Le marketing alimentaire responsable : derrière chaque étiquette, un choix éclairé.
Le marketing alimentaire responsable, ça vous parle ? Si vous avez remarqué que les étiquettes de vos produits sont devenues plus claires et plus faciles à déchiffrer, ce n’est pas un hasard. Cette transparence fait partie d’une mouvance plus large : celle du marketing alimentaire responsable. Pour y voir plus clair, je me suis entretenue avec deux expertes : Maryse Sauvé, vice-présidente, Stratégie de marque et communication, et Élyse Boulet, PDG de l’agence Pigeon.

Maryse Sauvé
Depuis 2012, la responsabilité des marques envers l’environnement s’est imposée comme une priorité majeure. Selon Maryse, le marketing responsable repose sur trois piliers : transparence, éthique et engagement ainsi que durabilité. En matière d’alimentation, on ajoute aussi le facteur santé. « Les consommateur·rices sont de plus en plus éveillé·es, explique-t-elle. Ils et elles utilisent leurs convictions comme filtre de choix. Les marques qui réussissent sont celles qui demeurent franches et alignées avec leurs valeurs. »

Élyse Boulet
Pour compléter la réflexion, j’ai aussi échangé avec Catherine Nolet-Demers, vice-présidente adjointe et experte en marketing alimentaire chez Léger, qui a supervisé un sondage sur l’influence des allégations environnementales. Selon cette étude, près de deux Québécois·es sur trois accordent de l’importance à au moins une allégation environnementale lorsqu’il·elles choisissent un produit alimentaire. « Même si les consommateur·rices souhaitent voter avec leurs valeurs, le contexte économique actuel impose de trouver le juste équilibre : à prix égal, pour une offre similaire, ils et elles choisiront le produit le plus responsable, ce qui crée une réelle opportunité d’innovation pour les marques », précise Catherine.

Catherine Nolet-Demers
Les tendances générationnelles
Une étude pancanadienne menée par PIGEON & CALLOSUM montre que les comportements d’achat varient selon les générations. La génération X, qui détient actuellement un pouvoir d’achat plus élevé, traduit ses valeurs en gestes concrets d’achat responsable. Les plus jeunes, comme la génération Z, affichent un engagement verbal fort… mais passer du discours à l’action reste parfois un défi. Maryse et Élyse confirment que le marketing alimentaire responsable n’est pas une mode passagère : c’est une tendance qui s’installe pour durer, portée par la crise climatique et une conscience collective grandissante.
L’expertise de Pigeon en action
Chez Pigeon, la mission est d’aider les marques à cristalliser leur approche et à communiquer leurs vérités avec authenticité. Un exemple frappant : NUTRINOR, la coopérative laitière locale, a mis en place un pacte d’agriculture durable. Leur slogan, « On change le monde une pinte à la fois », reflète non seulement cette démarche, mais aussi les piliers véridiques de la marque qui sont documentés soient la traçabilité de leurs produits, le terroir et les vaches en liberté. C’est une approche progressive, avec un ton accessible et humble qui parle de tous les petits gestes additionnés qui peuvent faire une différence. Parce qu’on sait bien qu’aucune marque ne peut être parfaite.

Autre exemple : EPIK Tofu, qui illustre l’aspect ludique et innovant du marketing responsable. La marque ne se limite pas au tofu classique ; elle transforme chaque produit en petite aventure. « C’est le plaisir de manger qui prime, souligne Élyse ; responsable ou santé, l’expérience doit rester ancrée dans une expérience de marque plaisante. »

Cohérence et vigilance
Le marketing responsable passe aussi par la cohérence et le ton. L’emballage, principal vecteur d’expérience, doit refléter la personnalité et les valeurs de la marque. Maryse conclut : « C’est le vecteur d’expérience qui montre que la marque est cohérente, qu’elle agit avec humilité et transparence. »
…Et je peux le confirmer moi-même dans mon quotidien : un geste simple mais concret a changé ma routine — j’ai partagé avec Elyse et Maryse que j’achète désormais les recharges en sachet pour mon gel douche Aveeno, en conservant le même contenant pour réduire le plastique. Ce petit geste illustre parfaitement la logique : rendre le produit responsable et le changement d’habitude simple et accessible pour le consommateur, au-delà même de l’alimentation.
Attention toutefois au greenwashing, cette stratégie qui donne une image responsable alors que la pratique réelle ne l’est pas. Transparence et authenticité deviennent donc essentielles pour gagner la confiance des consommateurs.
Perspectives futures
Selon Maryse et Élyse, l’avenir du marketing alimentaire responsable s’annonce plus transparent que jamais. Les nouvelles normes, comme celles sur l’étiquetage devant l’emballage, poussent les marques à revoir leurs formulations et à optimiser leurs listes d’ingrédients. Aux États-Unis, l’abolition du colorant rouge, par exemple, a simplifié de nombreuses listes et inspiré d’autres initiatives.
Elyse souligne que plusieurs forces influencent le marketing alimentaire au Québec et à l’international : l’équilibre entre les poussées inflationnistes et le désir de consommer de manière responsable, la consolidation des pratiques de gestion des déchets – le Québec est d’ailleurs une figure de proue à cet effet notamment avec les efforts d’Éco-entreprise Québec – et l’arrivée de nouvelles technologies européennes qui normalisent le traitement des emballages.
Entre réglementations renforcées et initiatives concrètes, l’industrie alimentaire se dirige vers un futur où transparence et responsabilité deviennent la norme. Avec toutes ces initiatives, il devient plus facile de jeter un œil éclairé sur ce qui se trouve dans notre panier.
Alors, la prochaine fois que vous arpentez les allées d’épicerie, regardez bien les étiquettes : derrière chaque produit responsable, des cerveaux se sont mobilisés pour vous aider à comprendre la valeur et l’impact de ce qui se cache dans votre panier !