• La table ronde du Grenier: devient-on plus ou moins créatif en vieillissant?

    Le Grenier aux nouvelles présente aujourd'hui une toute nouvelle série d'entrevues avec les créatifs du milieu publicitaire québécois. De façon ponctuelle, nous poserons une question différente à une dizaine d'intervenants du milieu afin de connaître leur opinion sur des problématiques, des enjeux et des défis de l'industrie publicitaire.

    Bonne lecture!

    Est-ce que l’âge a une quelconque relation avec la créativité? Autrement dit, devient-on plus ou moins créatif en vieillissant?


    Jean-Christian Bizier, directeur de création, Palm+Havas

    «Les bonnes idées n'ont pas d'âge. Tout comme ceux qui les trouvent. La créativité est une denrée inépuisable. Tant qu'on peut penser, on peut créer. En publicité, plus on vieillit plus on devient "aiguisés", on maitrise les procédés publicitaires et on sait les utiliser à meilleur escient pour le bénéfice de nos clients. Il faut seulement rester à l'affut de l'actualité, des tendances en design, en technologies et c'est à ce moment que les jeunes deviennent essentiels pour amener leur bagage de connaissances et d'idées neuves. Ils amènent une nouvelle façon de penser, le goût du risque et nous inspirent à se renouveler.»

    Nicolas Massey, directeur de création, Publicis

    «Oui, l’âge influence la créativité. Plus on est jeune et moins on a peur du risque. Et plus on prend des risques dans ce métier, plus on est récompensé. Ce slogan de l’agence Weiden & Kennedy résume bien ma philosophie: IF YOU FAIL, FAIL HARDER.»

    Stéphane Veilleux, concepteur-rédacteur et associé, Brad

    «On devient moins créatif le jour où l’on cesse de se réinventer.»

    Mathieu Bédard, président, Défi marketing

    «L’âge, c'est tellement 2012. En fait, le nouveau courant, c’est la créativité gériatrique. Chez nous, aucun créatif n’a moins de 70 ans. Un max de vécu, si possible une participation à la 2e grande guerre, et un maximum de concepts ! Sérieusement, la créativité est une gymnastique de l’esprit, alors à moins de s'être brisé l’élastique dans une agence folle, on peut très bien s’amuser longtemps tout en demeurant très bon et même se bonifier.»

    Jimmy Berthelet, fondateur, Stand MTL

    «C’est vraiment une excellente question. Dans notre industrie, nous sommes un peu «à l’envers» des secteurs qui mettent plus d'emphase sur l'expérience, la sagesse et les accomplissements professionnels. Dans notre milieu, nous valorisons la jeunesse, ce qui, en soi, est une excellente chose. Les jeunes créatifs sont frais, plein d'énergie et n'ont pas encore développé leurs expertises ou signatures. Le défi pour les créatifs qui vieillissent est de garder leur capacité d'émerveillement et leur ouverture d'esprit qui sont tellement nécessaires en création. J'ai connu des gens qui ont eu de la difficulté et qui sont tombés «dans la formule», ce qui est triste. Mais j'ai aussi connu des gens qui, comme les meilleurs artistes, architectes et penseurs, deviennent juste meilleurs avec l'âge comme un bon vin. Et en plus, l'expérience augmente considérablement la qualité du travail et génère souvent des économies de temps, choses que les clients commencent à comprendre aujourd'hui avec le roulement de personnel exagéré au sein de la majorité des agences.»

    Hughes Chandonnet, directeur de création, Hubrid

    «On passe nos 10 premières années en pub à comprendre ce qu'est une bonne idée. Au cours des 10 suivantes, on apprend à bien exécuter ces idées. Après 20 ans, j'imagine que la qualité peut remplacer la quantité. Je ne suis pas tout à fait rendu là! Une chose est sûre, on perd un peu de naïveté chaque jour.»

    Pacha Ducharme, directeur artistique et Étienne Soucy, concepteur-rédacteur, TAM-TAM\TBWA

    «La créativité n’a pas d'âge. De véritables monuments, comme Lee Clow en publicité, et Fran Gehry en architecture, nous prouvent que le discours créatif ne s’effrite pas avec les années. S’ils réussissent encore aujourd’hui à briller comme ils le faisaient il y a trente ans, c’est parce qu’ils tirent leur inspiration de ce qui les entoure au quotidien. Pour nous, l’origine de la bonne création publicitaire séjourne dans sa temporalité. Une grande idée n’est pas seulement originale ; elle est originale et actuelle. La créativité doit être captée dans l’air du temps.»

    Josianne Dauteuil, conceptrice-rédactrice, TAM-TAM\TBWA

    «Je ne crois pas que l’âge ait rapport avec la créativité en tant que tel. Je crois, par contre, que différents facteurs font en sorte que c’est un peu plus facile de créer en vieillissant. Parmi ces facteurs, il y a l’accumulation d’expériences positives, une plus grande confiance en soi, une meilleure gestion du stress et la capacité d’identifier la grande idée plus rapidement.»

    Simon Allard, associé et directeur de création, 32 MARS

    «Je ne crois pas que l’âge soit un critère. Par contre, pour être performant, il faut rester à jour et connecté sur les nouvelles tendances. Certaines personnes perdent un peu de cela avec le temps.»

    Gaëtan Namouric, associé et chef de la réflexion créative, Bleublancrouge

    «Oui, bien sûr que l’âge influence la créativité. La jeunesse a l’avantage de la naïveté, elle permet de créer librement, sans trop se douter des obstacles qui nous attendent... et c’est parfait pour la fraîcheur des idées. D’un autre côté, l’âge a l’avantage de l’assurance, elle permet de mieux convaincre et mieux expliquer ses idées. La créativité, c’est d’abord une question de confiance, et l’âge donne de la confiance.»

    Linda Dawe, conceptrice-rédactrice, TAXI Canada

    «Si on a du talent, ça va paraître assez tôt; mais le travail vraiment accompli va venir de ceux qui ont pris le temps de perfectionner leurs habiletés, et qui ont un cadre de référence plus vaste. Ensuite, c’est seulement une question de rester inspiré et garder le rythme.»

    Pier Lalonde, Directeur créativité et stratégie, Pixel & Cie

    «J’ai toujours vu la créativité comme la conséquence inévitable de la curiosité. De celle avec un grand C, qui est viscérale, qui ne se contrôle pas et qui nous pousse à vouloir tout comprendre, tout connaître, tout savoir… En ce sens, elle ne connaît et ne se limitera jamais à l’âge. Mais quand à la pertinence de ses trouvailles, alors là, je crois qu’il y a un âge et un temps pour tout, et pour tous. On n’est pas curieux de la même façon à 17, 35, 50 ou 60 ans. Pour ma part, j’aime ma créativité. Pertinente ou pas.»