• Mile Inn, pôle d’attraction publicitaire

    Au printemps dernier, irrésistiblement attiré par le pouvoir d’attraction du groupe du même nom, Apollo alunissait dans le giron de Mile Inn. Récemment, ce collectif de talents voyait également La Cavalerie et Jet Films unir leurs forces pour donner naissance à Morrison. Revue d’une constellation d’entreprises — et d’un milieu — en pleine (r)évolution.

    Pointe de conversation 
avec Michel Fortin


    Michel Fortin, Producteur exécutif, Mile Inn et vice-président / producteur exécutif, Morrison

    Michel, d’où venait l’intérêt de créer Mile Inn ?


    Michel : Tu le sais Normand, avec la venue du numérique, la démocratisation des outils et la percée des médias sociaux, le milieu de la production électronique publicitaire a subi beaucoup de pression aux cours des dix dernières années. Il y a tellement eu de changements dans le milieu qu’il fallait changer un modèle qui, datant des années 70, ne répondait manifestement plus à la réalité d’aujourd’hui, ni aux besoins des clients, ni à ceux des agences.

    Et en quoi Mile Inn vient-il répondre à ce besoin de changement ?


    Michel : De nos jours, les besoins sont croissants, mais les budgets sont continuellement à la baisse. On demande aux agences d’en faire plus, avec moins. Ce nouveau modèle a forcé les agences à s’ajuster. Corollaire inéluctable, les maisons de production doivent changer elles aussi. À l’époque, une boite comme Jet Films - le nom l’indique - tournait en film et on montait sur une table de montage pellicule. Ça prenait du temps, ça prenait de l’argent. On réalisait des campagnes léchées qui vivaient pendant plusieurs mois, voire des années. Maintenant, ce n’est plus ça. La durée de vie des œuvres est éphémère. On sort une production, et hop ! à la suivante. Sans compter la multiplicité de plateformes !

    Aujourd’hui, faut faire de la pub, faut faire du contenu Web, faut faire du VR [réalité virtuelle]; une seule boite ne peut plus s’équiper pour offrir tout ça, le volume n’est tout simplement pas là. D’où l’idée de Mile Inn, un regroupement de boutiques offrant des services de production électronique, de photographie, de musique, de vidéos viraux, etc.

    Donc à défaut de grossir indépendamment, on s’unit. Quelles sont les entreprises faisant partie du collectif ?


    Michel : Bien évidemment, Studios Apollo et Apollo Music Store. Ensuite, il y a 1one, sans compter Film Truck. Tout récemment, c’est Morrison qui s’est joint.

    Photo : Raphaël Ouellet

    Pourquoi avoir opté pour le nom Mile Inn et non pour Attraction Pub, comme c’est déjà le cas pour Attraction Images, Attraction Radio et Attraction Distribution ?


    Michel : On voulait un nom qui conserve la couleur des boutiques qui compose le collectif. Assimiler tous ces bijoux sous une même entité n’était même pas une option. En brainstorm, on s’est inspiré du modèle Ace Hotel, et on s’est dit voilà : Mile Inn, un collectif de boutiques de production spécialisées.

    Génial ! Un hôtel dont on ne ressort jamais. 
Ça ferait une bonne chanson me semble, tu devrais en parler à Maco (RIRES) ! Et pourquoi avez-vous décidé de réunir La Cavalerie et 
Jet Films ?


    Michel : En fait, la venue de 1one et de Film Truck rendait moins pertinente la présence des deux boites de production. En réunissant nos forces respectives, ça nous permet d’être plus efficaces. Et tant qu’à 
opter pour garder le nom Jet Films — ou le nom La Cavalerie — on a décidé de se laisser aller dans ce vent de changement et d’y aller avec Morrison.

    L’offre de service de Morrison diffère-t-elle de ce que vous faisiez respectivement ?


    Michel : Non, ça demeure de la production. Mais la formule Mile Inn nous permet d’arriver plus tôt dans le processus, en amenant à la table de travail le talent nécessaire au projet. Prends la dernière campagne de Médecins sans Frontières conçue par John St. et réalisée par Olivier [Staub]. Jamais cette campagne n’aurait pu aller si loin dans un cadre de production traditionnel. Parce qu’on était là plus tôt — avec Apollo —, ça l’a totalement changé la dynamique de travail.

    Photo : Raphaël Ouellet

    Donc plutôt que de faire plus avec moins, faire mieux ?


    Michel : Et voilà. Écoute, tu le sais, je suis dans ce milieu depuis très longtemps : dans les années 90, on travaillait ensemble. Je vais peut-être avoir l’air nostalgique, mais à l’époque, il y avait un grand souci de la qualité. Aujourd’hui, ce n’est plus ça... À la vitesse où l’on va, avec les moyens qu’on se donne, la qualité en pâtit, c’est mathématique. Et ça, c’est malheureux — et dangereux — pour toute notre industrie.

    Chez Mile Inn, on est tous des artisans, on est tous fiers. On veut livrer du beau stock. Au final, c’est pour ça que nos réalisateurs travaillent fort. C’est pour ça que nos musiciens se défoncent. Et c’est dans ce souci de qualité qu’on s’est dit qu’en travaillant ensemble, on réussirait à faire des projets de meilleure qualité. Le budget n’est pas plus élevé, de l’argent, il n’y en a pas plus. Mais il est optimisé.