce New York est humain avant tout. Les affiches colorées qu’on croirait lettrées au pinceau, le style bodega, l’art de rue, les pancartes qui pourraient aussi bien annoncer des hamburgers ou des articles de cuisine : tout parle de proximité, et les New-Yorkais y ont clairement été sensibles.
LES PIRES

Un vrai baril de poudre
Peu de logos ont reçu autant d’attention en 2025 que celui de Cracker Barrel , et ce n’est pas parce qu’il est beau. Résumé des combats : depuis 1969, cette chaîne de bouffe (et de bibelots) mise sur le folklore du sud des États-Unis, son logo patrimonial mettant en scène un old timer (un vieux de la vieille) accoudé sur un tonneau. Au mois d’août, un nouveau logo, modernisé et sans l’aïeul, est publiquement dévoilé. S’ensuit une levée de boucliers à laquelle le président Trump lui-même ajoute sa voix. En gros, on tenterait de départir le peuple de son histoire pour servir un mystérieux agenda woke! Bref, l’ancien logo est de retour. Des frites avec ça?

A-T risques et périls
La réception était unanime : que représente le nouveau logo du Cégep de l'Abitibi-Témiscamingue, cette étrange forme bleue qui ne frappe pas par sa beauté? Je n’en avais moi-même pas la moindre idée, mais j’ai fini par trouver une explication longue et complexe que je ne saurais résumer (vous la lirez vous-même). Quelqu’un s’est bien amusé, on parle d’espace libre et de choses impossibles à percevoir par l’œil humain. Est-ce que les étudiants abitibiens sont plus convaincus que moi? Pas sûr.

Capitaine Québec?
Si vous suivez les productions de Marvel, peut-être avez-vous remarqué l’apparition d’un nouveau personnage nommé (sans rire) Captain France. La chose devient cocasse quand les fans français réalisent que le symbole national qui orne le torse de ce fier guerrier est la fleur de lys, qui se réfère à la défunte monarchie plutôt à qu’à la République! Du coup, la réception n’est pas débordante d’enthousiasme, des têtes roulent… et un hexagone tricolore finit par remplacer l’odieux symbole féodal. Franchement, Marvel aurait mieux fait d’acheter les droits de Superdupont, et de garder la fleur de lys pour un superhéros québécois!

Anatomie d’une bévue
Pas de palmarès annuel sans logo sexuellement ambigu! Cette année, c’est de la région de Baltimore que vient la bourde, sous la forme du logo de l’équipe de baseball Oyster Catchers, supposé représenter une perle dans une huître dans une mitte. Immédiatement surnommée mittoris, l’œuvre a été rapidement remplacée par une version moins discutable, à laquelle on a pris soin d’associer un ruban pour sensibiliser les fans au cancer de l’utérus. Une histoire qui finit bien!

Un point c’est tout
Le logo du site officiel du gouvernement britannique vient d’être rafraîchi. À première vue, hormis de très subtils ajustements, la seule différence notable avec l’ancienne version est le point entre GOV et UK, qui est maintenant centré. Et vert. Le problème est que ce changement presque imperceptible s’accompagne pour le contribuable anglais d’une facture de 700 millions de livres sterling, soit environ 1,28 milliard de dollars canadiens. Bien sûr, la prestation incluait probablement une révision de l’ensemble de la signature visuelle, mais c’est quand même beaucoup d’argent. Parions que le point vert qui sert de logo au Parti vert du Canada depuis cette année a coûté infiniment moins cher!

Touche pas à mes Habs!
Un autre faux pas logographique nous vient de la boutique souvenir de l’équipe de hockey Carolina Hurricanes. Inutile d’expliquer pourquoi ces casquettes vintage aux H et C entremêlés ont fâché les fans et les avocats de nos Canadiens. Y aura-t-il pénalité?

Chaos contre chaos
Autre cas de plagiat/coïncidence, la poursuite intentée par Lost International, une marque de surf, contre Lady Gaga pour utilisation abusive de leur logo Mayhem. Ce mot qui signifie « grabuge » se trouve être à la fois le nom d’une gamme de produits et le titre du dernier album de la chanteuse. Mais peut-on vraiment s’approprier le grabuge? Et quelles sont vos chances de gagner quand vous vous appelez Lost? À suivre.

D’or et d’argent
Le pompeux logo de Trump Mobile, tout d’or vêtu et aussi futuriste qu’un temple grec, n’est que la partie visible du problème. D’abord annoncé comme un produit 100 % américain, ce téléphone intelligent que personne n’a encore vu est désormais simplement rendu possible ici, aux États-Unis. En attendant, Trump Mobile vend des iPhone et des Samsung reconditionnés – ou plutôt ramenés à la vie (ici, aux États-Unis) – plus chers que partout ailleurs. Non mais quel deal en or!
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Est-ce qu’un autre logo formidable ou exécrable aurait dû figurer dans cette liste? À vous de me le dire. Il me reste à vous souhaiter une excellente fin d’année, et que 2026 nous en mette plein les yeux!