• Sous le signe de l'hégémonie et de la résistance

    Cet été, les chercheurs en communication du monde entier avaient les yeux rivés sur Montréal, alors que l’UQAM présentait la toute dernière édition du congrès de l’IAMCR. Retour sur une expérience unique, sur fond d’autorité et de dissidence.

    Après Stockholm, Mexico et Dublin, Montréal était cette année l’hôte du tout dernier congrès de l’International Association for Media and Communication Research (IAMCR), la plus importante association de chercheurs en communication au monde. Pendant cinq jours, près de 1500 personnalités reliées à cette sphère universitaire ont investi la métropole pour y tenir un rassemblement d’envergure internationale. Au menu : des conférenciers de prestige, de nombreux panels de discussions, ainsi qu’une série de débats portant sur des enjeux du monde des médias et de l’information.

    Thématique évocatrice


    Pour Christian Agbobli, l’un des deux codirecteurs du comité organisateur et professeur à l’UQAM, l’occasion était toute désignée pour créer un rendez-vous sans précédent. « Montréal est une ville faite sur mesure pour ce genre d’événement, affirme-t-il. Du coup, nous avons choisi la thématique du congrès en nous inspirant d’un contexte touchant de près à l’actualité mondiale. » Après mure réflexion, le comité trancha en faveur du thème Hégémonie et résistance : sur le pouvoir ambigu de la communication. Agbobli explique cette sélection : « À eux deux, les mots hégémonie et résistance résument toute la dualité du pouvoir de la communication : soit elle peut être perçue comme un instrument de dominance et de répression, soit elle peut être un moteur de rébellion et de libération. Nous trouvions que cette thématique était propice à générer de riches discussions. »

    Encore d’actualité


    Selon les organisateurs, Hégémonie et résistance faisait aussi écho aux phénomènes internationaux ayant récemment mis en relief d’importants enjeux reliés à la communication. « Pour nous, professeurs de l’UQAM, les événements des deux Printemps (érable et arabe) ont été très marquants, explique Agbobli. Ajoutons aussi à cela les protestations des étudiants chiliens, Occupy Wall Street, le mouvement des Indignés, ainsi que Idle No More, qui ont tous généré, à leur façon, des réflexions sur l’utopie de la communication. » Des questions d’un tout autre ordre, toujours sous le même thème, ont aussi été abordées : « Un atelier sur le féminisme, souligne Agbobli, a entre autres suscité beaucoup de débats. S’il est pertinent se demander si le féminisme peut, dans diverses circonstances, loger du côté de la résistance ou encore de l’hégémonie, les conclusions qui ont fait suite aux ateliers différaient drastiquement d’un chercheur à l’autre, question de culture, de valeurs. »

    Christian Agbobli

    Réseaux sociaux au cœur du débat


    Pour l’universitaire, le but du congrès n’était pas d’en arriver à former des consensus idéologiques. « Au contraire! s’exclame Christian Agbobli. Nous fuyons les consensus! Prenons par exemple la question des réseaux sociaux, dont il a été question pratiquement tout au long du congrès. J’ai rarement vu autant de déchirement autour d’un même sujet. D’un côté, il y a ceux qui les voient comme un instrument de soumission ; de l’autre, il y a ceux qui s’en servent comme outil de résistance. Prenons Facebook : de nombreux mouvements citoyens ont pris naissance sur cette plateforme. On y retrouve une forme de résistance citoyenne. Parallèlement à cela, d’autres diront que Facebook n’est en réalité qu’un outil de manipulation volontaire, à l’instar des médias de grandes corporations. À ce sujet, saviez-vous qu’une des formations données pendant le congrès portait sur « l’art » de se déconnecter définitivement de Facebook? (Rires). »

    Une première Nord-Américaine


    Pour le département des communications de l’UQAM, réunir autant de visions issues d’autant d’horizons différents est une véritable aubaine. « C’est un clash culturel, doublé d’une rencontre culturelle improbable, dit Christian Agbobli. Nous rêvions d’attirer le congrès à Montréal. En treize années d’existence, celui-ci n’avait encore jamais été présenté en Amérique du Nord. » Rassembler des chercheurs en provenance de plus de 95 pays n’est pas une mince tâche, surtout du point de vue de la… communication, confirme Agbobli : « Nous avons tout mis en œuvre pour bien coordonner les échanges. C’était la première édition du congrès à avoir été présentée en trois langues, soit en français, en anglais et en espagnol. Nous avons fait voir à nos invités tout l’aspect multiculturel de Montréal, et ce, tout en donnant une empreinte très locale à l’événement. Soyez assurés que tous ont été très sensibilisés au fait français de la métropole. Tous ont aussi été séduits par l’accueil des Québécois, ainsi que par le souffle impétueux de Montréal. » Rendez-vous en 2016 au Royaume-Uni.


    Article paru dans le Grenier magazine du 31 octobre 2015. Pour vous abonner, cliquez ici.