• Pour un Québec numérique

    Photo : Donald Robitaille/OSA Images

    Depuis une dizaine d’années, elle est sur tous les fronts numériques. Tantôt dans ses conférences colorées, tantôt dans de sérieux comités d’experts et souvent — grâce à son blogue — du fond de son bois chéri, elle n’hésite pas à pourfendre l’incompétence numérique de sa verve unique. On jase de ouèbe, de marketing de contenu et de politique numérique avec Michelle Blanc.

    Michelle Blanc Consultante, conférencière et auteure stratégie Web

    Michelle, tu as vu l’évolution du numérique, l’arrivée de nouvelles technologies, la popularité croissante des médias sociaux. Les entreprises naviguent-elles mieux dans cet univers qu’à tes débuts ?

    Michelle : De façon générale, oui. Mais faut faire attention. Maintenant, tout le monde est un expert en médias sociaux : il y a donc beaucoup de bullshit dans tout ça. Comme les clients ne s’y connaissent pas tous, certains avalent. Et quand ils sont mal pris, ils m’appellent ! (RIRES) Mais sérieusement, ça varie. J’ai des clients qui l’ont parfaitement. D’autres qui veulent, mais c’est encore compliqué.

    Qu’est-ce qui est compliqué ?

    Michelle : La peur de se dévoiler. C’est beaucoup plus facile de mettre 500 k$ dans une pub et mettre la responsabilité sur le dos d’une agence si ça ne fonctionne pas que de mettre 500 k$ en contenu et prendre ses propres responsabilités.

    C’est pour cela qu’on voit des marques utiliser les médias sociaux comme une simple plateforme pour diffuser leurs publicités.

    Michelle : Tout à fait. Elles souffrent d’égocentrisme corporatif. C’est toujours moi, moi, moi. Mon produit, mon produit, mon produit. Alors qu’elles devraient plutôt parler de leur sujet.

    C’est-à-dire ?

    Michelle : Loto-Québec m’avait demandé de faire une conférence à 200 responsables de festivals. Ma première diapositive était : vous n’êtes pas un festival, vous êtes un sujet. J’avais pris comme exemple le Festival du cochon de Sainte-Perpétue. Je leur ai dit : si vous êtes un festival, vous n’êtes pertinent que 10 jours. Si vous êtes un sujet, vous l’êtes à longueur d’année. Et on s’entend, le cochon c’est un méchant sujet : la mode, les recettes, la médecine cardiaque. On vient de changer de perspective du tout au tout.

    Pas mal plus d’investissement toutefois, non ?

    Michelle : Oui, c’est plus d’efforts que de mettre une publicité en ondes. Mais la différence, c’est qu’avec la pub, une fois ton 500 k$ dépensé, il ne reste plus rien. Alors qu’avec 500 k$ en contenu, tu as une pérennité : ton contenu est en ligne pour toujours. Mais c’est de l’ouvrage, c’est sûr. Les entreprises peuvent devenir leur propre média, mais elles doivent créer du contenu intéressant. Ce n’est donc pas l’affaire que d’une simple gestionnaire de communauté. L’ensemble de l’entreprise doit s’y mettre. 50 personnes, ça a pas mal plus d’impact qu’une seule personne, non ?

    Au-delà du contenu, comment va le contenant ?

    Michelle : Ces jours-ci, on parle beaucoup d’intelligence artificielle ; c’est ben l’fun pour Montréal, c’est ben l’fun pour Québec, mais la réalité, c’est que ça nous prend des réseaux cellulaires et internet plus puissants à travers tout le Québec. J’ai un client manufacturier dans les Cantons-de-l’Est qui doit descendre à Montréal pour téléverser des images sur son site. Ça n’a juste pas de bon sens.

    En 2016, trois ans après la sortie des Étonnés, la ministre Anglade s’est vuconfier la responsabilité d’élaborer une stratégie numérique. Après tout plein de consultations, le plan devrait être enfin dévoilé cet automne. Tu t’attends à quoi ?

    Michelle : Je m’attends au pire, mais je nous souhaite le meilleur. C’est ben l’fun les consultations, mais quand tu as un cancer, plutôt que demander à tout le monde comment le guérir, tu devrais plutôt te tourner vers les experts. Et au-delà des infrastructures technologiques, il y a plein d’autres problèmes reliés à la révolution numérique dont on ne parle pas. Prends le commerce en ligne, par exemple. Expédier un produit de la Chine à Vancouver coûte moins d’un dollar. Expédier un produit du Québec à Vancouver coûte 11 dollars !

    Alors que dans les deux cas, c’est le même Postes Canada qui s’occupe de la livraison.

    Michelle : Hé. Autre problème, les taxes. Ici, on doit collecter les taxes alors qu’ailleurs, ils peuvent nous vendre le même produit, sans taxes. Tu vois ? Ces deux exemples n’ont rien de technologique en soi. Mais ils ont un impact direct sur le commerce électronique d’ici. C’est de cette vision haut niveau dont on a besoin. Mais on aime mieux investir dans le béton. La photo du politicien avec une pelle de terre, c’est encore ben winner. Celle avec un boute de fibre optique dans la main, on l’a pas vu encore.

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    Cet article a été publié dans le Grenier Magazine (Vol. 2 - Numéro 36 - 29 mai 2017).